Dan Bigras: Un chanteur et un grand-papa comblé
Il faut voir Dan Bigras s’enthousiasmer, avec cette passion brute qui le caractérise, lorsqu’il parle de Cette voix. Sur l’affiche: Dan et Gerry, notre histoire. C’est une rencontre par-delà le temps que Dan a peaufinée, faisant chanter Gerry à ses côtés par la magie des écrans. Ce dialogue entre deux complices touche une corde sensible et remporte un succès phénoménal. Lancé en 2025, ce voyage musical ne fait que commencer: au vu de l’engouement, ce n’est pas demain la veille que le rideau tombera.
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«Je serai en tournée en 2026 — avec plusieurs supplémentaires — et d’autres dates s’ajoutent déjà pour 2027. Depuis toujours, mes spectacles progressent: chaque show que je fais est meilleur que le précédent. Dès que c’est égal, c’est parce que ça va descendre. Je suis habitué. Quand ça fait trois mois que je fais exactement la même chose, je me dis qu’il est temps de passer à autre chose. Je me fie à la réaction du monde; s’il n’y a plus personne dans la salle, la tournée s’arrête avant que je prenne la décision», dit-il.
Pour ce spectacle, Dan peut se targuer d’avoir vendu près de 30 000 billets, si ce n’est pas plus, au moment où vous lisez ces lignes. Non seulement il prend un immense plaisir sur scène, mais il est à la fois enchanté et surpris par les réactions des spectateurs.
Moments intenses
«Je constate qu’elles sont de plus en plus fortes. Des hommages à Offenbach, il y en a eu plein, mais ce n’est pas ce que je voulais faire. Plusieurs le font très bien en chantant presque comme Gerry. Moi, je voulais raconter notre histoire vécue. Françoise, sa femme, m’a dit qu’elle ne souhaitait pas que je fasse sa biographie, ce à quoi j’ai répondu qu’elle avait déjà été écrite par Mario Roy. Mon show se concentre sur les années 1982 à 1990 (Gerry Boulet est décédé le 18 juillet 1990). On y voit ce qu’on a fait, les tounes qui en sont nées, le pourquoi et le comment... avec tout ce qui est émotif là-dedans», précise-t-il. Dan devient émotif lorsqu’il évoque Gerry. Ensemble, ils ont partagé des moments intenses, portés par une passion insatiable pour la musique.
«Il y a aussi d’autres personnages dans tout ça; c’est dur de parler des tounes de Gerry sans parler de Gilbert Langevin. J’en ai fait, des tounes, avec Gilbert (notamment Ange animal et Naufrage)! Gerry et moi, on a fait deux 45 tours, on a commencé à travailler sur un troisième, et il a été obligé d’arrêter. Il a dit qu’il fallait qu’il aille faire son disque et sa tournée. Il ne savait probablement pas combien de temps il lui restait, il n’a rien spécifié, mais c’était clair. Je parle aussi, dans le spectacle, de Denise Boucher, à cause de Jézabel (l’album posthume de Gerry, paru en 1994, et qui a été réalisé par Dan).»
Et Dan de nous annoncer que son amie Denise est décédée en mars dernier. «Un jour, elle m’a téléphoné et m’a dit que ça allait mal, et qu’elle voulait que j’aille la voir. Elle n’était pas chez elle.
Elle était au CHUM, ce n’était pas pour rien. Quand je suis arrivé là, je l’entendais respirer et ça me faisait mal, elle n’y arrivait pas. Elle a demandé aux médecins si c’était soignable, ils lui ont dit que non, et on lui a proposé l’aide médicale à mourir. Elle l’a acceptée», raconte Dan.
