Un an après le décès de son fils, Manon Leblanc se confie à Saskia Thuot | 7 Jours
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Un an après le décès de son fils, Manon Leblanc se confie à Saskia Thuot

Image principale de l'article Manon Leblanc se confie sur le décès de son fils
Photo : © Karine Lévesque / TVA

Je connais Manon Leblanc depuis presque 20 ans. M’asseoir autour d’un bon repas et échanger avec elle est toujours un pur bonheur. Qu’elle s’abandonne et assume sa vulnérabilité comme elle l’a fait avec moi lors de notre récente rencontre est une très grande marque de confiance. La discussion que je m’apprête à partager avec vous en est une qui restera longtemps gravée dans ma tête et dans mon cœur.

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Je me rappellerai toujours notre première rencontre. C’était au lancement de Canal Vie. Je trouvais Manon rayonnante et très charismatique. «Saskia, tu te souviens de cette journée? J’étais tellement nerveuse; je ne connaissais personne. Je me suis tournée et tu étais là. Tu m’as souri et on s’est mises à parler. À l’époque, j’avais un peu le syndrome de l’imposteur. Je ne me considérais pas comme une animatrice et tu m’as dit: “Manon, tu l’es déjà! Ta place, tu ne l’as pas volée. Tu la mérites.” Tu as été ma première amie à Canal Vie et je profite de l’occasion pour te dire merci!» Merci à toi, Manon! Ça me touche énormément. Mais je crois sincèrement que c’est en se soutenant qu’on devient plus fortes. Après tout, le soleil brille pour tout le monde!


Une course vers les sommets
Depuis ses débuts, Manon projette l’image d’une femme à qui tout réussit. C’est le genre de fille qui fonce avec confiance et assurance. «J’ai toujours eu une fibre artistique très forte. Toute petite, je peignais, je dessinais, je faisais même de la sculpture. Je connaissais mes forces et je savais comment m’en servir. Le besoin de créer est très présent chez moi, il est essentiel à mon équilibre. Avant d’arriver dans le monde télévisuel, j’ai exploré mille et une avenues. J’ai ouvert un atelier où je faisais des décors de restaurants. Ça marchait très fort, mais j’ai eu envie d’autre chose. Un de mes amis m’a parlé d’une nouvelle émission de service qui allait être diffusée sur les ondes de TVA. Sans me créer d’attentes, j’ai envoyé à la production une sorte de portfolio de ce que je faisais et, par miracle, on m’a offert une chronique aux Saisons de Clodine. Ç’a été ma première expérience dans les médias et j’ai eu la piqûre instantanément. Imagine: je pouvais aller montrer au public des enseignements qui m’étaient si chers. Tout a déboulé par la suite. J’ai fait des cahiers spéciaux dans les magazines, j’ai écrit des livres et j’ai créé mon premier concept d’émission.» J’ai toujours trouvé que Manon, tu m’inspires! était un titre très accrocheur, même si au départ ça devait s’appeler: Horreur, tu m’inspires! Elle rit: «J’ai toujours été très inspirée par tout ce qui manquait d’amour. Plus c’est laid, plus ça m’inspire! (rires) La secrétaire qui a retranscrit le document sur lequel se trouvait mon projet télé a plutôt écrit: Manon, tu m’inspires! Évidemment, ce titre a fait l’unanimité. Après quatre saisons, j’ai eu envie de produire mes propres shows. Ma maison... signée Manon Leblanc a été mon premier projet comme productrice. Pendant quatre ans, je me suis éclatée. Ensuite, il y a eu Manon, ma cuisine et moi. J’ai aussi fait les salles de bains, Pimp mon garage! et J’ai raté mes rénos. Ça roulait à toute allure. Et un jour je me suis dit qu’il serait bon que je fasse une pause. J’avais l’impression que j’avais fait le tour. Être productrice, ça implique tellement de choses! Je roulais à 100 milles à l’heure parce que j’ai toujours eu peur du “après”. Ça faisait 15 ans que je faisais de la télé et je me disais: “Un jour, ça va s’arrêter.” J’ai donc pris les devants.» 

Photo : © Karine Lévesque / TVA


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La création avant tout
Maintenant propriétaire d’une boutique en ligne, elle poursuit son travail de designer en plus de créer de magnifiques partenariats avec des cuisinistes. Vous auriez dû voir ses yeux briller quand elle s’est mise à m’expliquer comment se déroule la création de ces nouvelles murales. «On appelle ça de l’art graphique. Je travaille conjointement avec une merveilleuse graphiste; on fait une équipe du tonnerre. J’avais une vision et elle avait la technique. J’ai suivi des formations sur Photoshop et maintenant je fais du sur-mesure, projet par projet. La clé, c’est de demeurer à l’écoute des autres, de comprendre les besoins de chacun pour ensuite s’amuser à créer ce que les clients désirent. Tu sais, à cause de la pandémie, les gens ont réalisé combien il est important d’avoir un intérieur inspirant.» La création a toujours été un moteur pour Manon, mais ce qui l’a aidée à garder le cap, ce sont ses deux enfants. «Être mère de famille monoparentale, c’est quelque chose, mais je ne me serais pas vue vivre autrement. J’ai eu la chance d’avoir mes enfants à temps plein. C’était mon choix et j’étais heureuse de les avoir avec moi.»

