Mélissa Bédard utilise sa voix pour combattre plusieurs préjugés | 7 Jours
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Mélissa Bédard utilise sa voix pour combattre plusieurs préjugés

Image principale de l'article Elle utilise sa voix pour combattre les préjugés
Photo : Dominic Gouin

De Star Académie à M’entends-tu?, elle a tranquillement conquis le cœur du public québécois. Son talent, son empathie, son authenticité, Mélissa Bédard les met cette fois au service d’une série documentaire sur la grossophobie qu’elle coanime avec Christine Morency. C’est avec la transparence et la bonne humeur qui la caractérisent qu’elle a répondu à mes questions.

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Mélissa, tu n’hésites pas à t’ouvrir publiquement sur ta vie. Est-ce aussi une façon de créer des opportunités pour les autres?
Oui, et c’est très important pour moi! Je n’oublie pas d’où je viens, et si ça n’avait pas été de mes parents, je ne serais pas ici. Si ce n’était pas de mes proches et de mes amis, je ne ferais pas le métier que je fais. Je suis vraiment reconnaissante et j’ai l’impression que si je veux continuer à mériter ma place, je dois aider d’autres personnes à avancer. C’est comme une chaîne de bonté! Je dis souvent que je n’ai pas envie d’être connue, je veux seulement ne pas être oubliée; il y a une énorme différence entre les deux! Je crois que pour ne pas être oublié, il faut cheminer toute sa vie et, sur le chemin, il faut faire de bonnes actions. 

Ça semble d’ailleurs être naturel chez toi, la franchise.
Ça ne sert personne de se cacher derrière une image et de montrer seulement le beau côté des choses. Au contraire! En montrant par exemple que j’ai monté les marches une par une et que j’ai pris plusieurs débarques, je me dis que je peux inspirer plus de gens. Je pense aussi qu’on est plus fiers de nous quand on a surmonté des obstacles, et aussi qu’on devient plus forts.

Dirais-tu que la pandémie nous a aidés à être plus authentiques?
J’ai aimé voir mes personnalités publiques préférées se montrer à l’écran peu maquillées, sans le brushing parfait. J’ai eu l’impression qu’on revenait à l’essentiel. Les profs, les travailleurs de la santé et tous les travailleurs essentiels, on a compris à quel point ils sont importants, et ça nous a permis collectivement de revenir à nos bases. Ça a fait du bien. 

VRAI


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Tu coanimes J’t’aime gros. À travers vos témoignages et ceux des gens que vous avez rencontrés, vous traitez de la grossophobie. Que vouliez-vous dire avant tout?
Que les personnes grosses sont la cible de préjugés depuis très longtemps et qu’on associe parfois automatiquement leur poids à de la lâcheté, à une mauvaise santé, à un manque de volonté. Qu’on les juge sans connaître leurs histoires et sans se soucier de l’impact que ça peut avoir sur elles. On voulait parler de leur réalité parfois difficile, sans chercher à choquer, mais en disant les vraies choses. 

Les épisodes que j’ai vus sont très percutants. On ne peut rester insensible devant les témoignages.
Je crois que le phénomène de la grossophobie existe dans notre culture depuis longtemps, et on ne s’est jamais souciés du fait que ça pouvait être un problème. Il n’y a pas si longtemps encore, les femmes portaient des corsets, c’était important d’avoir l’air mince. Beaucoup de gens ne réalisent pas qu’ils ont des préjugés sur les personnes grosses. L’idée n’est pas de taper sur la tête de qui que ce soit, mais de faire prendre conscience du problème et de son étendue. Même moi, j’ai déjà eu des pensées grossophobes; je suis déjà passée à côté d’une femme en me disant: «Ouin, elle est bien plus grosse que moi!» J’ai envie d’inciter les gens à aller à la rencontre de l’autre avant de le juger sur son apparence. 

Il me semble que les femmes sont plus ciblées, qu’il y a une forme de sexisme à l’intérieur du phénomène. Qu’en penses-tu?
On dirait qu’elles doivent cacher davantage leurs corps. Les hommes gros sont souvent qualifiés de confortables, on les compare même à des nounours! Mais en fait, ils vivent aussi les impacts de la grossophobie. Ils sont souvent mis de côté, comme si on présumait que ça ne les affecte pas. Je trouve d’ailleurs qu’en général, on met beaucoup les hommes de côté dernièrement, et ça me fait beaucoup de peine. Je trouve qu’on les met tous dans le même bateau! On dirait qu’on fait payer tous les hommes pour ceux qui sont problématiques. J’aimerais faire une série documentaire sur eux, sur leurs points de vue. À mon avis, hommes et femmes vivent des situations très similaires, mais avec des points de vue différents. 

