Yvan Cournoyer : « Ça a changé bien des choses ! » | 7 Jours
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Yvan Cournoyer : « Ça a changé bien des choses ! »

54 ans après la Série du siècle

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Il y a 54 ans, en septembre 1972, avait lieu ce qu’on a appelé la Série du siècle. Malgré des absences de taille comme celle Bobby Orr et Bobby Hull, l’équipe de joueurs étoiles canadiens, qui a disputé huit matchs contre celle de l’URSS, a remporté la série de justesse, en triomphant à l’ultime rencontre. Yvan Cournoyer, ex-capitaine des Canadiens qui a connu une glorieuse carrière, a joué dans ces matchs un rôle déterminant. À 82 ans, il se souvient parfaitement de ces moments historiques.

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C’est chez lui, aux côtés de son épouse, Evelyne, à leur résidence située en banlieue de Montréal, que le célèbre no 12 des Canadiens nous accueille. Passé les 80 ans, Yvan se porte bien, disant se tenir en forme en nageant pratiquement tous les jours et en jouant au golf. Il est d’ailleurs bien heureux de nous rencontrer pour parler de cette série historique à laquelle il a participé.

« Perdre cette série était inimaginable. Pourtant, au début, on n’a pas pris les Russes au sérieux. C’était une excellente équipe, elle gagnait toujours aux Jeux olympiques et leurs joueurs étaient plus en forme que nous. Il ne faut pas oublier que notre équipe était composée de joueurs pigés un peu partout dans la Ligue ; il y en avait de Toronto, de Montréal et de Boston, entre autres. On s’était donc entraînés à Toronto — mais pas autant qu’on aurait dû. C’est quand on a joué la première partie qu’on a vu qu’il fallait les respecter », avoue-t-il.

Un réveil brutal

Et comment ! Lors de ce premier match, présenté au Forum de Montréal le 2 septembre 1972, le club canadien prend rapidement les devants 2-0, après un peu plus de sept minutes de jeu, pour finalement perdre la rencontre par le pointage de 7-3 !

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« On avait eu des rapports disant que leur gardien de but, Vladislav Tretiak (âgé de seulement 20 ans) n’était pas tellement bon. Or, quand ces gens l’ont vu jouer, il venait de se fiancer. Ils nous disaient qu’on n’avait pas à s’inquiéter. »

Yvan Cournoyer est l’un des six joueurs des Canadiens de Montréal sélectionnés pour faire partie de cette équipe, les autres étant Serge Savard, Guy Lapointe, les frères Frank et Pete Mahovlich ainsi que le gardien de but Ken Dryden. Cournoyer a réussi 47 buts, un sommet personnel, lors de la saison 1971-1972 avec la Sainte Flanelle, ce qui fait de lui un choix tout à fait logique pour faire partie de l’équipe canadienne. « J’étais très heureux, je voulais vivre cette aventure. On allait jouer quatre parties au Canada et les quatre autres en Russie. Et quand je repense à la série, si nous n’avions pas gagné la deuxième partie à Toronto par le pointage de 4-1 (Yvan avait obtenu un but et une passe), je pense que ça aurait été pas mal compliqué pour nous... »

Pour les joueurs canadiens, ce séjour en Russie sera pour le moins déstabilisant. À l’hôtel, par exemple, quand les joueurs quittent leur chambre, ils doivent remettre leur clé à une dame – présente 24 heures sur 24 – qui la conserve précieusement dans un tiroir. Quant aux lits, ils sont loin d’être confortables ! « Ce n’était pas le gros luxe. Nous avons alors réalisé à quel point nous étions bien au Canada », commente Yvan.

Un match enlevant et décisif

Tous les amateurs de hockey ont en mémoire cette journée du 28 septembre 1972 où est présenté le huitième et dernier match de la série. L’équipe russe a remporté trois matchs, tout comme le Canada, et une partie s’est terminée par un pointage égal. Ce dernier match est donc décisif.

Yvan Cournoyer, le no 12 de l'équipe canadienne, félicite Paul Henderson après son but gagnant lors de la 8e rencontre, qui a été décisive, le 28 septembre 1972.

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Yvan Cournoyer, le no 12 de l'équipe canadienne, félicite Paul Henderson après son but gagnant lors de la 8e rencontre, qui a été décisive, le 28 septembre 1972.

Après deux périodes, la Russie mène 5-3. Dans le vestiaire, avant le début de la dernière période, quelques joueurs prennent la parole, dont Serge Savard et Yvan. Ils invitent leurs coéquipiers à demeurer calmes, assurant que le vent va tourner en leur faveur. « Nous nous sommes dit qu’il fallait rester positifs », évoque-t-il.

Phil Esposito porte la marque à 5-4 dès le début de la période, puis, avec un peu plus de sept minutes à jouer au match, Yvan Cournoyer lance une première fois, la rondelle revient sur son bâton et, d’un lancer du revers, il égalise le pointage. On semble se diriger vers un second verdict nul. Il reste moins d’une minute à jouer au match. Laissons le no 12 raconter la suite.