Disparue en douceur
«Elle m’a dit que ça allait se passer le 18, à 2 h, et elle m’a demandé si je pouvais être là, et si je pouvais lui faire la toune Pour vous aimer, qu’on avait écrite ensemble. J’ai évidemment accepté avec grand plaisir. C’était une crisse de belle journée. C’est triste, de mourir, mais des fois, on est ému parce que c’était beau. Je lui ai chanté la toune a capella. À la fin de la chanson, je répète cette phrase écrite par Denise, ni la longueur de la liberté, et je me suis toujours demandé quel en était le sens. Elle m’a dit: “Moi, comme intellectuelle, j’ai toujours pensé que c’était la tête qui menait le bateau. Mais brusquement, je viens de m’apercevoir que c’est le corps. Et je pense que c’est ça, la longueur de la liberté.” Quand tu prends rendez-vous avec la mort, t’as une date et une heure précises, et tu peux prendre rendez-vous avec ta famille et tes chums. Tu peux partir en gang de façon assez joyeuse, même si c’est la mort. Il ne faut pas en faire un drame: si tu es né, c’est parce que tu vas mourir, c’est ça la vie, pour tout le monde. Bref, c’est ce qui s’est produit avec Denise. On lui a chanté À la claire fontaine, parce que Denise était une grande patriote, et cette toune était celle que les patriotes chantaient juste avant de se faire pendre. Je ne l’ai pas vue mourir, je l’ai vue s’endormir», dit-il.
En lien avec le départ de son amie Denise, Dan me fait une confidence: il a eu une grande frustration dans sa vie concernant sa mère. «J’étais avec ma mère dans ses derniers mois, et je voulais qu’elle parte dans mes bras. C’était important pour moi, j’étais à l’hôpital tous les jours, et le médecin s’est mis à m’engueuler. Il me disait qu’il fallait que j’aille dormir parce que j’allais craquer. “Ta mère peut aussi bien partir dans trois mois, on ne le sait pas”, a-t-il ajouté. Je suis allé me coucher, et le lendemain matin, il m’a dit: “On l’a échappée...” Ma mère est morte une semaine après le Show du Refuge; j’avais été là tout le temps, jusqu’à ce soir-là. Je ne peux pas blâmer les infirmières et le personnel, ils travaillaient comme des fous, comme maintenant; c’était déjà comme ça en 1998», raconte-t-il.
Gerry manque toujours
Ce n’est pas pour rien que des supplémentaires s’ajoutent encore et encore. C’est du gros plaisir et de l’émotion que ressentent les spectateurs à réentendre Gerry et Dan raconter toutes sortes de choses concernant leur relation. «Il y a des ovations debout, c’est vraiment le fun. C’est bizarre, mais l’une des chansons qui font beaucoup réagir les gens est Ange animal, qui est une de mes tounes. Il y a toujours un équilibre entre l’émotion et le rock, et j’ai constaté très rapidement que les gens s’ennuient de Gerry», confie Dan, surpris qu’un spectacle rock soit aussi émouvant et touche les spectateurs.
«L’idée de ce show m’est venue comme ça, parce que je m’ennuyais de lui. Ç’a été compliqué d’aller chercher les images de Gerry, de les synchroniser quand il chante, d’effacer tout ce qui est sa voix sur l’image pour ne prendre que lui quand il est à l’écran (un travail accompli à l’aide, entre autres, de l’Intelligence artificielle). Je voulais que le show, ce soit lui, moi, et mon band. J’ai trois musiciens qui chantent aussi, alors quand on fait Promenade sur mars à cinq voix avec Gerry, ça sonne pas mal! Et honnêtement, je ne pensais pas que les gens allaient réagir aussi fortement que ça. Ce qui m’a surpris aussi, c’est que mes salles sont toutes pleines, et ça fait longtemps que je n’ai pas fait de salles pleines. Une carrière, ça monte et ça descend; j’ai fait des petites salles, des grosses, je n’ai pas arrêté de faire ça, ça ne m’a jamais angoissé et je suis encore là, à 67 ans, à faire de la musique, et je chante devant beaucoup de monde! C’est vraiment tripant comme feeling, ajoute Dan. Les gens m’écrivent qu’ils ont braillé pratiquement tout au long du spectacle, et d’autres, que ça leur a fait tellement de bien.»
Trois petits-enfants
Le succès ravit Dan qui a, en plus, le bonheur d’être devenu grand-papa pour une troisième fois en septembre dernier. «C’est la première petite-fille. Quand mon fils a eu son premier, je lui ai dit que je pouvais l’aider, je lui ai donné des conseils, il m’écoutait. Quand il a eu son deuxième, je lui ai dit de s’arranger, que je ne pouvais plus rien faire pour lui: il était maintenant père deux fois, et moi, je n’en ai eu qu’un!», lance-t-il en riant.
