Victime de surmenage, Marie-Christine Bergeron a perdu l'ouïe | 7 Jours
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Victime de surmenage, Marie-Christine Bergeron a perdu l'ouïe

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Photo : Karine Lévesque

Passionnée par son travail, Marie-Christine Bergeron ne compte pas ses heures. L’animatrice de J.E. s’investit corps et âme dans son métier tout en se gardant du temps pour sa famille. Au printemps dernier, après une période de surmenage, elle a perdu l’ouïe. Une problématique méconnue qu’elle veut mieux faire connaître au grand public.

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Marie-Christine, vous êtes de retour à la barre de J.E. pour une troisième saison. Que nous réservez-vous cette année?
En cette nouvelle saison, plusieurs de nos sujets sont liés à la covid-19. Compte tenu de la pandémie, nous avons cessé nos activités en mars dernier, mais nous avons repris les enquêtes, les tournages et la recherche durant l’été. C’est un début de saison intense! Nous recevons des pistes du grand public et nous les étudions pour établir ce qui mérite une enquête plus approfondie. Nous faisons le tri. Au retour de mes vacances, j’avais 2000 messages dans ma boîte de courriels! J.E. existe depuis 28 ans et continue de se porter à la défense des citoyens. Lorsque j’étais jeune, je l’écoutais.

Vous avez déjà 20 ans de métier. Où avez-vous débuté votre carrière?
J’ai fait mon premier reportage télé à 16 ans, à Cogeco Alma. Je voulais déjà faire ça. Je faisais du bénévolat pour Cogeco. Puis j’ai étudié en journalisme à l’UQAM et j’ai tout de suite commencé à travailler à la radio de CIBL, qui a été une super école pour moi. Une fois mon bac terminé, j’ai été embauchée à TVA Trois-Rivières et Sherbrooke. C’est aussi à cette période que j’ai rencontré mon chum. Vingt ans avec le même amoureux et 20 ans à faire le même travail! 

Comment arrivez-vous à garder l’équilibre entre votre vie personnelle et votre vie professionnelle?
J’ai un cadre stable pour un travail instable. J’ai été embauchée à TVA Montréal comme lectrice de nouvelles à LCN, puis je suis retournée sur le terrain. J’ai été reporter tôt le matin. C’était parfait pour les enfants. J’ai toujours essayé d’avoir un horaire qui me permettait d’avoir une vie de famille stable. J’ai pu être avec Arthur et Théo quand ils étaient petits. Lorsqu’ils sont entrés à l’école, j’ai travaillé à Salut Bonjour, puis avec Richard Martineau. Avant de prendre la barre de J.E., j’ai animé Histoires en cours, à TVA. Je travaille avec Elizabeth Laplante, que j’adore! Elle est comme ma petite sœur! 

En 20 ans de carrière, quel a été l’événement le plus marquant que vous ayez eu à couvrir?
C’était récemment. Pour la première fois de ma vie, j’ai pleuré en ondes. J’ai vraiment craqué... C’était lors du point de presse de la mère de Romy et Norah Carpentier, les deux petites filles disparues avec leur père et retrouvées mortes. Je trouvais l’histoire abominable... C’était épouvantable de voir cette mère devant les caméras. Chaque mot était lourd.

Qu’avez-vous fait?
J’ai dû demander à mon collègue de m’aider, car je n’arrivais plus à parler. J’avais juste envie de coller mes enfants... C’est ce que j’ai fait en rentrant chez moi. J’ai aussi couvert le procès de Guy Turcotte. Ça aussi, ç’a été dur. Ce qui est en lien avec les enfants me touche beaucoup. Il ne faut pas faire de projection, mais je suis une mère, j’ai deux enfants.

Photo : Karine Lévesque

Outre le travail, qu’est-ce qui t’occupe quand tu as du temps?
J’ai beaucoup travaillé ces dernières années. Je dirais même que j’ai peut-être un peu trop travaillé: j’ai vécu une surdité subite. Je suis devenue sourde du jour au lendemain. Je suis maintenant obligée de porter un appareil auditif. Le médecin m’a dit que certains font un burnout, d’autres, une surdité subite. Je ne savais même pas que ça existait...

Cette surdité a-t-elle atteint une seule oreille?
Oui. Lors de ma rencontre avec l’ORL, il m’a dit que c’était dommage; il ne pouvait plus sauver mon audition. Il aurait fallu que j’aille à l’urgence pour qu’on me donne de la cortisone, mais qui se précipite à l’urgence parce qu’il n’entend pas bien? Je considère être une personne informée, mais je n’avais jamais entendu parler de surdité subite. Pour cette raison, je me fais un devoir d’en parler. 

Est-ce le surmenage qui en est cause?
Le surmenage, mais ça peut aussi être un choc émotionnel, la fatigue, l’accumulation ou un virus. Chez nous, tout le monde avait été malade à cette période, mais personne n’est devenu sourd... J’ai eu deux problèmes à la même oreille. Un en 2017 et un cette année. C’est très rare. On dit que pour un tiers des gens, la situation peut se rétablir, pour un tiers, ça revient partiellement et pour l’autre tiers, ça ne revient pas. C’est mon cas. La première fois, ce n’était pas une surdité totale: j’avais perdu 30 % des sons aigus. En avril dernier, j’ai perdu presque 75 % de mon audition... C’est incroyable que les gens ne sachent même pas qu’on peut devenir sourd du jour au lendemain. 

Comment vivez-vous le fait de devoir porter un appareil dorénavant?
Je me dis qu’au moins, ce n’est pas un cancer... Il y a pire que moi. Pendant le confinement, j’ai fait l’école à la maison. Ça m’a permis de me rendre compte que je travaillais peut-être trop et que je m’investissais beaucoup, chose que personne ne me demande de faire. Quand j’essaie d’obtenir une entrevue depuis des semaines et que la personne me rappelle le soir ou le week-end, je prends l’appel. Pendant que je brasse une sauce à spaghetti et que je prépare les lunchs, je parle au téléphone. La vie familiale conjuguée à la carrière de journaliste, c’est intense... Surtout l’enquête! On rapporte le sujet à la maison, dans notre tête. 

Vous avez appris à la dure qu’il fallait répartir votre temps différemment?
J’essaie, mais je ne dirai pas que je réussis toujours. Quand on travaille trop, on ne veut jamais mettre son rôle de mère de côté: je coupe donc sur le sport. Je suis très sportive. Mon aîné, qui a 13 ans, faisait du vélo de route. Pendant le confinement, je m’y suis mise moi aussi et j’ai intégré le vélo à mon horaire. Les enfants sont inscrits à un club cycliste, ça nous fait donc une activité familiale. Cet été, j’allais même travailler à vélo. Ça me permettait de rentrer zen à la maison. 

Ne manquez pas J.E. le jeudi à 21 h, à TVA.

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