Patrick Labbé aurait aimé avoir un 7e enfant | 7 Jours
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Patrick Labbé aurait aimé avoir un 7e enfant

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Photo : Bruno Petrozza

L'idée d'asseoir le comédien Patrick Labbé dans le fauteuil multicolore de cette chronique était improbable, parce qu'il est connu pour sa réserve ne se prête habituellement pas à ce genre de confidences. Mais la proposition est arrivée à point, et Patrick a choisi de l’accepter. Contrairement à d’autres, il n’est pas celui qui fera des culbutes dans notre fauteuil, mais il a été fort intéressant et ouvert à la conversation. Ce fut une très belle rencontre.

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Patrick, comment vas-tu en ce presque printemps 2022?
Je vais bien, je fais beaucoup de lecture en ce moment parce que je m’apprête à enregistrer un livre audio qui est fort intéressant. J’aime faire ce genre de travail de précision; c’est un beau défi pour moi. Je fais donc plusieurs lectures pour être fin prêt. Aussi, je vais rejouer dans la série Transplanté, dans laquelle je vais reprendre le rôle du Dr Timothy Mitchell. J’incarne un psychiatre. Comme j’en ai consulté plusieurs dans ma vie, ça m’aide à nourrir le personnage. Ce sont des gens qui ont beaucoup d’écoute, de présence, de réconfort, d’analyse, d’objectivité et de respect. Ce sont des mots clés qui m’aident à trouver le ton, et ça sort avec beaucoup d’empathie et de réflexion.      

On te verra aussi dans Classé secret, une nouvelle série...
Oui, je vais y incarner un agent secret. Mais mon personnage d’Émile Darcy est à mille lieues de celui de Laurent Cloutier! (rires) Émile est un gars de terrain, un gars sanguin. C’est un électron libre, un dangereux et un gars très intuitif. Il est aussi un père de famille qui cache beaucoup d’informations. Un être redoutable. Tourner avec Mélissa Désormeaux-Poulin est une belle découverte pour moi. Je ne connaissais pas cette comédienne et j’ai vraiment pu découvrir une fille extrêmement professionnelle, amusante et vibrante. C’est une partenaire de rêve!

Avant ce projet, tu as incarné Laurent Cloutier dans District 31 pendant cinq ans. Tu as eu besoin de prendre une pause après ce rôle, n’est-ce pas?
C’est assez unique comme tournage, car c’est quotidien, alors ça prend toute la place. C’était un gros engagement. C’est comme danser une danse qui n’a pas toujours le même rythme. C’est hors de l’ordinaire et, quand tu sors de ça, tu retrouves un peu ta vie, un certain équilibre, et ça fait du bien. Ça permet de respirer.

Est-ce que le côté sombre de Laurent Cloutier a été difficile à porter au quotidien?
Laurent était un tueur, un désaxé et il avait un passé nébuleux. Porter un tel personnage, c’est émotionnellement exigeant, même si j’aimais jouer son côté brut qui pouvait exploser n’importe quand. C’était à la fois agréable et étourdissant à jouer parce que je tournais des choses sans même savoir ce qui s’en venait et je devenais vite un peu perdu dans cet univers. Mais c’est ce qui rend ce type de tournage unique. Ce personnage était aussi très sombre, cloîtré et sans aucun remord. Cette violence qui l’accompagnait était un terrain de jeu intéressant, j’explorais de nouvelles facettes. 

Tu as aussi pu retrouver ton bon ami Gildor Roy dans cette série...
Oui, nous nous connaissons depuis 35 ans. J’ai tourné avec lui dans Rock, mon premier rôle, et il y a une belle chimie entre nous. Je ne devais faire que 16 épisodes, mais je pense que Luc Dionne a cerné ça. Alors, il a décidé de me garder dans les parages et il a exploré davantage mon personnage. Finalement, Laurent a été là pendant cinq ans.

En parallèle au jeu, tu t’occupes du Camp de base, dont tu es propriétaire: un camp de vacances pour les jeunes de 9 à 17 ans intéressés par le cinéma et les arts de la scène...
Oui, c’est même une entreprise familiale puisque plusieurs de mes enfants travaillent au camp. Ma plus vieille supervise le camp, mon aîné s’occupe de gérer la vie de camp et les loisirs. Même ma sœur est à la cuisine avec une de mes filles. Ce camp à vocation artistique offre aux jeunes des ateliers de théâtre, de danse, de chant, d’humour et de multimédia. Nous recevons une trentaine de campeurs par semaine. C’est un beau mandat et une fantastique expérience. Il résulte de tout ça une belle magie qui soude tout le monde, et le tout se termine par la présentation d’un film à la fin de la semaine. Ils expérimentent le jeu, le tournage, le montage. Tout ça dans un magnifique domaine à Mont-Tremblant. N’importe quel enfant qui passe par le camp en ressort transformé. 