Quant à sa santé, Dan confie que ça va, sauf peut-être des maux de dos qui l’affligent ici et là. «Quand j’ai eu un cancer, je l’ai pris calmement, mais avec sérieux. Je l’ai dit en premier à mon fils, puis à tout le monde dans la famille. Et là, j’ai des petits bobos de vieux, ça me fait sourire plus qu’autre chose», ajoute-t-il. Je connais Dan depuis longtemps, on a discuté souvent et longtemps chez lui, et franchement, je ne l’ai jamais vu aussi heureux. Ce qu’il confirme: «Oui, je peux dire que je suis bien, que je suis heureux, que je vis une belle période.»
Ça fait quand même 35 ans que Dan Bigras est connu du grand public. On le sait, il avait chanté auparavant dans les bars, avant de présenter son premier album, Ange animal, en 1990. S’il en a pour un bon moment à présenter des spectacles, Dan confie avoir commencé, tranquillement, à écrire un roman. «Il y a beaucoup de doutes, je ne mets pas de deadline. Je suis chanceux, je fais pas mal ce que je veux, je n’ai pas de pression. Et quand je vais avoir moins de shows de Gerry dans la tête, j’ai une autre sorte de spectacle complètement différent que je vais peut-être avoir envie de monter. J’ai l’immense privilège de pouvoir y aller à mon rythme. Au fond, le but de tout ça, d’être parti de chez nous, d’avoir joué dans les bars, fait des disques et des spectacles un peu partout au Québec, c’est de se rendre heureux.»
Pour plus d’informations sur Cette voix et les dates des spectacles, consultez le site danbigras.com
Souligner le décès de Gerry
Le 18 juillet dernier, Dan publiait ce message sur sa page Facebook à l’occasion de l’anniversaire du décès de son ami Gerry. Un texte touchant et empreint d’amour.
Salut ti-frère, 35 ans aujourd'hui que tu es au paradis du rock, probablement avec ta fameuse B-3, une couple de bières... et nos cœurs. Ben oui, t'es parti avec. Tu m'as appris à ne jamais avoir honte de ce que je voulais faire, même si je ratais mon coup. On recommençait et recommençait. J'ai compris que j'étais fait pour faire ce que j'avais besoin de faire et rien d'autre. Pas de tounes vides parce "qu'I want to pogne", comme disaient Guy A. et ses Belles oreilles. Que si je ne ressentais pas grand-chose, ça ne valait pas grand-chose. Mais que si je ressentais quelque chose de très fort, j'avais des chances d'en faire quelque chose de correct. Mes sentiments sont devenus mes boss dans tout ce que j'ai fait.
Tu l'as fait en studio avec moi, mais aussi bien avant qu'on se rencontre, par tes chansons. Tu nous as tous fait ça. Tu nous as montré qu'un cœur et des tripes, ça pouvait vraiment nous aider si on les laissait sur la table à chaque show... et dans notre langue: le québécois français. Tu nous as redonné notre fierté. Quelques années après ton départ, j'ai terminé la superbe job que tu avais commencée avec tes œuvres et celles de Denise Boucher (qui vient de nous quitter grâce à l'aide médicale à mourir. Une expérience dure mais belle, je te raconterai).
Dernièrement, j'ai monté un show où je te fais revenir chanter avec nous su' l'stage. Je crois que les gens aiment bien. Chuis jamais sûr. Comme tu m'as appris, je ne fais rien si je ne suis pas ému et je vois bien que tout le monde s'ennuie. Dernièrement, le plus grand que nature Serge Fiori nous a quittés. Et j'ai compris ce que j'avais ressenti avec toi: les grands laissent de grands trous quand ils partent. De grands trous qu'on ne peut remplir, alors on les décore. C'est ça, mon show avec toi ces temps-ci. Est-ce que tu aurais aimé ce que j'ai monté? Comme pour Jézabel, j'en ai aaaauuucune estie d'idée. Est-ce que tu aurais aimé qu'on essaie de rejoindre ton grand cœur avec le nôtre? J'espère que oui. C'est tout ce que j'ai pour te dire merci... marci.