Photo : © Karine Lévesque / TVA


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Une perte immense
Soudainement, sa voix s’affaiblit, elle parle plus lentement. Nous savions toutes les deux que le sujet était inévitable, mais très difficile à aborder. Celle qui a aujourd’hui une fille âgée de 30 ans, Bianca, a vécu tout un drame l’été dernier, alors que son fils, Dimitri, est décédé subitement. «Toute ma vie, ce sera difficile d’en parler, mais en même temps, je veux continuer de faire briller son étoile. Donc... Mon fils est mort accidentellement; il a eu un problème cardiaque. Il a tenté de sortir de son appartement pour aller chercher de l’aide, mais son cœur s’est arrêté. Le deuil est immense. Nous étions un clan soudé... Il me manque terriblement. Je sais qu’il est là, avec moi, tout le temps. Il était fier de moi. Mon premier fan, c’était lui. On s’aimait beaucoup. Je me suis tellement investie dans le travail ces derniers mois! C’est comme une sorte d’exutoire, un mode de survie. Je sais qu’il aurait souhaité que je poursuive ma vie, alors quand je me lève le matin, c’est à lui que je pense. Il me donne le courage de continuer. En fait, je crois que si je suis si créative en ce moment, c’est beaucoup grâce à lui. La vie doit continuer même si son absence me pèse énormément. Quand Dimitri est décédé, il avait 33 ans et des projets plein la tête. J’ai vécu un choc très violent à l’annonce de sa mort. Je ne me souviens de rien; c’est comme un blackout.» Elle passait la fin de semaine à Mont-Tremblant avec sa fille quand elle a reçu l’appel fatidique. Alors qu’elles se reposaient au bord de la piscine, Manon a soudainement eu une pensée pour son fils, comme un étrange sentiment qui s’est mis à l’envahir... «C’est au même moment qu’il est mort. La police a essayé de me joindre toute la nuit. Ce n’est que le lendemain matin, alors que j’étais dans un café, que le téléphone a sonné... C’était l’appel que tu ne veux pas recevoir. Une avalanche d’événements a suivi. Ma fille a conduit pour le retour. Je suis tombée dans un monde parallèle pendant plusieurs jours. J’ai eu tellement de soutien dans la dernière année! Les gens sont bons, Saskia. J’ai reçu des messages tellement touchants! Vivre un deuil devant les yeux du public peut être difficile mais aussi très enrichissant. Je reçois beaucoup, et ça m’aide énormément. Personne ne peut juger le deuil des autres; ça nous appartient.» Ç’a été aussi très dur pour Bianca, qui a toujours été très proche de son frère. Manon est là pour l’écouter et l’accompagner. «Elle va mieux, mais elle est encore fragile. Il y a des jours plus faciles que d’autres. Elle était si proche de Dimitri. On s’entraide beaucoup elle et moi. Ma fille est une jeune femme magnifique dotée d’une très grande sensibilité. Tu peux imaginer qu’on prend énormément soin l’une de l’autre.»

Photo : © Karine Lévesque / TVA

Jamais seule
Manon peut aussi compter sur le soutien de son amoureux des deux dernières années. «J’ai eu la chance de découvrir un humain fantastique au moment où débutait la pandémie. Martin est entré dans ma vie tout doucement. On s’est écrit sur LinkedIn, puis on est allés marcher à deux mètres de distance! (rires) Depuis, on ne s’est pas lâchés. Il est là pour moi chaque jour de ma vie, il m’aide énormément dans cette rude épreuve. Je lui en serai à jamais reconnaissante.» Elle continue tout en douceur en me parlant de spiritualité, de sa façon de voir la vie qui a complètement changé et de tous ces petits signes qui la rassurent. «Quand je vois une série de chiffres identiques sur mes cadrans, je pense à lui. Je lui parle aussi plusieurs fois par jour. Ses cendres sont dans une jolie urne marine en forme de cœur qui se trouve dans ma chambre. J’ai aussi fait faire un pendentif en son honneur, que je porte en tout temps. Quand j’ai de la peine, je me donne de l’espace pour la vivre. Je nage dans ce déluge depuis plus d’un an... en essayant de garder la tête hors de l’eau. Je ne verrai plus jamais la vie de la même façon, mais j’ai encore plein de choses à réaliser. La dernière année m’a forcée à changer, à évoluer. J’espère que la vie sera bonne avec moi. Je mérite d’être heureuse.»

Merci, Manon. Oui, que la vie soit bonne avec toi! Pour ma part, je te souhaite juste du doux...  

Pour en savoir plus sur ses projets ou sa boutique: manonleblancdesign.com.

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