Pour une rare fois, Rémy Girard aborde la démence dont son père était atteint avant de mourir | 7 Jours
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Pour une rare fois, Rémy Girard aborde la démence dont son père était atteint avant de mourir

Dans le film d’Éric Tessier Tu te souviendras de moi, l’acteur de 72 ans incarne un professeur d’histoire renommé atteint de démence, qui voit ses souvenirs lui échapper alors qu’il développe un lien touchant avec une adolescente qui pourrait être sa petite-fille. Un rôle pour lequel l’acteur, qui a tourné près de 60 films depuis le début de sa carrière, a puisé dans sa propre expérience familiale.

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Monsieur Girard, vous jouez dans Tu te souviendras de moi. Notre cinéma a une fascination marquée pour les histoires intergénérationnelles. Pourquoi, selon vous?
Souvent, les petits-enfants sont plus proches de leurs grands-parents que de leurs parents, et c’est normal. Ce n’est pas grand-papa ou grand-maman qui a eu à les élever, à mettre des balises pour eux. J’ai été chanceux dans ma jeunesse, parce que je vivais dans la maison à côté de celle de mes grands-parents. Je les voyais tous les jours, tous les étés, jusqu’à mes 17 ans. Jusqu’à ce que ma grand-mère parte dans sa tête...     

C’est un peu ce qui arrive à votre personnage, qui perd sa mémoire et ses souvenirs. Le passé lui échappe.
Quand il revoit Bérénice, la fille du chum de sa propre fille, il se demande: «C’est qui, elle? Une de mes anciennes étudiantes?» Quand elle accepte de s’occuper de lui, au départ, c’est pour l’argent, mais plus ça évolue, moins c’est vrai. Elle s’attache à lui et lui à elle au point où il fait comme si c’était la fille qu’il a autrefois perdue. Si cette relation marche aussi bien à l’écran, c’est parce qu’elle marchait aussi bien sur le plateau. Karelle (Tremblay) pourrait être ma petite-fille; entre nous, il y avait une compréhension naturelle. On était ensemble tout le temps, même entre les prises. C’est une actrice formidable.


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La maladie dont souffre Édouard s’apparente à l’alzheimer. Non seulement il perd sa mémoire et ses souvenirs, mais aussi ce qui le rendait unique: son intellect.
Comble de l’ironie, c’est un prof d’histoire. Il perd son histoire personnelle, mais aussi celle du monde. Ça doit être dur de se voir dépérir comme ça. Ce qu’Édouard constate également, c’est qu’avec les réseaux sociaux, les gens aujourd’hui sont eux aussi prisonniers de «l’horreur» de l’instant présent. Ils lisent quelque chose sur Facebook, mais le lendemain, ça n’existe plus. Ça soulève des questions sur notre conscience collective perdue.      

Vous vous êtes inspiré de votre père, qui a souffert de démence vasculaire dans les dernières années de sa vie. Pour cet homme d’envergure qui a eu une carrière publique, la chute a dû être difficile.
Mon père n’est pas décédé de la maladie, mais de complications liées à ça. Sans ça, il aurait pu vivre encore longtemps. Il a été député, politicien et journaliste, et la maladie a en effet été très difficile pour lui. Je sais qu’il pleurait souvent. Pour les gens qui vivent avec une démence, ne plus se rappeler qui est la personne à qui ils sont en train de parler, ça doit créer une angoisse épouvantable. Heureusement, dans le film, on aborde le tout avec humour, alors ça aide un peu.

Le film parle aussi de la postérité. Qu’aimeriez-vous qu’on se rappelle de vous?
Je vais avoir la chance de laisser des images, alors ça ne sera pas le néant. Et j’ai pu jouer des rôles très différents. J’espère avoir réussi à jouer des personnages qui interpellent les gens et dans lesquels ils se reconnaissent. Je veux qu’ils se souviennent non pas des talents d’un acteur, mais de ce que ces personnages ont représenté pour eux. Les acteurs ont la chance de jouer un rôle rassembleur et de contribuer à donner une image de la société. Moi, c’est ce que je veux laisser.     

Vous aurez bientôt une soixantaine de rôles à votre actif au cinéma, sans compter ceux à la télé et au théâtre. Qu’est-ce que tous vos personnages ont en commun?
Ce sont des hommes qui ont une certaine générosité. Paul Bougon, par exemple. C’est un crosseur, on s’entend! (rires) Mais c’est un père de famille exemplaire. La famille Bougon n’était pas dysfonctionnelle. Au contraire, elle était très traditionnelle, avec la mère qui décide, mais qui fait semblant que c’est le père qui a le dernier mot, des enfants qui marchent droit malgré tout... Paul aimait ses enfants. En revanche, le paradoxe de Stan dans Les Boys, c’est qu’il est un peu le père de toute la bande, mais ça ne fonctionne pas du tout avec son fils! 

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Cette générosité, pour Édouard, passe par sa volonté de transmettre quelque chose à Bérénice. Est-ce quelque chose qui vous caractérise?
Je pense que oui. Je m’occupe de mon monde. J’ai été élevé comme ça. Mon père était très généreux. Il ne supportait pas la violence, envers les femmes surtout. Il avait beaucoup de principes et a fait toutes sortes de choses dans la vie. Il a même été curé...

C’était un Jack of all trades, comme on dit.
Oui, mais il avait une constance et une grande générosité. Il voulait être missionnaire en Amazonie, mais on lui a proposé d’attendre quelques mois parce qu’il n’avait pas la santé. Et finalement, c’est cet été-là qu’il a rencontré ma mère... 

Tu te souviendras de moi est en salle.
Voyez la dernière de la saison de
L’Échappée ce lundi 20 h, à TVA.
La seconde saison de
Portrait-robot sera sur Club illico dès le 5 janvier.
L’acteur sera aussi de la série
Bones of Crows.
 

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