Photo : Stéphanie C Photographie


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Mélissa, tu es une femme, une personne de couleur, et tu es considérée par la société comme une personne grosse. Ce sont des étiquettes historiquement associées à de la discrimination et à de l’injustice. Tu utilises ta voix pour combattre plusieurs de ces préjugés. Était-ce ton but
C’est arrivé par la force des choses, mais je ne me vois pas pour autant comme porte-parole de ces causes. Dans mes actions et mes prises de parole, j’essaie d’être transparente, et ça génère des conversations; beaucoup de gens m’approchent pour parler de ces sujets qui sont naturels pour moi. J’en parle avec des groupes d’amis au quotidien, et souvent, la conversation s’étend à plusieurs personnes. À force de parler et de s’ouvrir, ça fait avancer les choses; je crois beaucoup à la force du dialogue. 

Tu as plusieurs bonnes idées de séries documentaires!
J’en ai tellement! J’aime beaucoup mettre le vrai monde de l’avant. Toi et moi, on est habitués à être dans le spotlight, mais je crois qu’il n’y a rien comme de donner la parole à des gens qui ne le sont jamais, qui font partie de notre monde, mais qui sont parfois oubliées. Par exemple, la vie de ceux qui vivent avec un handicap et qui veulent avoir des enfants; ce n’est pas simple pour tout le monde. J’ai aussi envie d’aider les gens à accéder à une meilleure vie, comme on m’a donné cette chance quand j’étais petite. J’aurais pu vivre en Haïti dans la pauvreté, mais mes parents ont décidé de m’adopter (son frère jumeau et elle avaient alors neuf mois). Parfois, dans la vie, ça prend un coup de pouce pour qu’on puisse avancer. 

Ta famille semble être le pilier le plus important dans ta vie.
Ah oui, c’est ma base! Elle m’a toujours permis de garder les pieds sur terre malgré le succès. Même si je travaille beaucoup à Montréal, je reviens toujours à la maison après le boulot. J’ai les mêmes amis depuis la maternelle et avec eux, on ne parle pas de job; on parle des vraies affaires, de la vie. 

Avec ton mari, Karl, tu formes une famille reconstituée de six enfants. En plus de ta carrière de chanteuse, d’actrice et d’animatrice, tu es une maman très présente! Comment fais-tu?
Depuis le début de la pandémie, Karl est papa à la maison. C’est une chance qu’on a, mais il faut dire que je l’aide à s’organiser! (rires) Je sors les kits de vêtements pour les enfants, je fais l’épicerie, je prépare tout pour qu’il fasse les lunchs. Je suis une germaine, mais je dois avouer qu’il fait vraiment bien ça! Karl aime cuisiner et il est très bon, et il aime faire du ménage... En fait, il a appris à aimer ça en vivant avec moi! Je pense que ça prend un village pour élever un enfant, alors toute la famille est impliquée. Le fait de vivre dans le même quartier depuis toujours, avec nos deux familles, ça aide beaucoup pour l’organisation. On est trop bien ici!

Vous partagez des valeurs familiales traditionnelles, mais le fait que Karl soit père au foyer, c’est assez moderne, non?
Oui, c’est plutôt rare qu’on voie ça! Mais je crois qu’il le fait aussi parce qu’il m’aime et qu’il aime nos enfants. Moi, je voyage, je vois plein de gens, et lui reste à la maison, c’est très important pour moi de m’assurer qu’il est heureux. Je le lui demande d’ailleurs au moins une fois par semaine. Quand ses enfants étaient plus jeunes, il était très occupé par le travail, et il n’a pas été aussi présent qu’il l’aurait voulu. Aujourd’hui il prend le temps d’être avec nos six enfants, il les voit grandir, et il me dit souvent qu’il n’échangerait ça pour rien au monde! Ça me permet d’avoir la tête tranquille quand je pars travailler, mais je fais quand même l’aller-retour Québec-Montréal presque tous les jours pour dormir à la maison et amener mes enfants à l’école. Je me permets de vivre tout ce que ma carrière m’apporte d’extraordinaire, mais jamais au détriment des miens. 

Tele-Quebec


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Tu as en effet l’occasion de déployer tes talents, et le public t’adore! As-tu toujours cru que tu allais y arriver?
Je t’avoue qu’il y a trois ans, je n’y croyais plus vraiment. Je chantais dans des événements et donnais de petits spectacles. Je me disais que ça ne faisait plus de sens d’emprunter de l’argent à mon père et que je ferais mieux de retourner sur le marché du travail. J’avais l’impression de courir après quelque chose qui s’éloignait à la même vitesse que je courais. C’est dur à accepter qu’après Star Académie et les spectacles à guichets fermés dans des arénas, je peinais à remplir des salles de 100 places en solo. Ça m’a demandé un grand travail sur moi-même et beaucoup d’énergie; j’ai dû consulter pour m’aider à comprendre. J’avais perdu ma confiance en moi. Mon rôle de Fabiola dans la série M’entends-tu? est venu tout changer il y a trois ans, au moment où j’allais passer à autre chose. Mais c’est avant tout grâce à ma famille et à mes amis que j’ai pu me rendre jusqu’ici. 

Voyez J’t’aime gros sur la plateforme Vrai.
Mélissa a récemment lancé une collecte de fonds pour soutenir son ami, Édouard Lévesque-Beaudry, un jeune père de famille de 29 ans qui est atteint d’un cancer incurable. Elle nous encourage à faire un don sur son gofundme.com.

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