« J’étais sur la glace sur le bord de la bande, mais tu sais, la patinoire était grande – de format olympique —, et même si j’étais exténué, le banc de l’équipe était trop loin pour que je m’y rende. Je me suis dit que je n’arriverais pas à m’y rendre. Puis, à ce moment, un joueur russe a lancé la rondelle par la bande, et je l’ai interceptée. Et quand j’ai vu Paul Henderson s’amener en direction de la zone adverse, j’ai essayé de lui passer la rondelle, mais elle était un peu en avant de lui. La rondelle est allée en arrière du but, je me suis approché du filet, et Paul, qui était tombé sur le bord de la bande, est revenu en avant du filet de Tretiak. Phil Esposito a lancé, puis Paul a pris le retour ; il a lancé une première fois, puis une seconde, et la rondelle s’est retrouvée au fond du filet. Il m’a sauté dans les bras et je me souviens de lui avoir crié : “We dit it ! We dit it ! ” » 

Julien Faugere / TVA Publications

Il poursuit : « Il restait peu de temps à jouer. On menait par un but, et j’espérais que Dryden allait faire le travail s’il recevait un lancer. Après cette victoire, nous nous sommes retrouvés dans le vestiaire, et l’ambiance était à la fois festive et très relax, mais nous étions surtout très fatigués. La pression venait de retomber, c’était un grand soulagement d’avoir remporté ce match, et nous étions tellement fiers d’avoir réussi à aller jusqu’au bout ! Je pense que si nous avions perdu cette série, le hockey n’aurait pas été pareil. Ça a changé bien des choses, on a gardé espoir de pouvoir continuer à jouer du bon hockey. »

Et de fait, l’attaquant a connu sa large part de gloire. « J’ai gagné 10 coupes Stanley au cours de ma carrière, mais cette série Canada-Russie, et cette victoire, demeurent pour moi un souvenir incroyable. » Pour la petite histoire, en huit matchs, Yvan a compté trois buts et récolté deux passes.

Tirer sa révérence dans la lumière

Après cette aventure historique, le joueur étoile jouera six autres saisons avec les Canadiens. En revanche, peu de temps après le début de la campagne 1978-79, celui qu’on a surnommé le « Roadrunner » pour sa grande vitesse ne disputera que 15 matchs avant d’être contraint à l’inactivité en raison de maux de dos et d’une blessure à la hanche. Le 15 novembre 1978, à Vancouver, il dispute son dernier match dans la Ligue nationale de hockey.

Une carrière extraordinaire

Aux plus jeunes, qui n’ont pas eu l’occasion de le voir jouer, disons qu’Yvan Cournoyer était un joueur absolument spectaculaire. Quand il prenait son envol, personne ne pouvait réussir à le rejoindre et l’empêcher de marquer, particulièrement entre la ligne bleue adverse et le filet du gardien de but.

Au sujet de sa vitesse légendaire, il confie : « Jeune, j’ai toujours travaillé dans un aréna, et le dimanche, après le patinage, il y avait beaucoup de neige sur la patinoire. Comme je devais la nettoyer, et c’était quand même difficile, je dirais que ça m’a aidé à obtenir de la force dans les jambes. J’aimais patiner vite, c’était en quelque sorte ma marque de commerce, et quand je jouais pour les Canadiens, j’avais les jambes très musclées. Elles le sont un peu moins aujourd’hui. (sourire) »

Admis au Temple de la renommée du hockey en 1982, le no 12 a disputé 16 saisons, toutes avec les Canadiens, et a compté 428 buts. Cela fait de lui le quatrième marqueur de l’équipe, derrière Maurice Richard, Guy Lafleur et Jean Béliveau. « En repensant à tout ça, à ma carrière, je me dis que le temps passe tellement vite ! À mes débuts avec les Canadiens, j’avais 19 ans, et il n’y avait que six équipes dans la ligue. On voyageait en train à cette époque, puis j’ai connu l’expansion, l’ajout d’équipes. Il y en avait 17 quand j’ai pris ma retraite, et il y en a 32 aujourd’hui. J’ai connu les belles années, plus toutes les coupes Stanley, et si tu ajoutes La série du siècle, je pense que c’est pas pire, ajoute-t-il en souriant. J’ai été choyé de faire partie de bonnes équipes, et puis quand on gagnait, le public était fantastique. »

On pense notamment à la saison 1976-1977 où, sur les 80 parties disputées, les Canadiens n’en ont perdu que huit ! Un record absolu. Et, bien sûr, Yvan a fait partie de l’équipe qui a remporté quatre coupes Stanley consécutives de 1976 à 1979. Il était même le capitaine de la formation dirigée par l’entraîneur Scotty Bowman.

Aujourd’hui, Yvan est toujours ambassadeur pour les Canadiens de Montréal. Quand il se rend au sous-sol de sa résidence, ou dans ce bureau où figurent quantité de souvenirs et de photos, il fait un saut dans le passé en repensant à la glorieuse carrière qui a été la sienne.

Photo Martin Chevalier

Aux côtés d’Evelyne, sa femme – le couple va célébrer le 27 septembre son 50e anniversaire de mariage –, il coule des jours paisibles. « On fait tout ensemble, Evelyne et moi. Nous nous sommes croisés à l’aéroport de Dorval, et nous ne nous sommes pas quittés depuis », lance-t-il avec fierté.

L’ex-athlète assure qu’il est toujours heureux d’être reconnu par des admirateurs et de leur signer des autographes. Le temps passe vite, on le sait, mais dans l’esprit d’Yvan Cournoyer, le souvenir des exploits accomplis et des moments incroyables qu’il a vécus est encore bien vivace.

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