Photo : Bruno Petrozza


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D’ailleurs, ton camp fait l’objet d’un beau projet de documentaire...
Oui, une amie médecin, Banafsheh Hejazi, m’a contacté. Elle s’intéressait à ce que je faisais au camp. Son approche est simple: elle est tannée de prescrire des antidépresseurs à des adolescents et souhaite faire une étude clinique pouvant démontrer qu’il y a des solutions de rechange à la médication, par exemple, un cours de théâtre. Elle s’est intéressée à ce qu’on fait avec les jeunes, et une série documentaire est née de tout ça. Le documentaire fait le portrait d’une dizaine de jeunes ayant des troubles anxieux sociaux et ayant un même intérêt pour le jeu. Au bout de cette expérience, quelque chose de vraiment spécial s’est passé. Ça montre qu’il y a de l’espoir et des outils qui peuvent remplacer la médication. La série s’appelle Ados et anxieux et ça débute en avril sur la chaîne MOI ET CIE.      

Penses-tu parfois à tes débuts, alors que tu jouais dans la série Rock?
J’ai revu cette série il y a quelques années, et ça m’a fait tout drôle. C’est vraiment là que tout a débuté pour moi. À l’époque, Rock a été la deuxième série télévisuelle après Lance et compte. Je me souviens d’avoir tourné ça sans vraiment avoir d’expérience et sans trop savoir où ça allait me mener. Mais quand la série est sortie l’année suivante, qu’elle était vue par quatre millions de personnes et que l’on me pointait du doigt au cégep, ça a brassé des choses. Ç’a été probablement l’une des plus grandes épreuves de ma vie. J’étais un gars timide qui aimait jouer, mais j’ai vite compris que l’aspect vedette et glamour du métier ne me plaisait pas vraiment. J’ai aussi l’impression d’être rapidement devenu un homme et d’être passé à une autre étape. Après la diffusion, je ne savais plus si ça allait continuer pour moi. Mais finalement, ç’a été gros, très gros. 

Est-ce que ç’a été trop gros, justement?
Ça m’a permis de me rendre vite compte que j’aimais beaucoup le métier pour ce qu’il était et non pour ce qu’il apportait. Encore aujourd’hui, je ne fais pas ce métier dans l’intention d’avoir un succès. J’apprécie quand les gens viennent me jaser d’un rôle ou d’un personnage. Mais dans la vie, je suis un timide qui n’aime pas attirer l’attention. J’aime mieux apprendre un texte et jouer que de parler de moi en entrevue. Je sais que ça fait partie du métier, mais ce n’est pas la partie du métier que je préfère.

Qu’est-ce qui amène un grand timide à devenir comédien?
Mon père m’a fait suivre différents cours quand j’étais adolescent, dont des cours de théâtre, les vendredis soir après l’école. Je me souviens que je n’étais pas tant emballé de me retrouver dans une autre salle de cours après l’école, mais rendu sur place, je réussissais à trouver une certaine forme de plaisir à jouer. C’était aussi un beau défi d’apprendre des textes, et comme je suis de nature assez performant, je me devais d’être à la hauteur. Au bout du compte, je me suis retrouvé sous l’œil d’une agente de casting qui m’a amené à passer une audition pour Rock. À ma grande surprise, j’ai eu le rôle. Pourtant, j’étais un petit jeune aux cheveux courts, et Rock avait une tout autre allure. Mais il faut croire qu’ils ont aimé quelque chose en moi, et ça a changé ma vie. L’année suivante, je me retrouvais dans une quotidienne, La Maison Deschêsne, et ça n’a jamais arrêté. J’avais 16 ans. 

Et peu de temps après, à 19 ans, tu es devenu papa?
Oui, tout est allé vite pour moi. J’ai rencontré une femme plus âgée que moi, elle était établie, elle avait une profession, et j’ai quitté la maison de mes parents pour vivre avec elle. Six mois après, on avait une maison, on s’est mariés et on a eu une première fille ensemble. Je suis vite devenu un adulte. 

Quel souvenir gardes-tu d’être devenu père si jeune?
J’étais plein de bonne volonté, mais j’avais aussi beaucoup d’expérience de vie à acquérir. J’étais maladroit parfois et je n’ai pas été le père que je suis actuellement avec mon plus jeune, qui a sept ans. Mais être père jeune a aussi fait que j’ai une relation fusionnelle avec ma fille Kélyanne, qui a maintenant 30 ans. C’est une relation difficile à expliquer et à comparer. J’ai 19 ans de différence avec ma fille. J’ai été un père présent ayant beaucoup de bienveillance, d’amour et d’affection, et ça, peu importe mes maladresses.    

Photo : Bruno Petrozza

 
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Est-ce un deuil pour toi de ne pas avoir de septième enfant?
Oui, sincèrement. Mon plus jeune fils a sept ans, ce n’est plus un bébé. Il va à l’école, c’est un petit humain qui raisonne, qui parle, qui calcule, qui a une routine, et ça va si vite. Ma job de père est faite, et je dois vraiment faire un deuil d’avoir un bébé à m’occuper. Je suis rendu à l’étape d’être un grand-père et j’ai hâte que mes enfants m’offrent un petit-fils ou une petite-fille. Pendant la relâche, j’ai vécu un moment magique avec cinq de mes enfants alors que nous sommes allés faire du ski. J’ai vécu une épiphanie en voyant mon garçon entraîner son petit frère à le suivre dans les bosses, à voir mes trois filles rire et se raconter une histoire. J’ai alors réalisé que mes enfants sont mes meilleurs amis et ma plus grande réussite.      

Voulais-tu une famille nombreuse?
La vie m’a mené vers ça, mais je ne me rappelle pas m’être dit plus jeune que je voulais plusieurs enfants. J’ai toujours été à l’écoute des partenaires de vie que j’avais, et tout ça m’a mené à avoir trois garçons et trois filles en 23 ans. 

Ton fils Émeric, 27 ans, habite en Australie. Est-ce difficile pour toi de le voir si loin?
C’est un garçon qui fait désormais du surf matin et soir à Melbourne, en Australie. C’est un créatif, un esprit libre, un beach bum qui est libre de toute pression. Au départ, il devait partir un mois, et ça fait quatre ans qu’il est là. Il a fait sa vie. Il a créé sa griffe de vêtements, PRJCT by HEMRYK, et les choses vont bien pour lui. Je suis heureux, même si je m’ennuie de lui. Il va au bout de ses rêves. Plus jeune, il dessinait des robes, des chandails, des pantalons. On se parle plusieurs fois par semaine, et il fait encore partie de la meute, la distance n’existe pas entre nous, même si je m’ennuie de sa présence physique. Je suis très fier de ce qu’il devient.           

Patrick, te voilà à 51 ans, est-ce difficile pour toi de vieillir?
Physiquement, je sais que je n’ai plus 20 ans, mais dans ma tête je les ai encore. Je suis hyperactif et en même temps je m’assagis. J’apprécie plus le moment présent. Je suis plus présent dans les gestes que je pose au quotidien. Mais je ne vis pas mal avec le fait de vieillir. Je suis heureux de la personne que je suis et de la chance que j’ai. Je suis au bon endroit. Je n’ai pas de questionnements, de remords ou de regrets, et je ne suis pas nostalgique. Je regarde vers l’avant. Je suis fier de la carrière que j’ai eue, même si je n’ai jamais eu de plan ou de rêve. Je n’ai pas manqué de travail et j’en suis reconnaissant, mais j’ai quand même vécu le stress que ce métier apporte parce que j’avais une grosse famille à nourrir.

Tu es célibataire depuis trois ans. Est-ce difficile pour toi?
Non, c’est le fun d’être seul. C’est la première fois de ma vie que je n’ai pas d’amoureuse et j’apprécie cette indépendance. Je suis bien entouré, je m’entends bien avec mes ex et je suis heureux. Je ne cours après rien, j’apprends à vivre seul et j’aime ça de plus en plus. 

Transplanté, mardi 20 h, à Noovo.
Classé secret, jeudi 21 h, dès le 31 mars, à addikTV.
Ados et anxieux, lundi 21 h, dès le 25 avril, à MOI ET CIE.
Pour des informations sur le Camp de base: campdebase.ca.

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