Eliott Trudel: atteint d’un handicap visuel, il dépasse ses limites, une passion à la fois | 7 Jours
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Eliott Trudel: atteint d’un handicap visuel, il dépasse ses limites, une passion à la fois

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Né avec un champ visuel très restreint, Eliott Trudel a grandi avec la certitude que les limites sont faites pour être repoussées. Journaliste pour le journal étudiant, magicien et amateur de Lego, il trace son chemin avec créativité, empathie et une étonnante résilience. Dès l’enfance, il a appris à trouver ses propres repères, convaincu que rien n’est impossible !

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Premièrement, Eliott, explique-nous quel est ton handicap.

J’ai un champ visuel très restreint, je ne vois ni en haut, ni en bas, ni sur les côtés, juste devant moi. Certains pensent que les images que mes yeux me renvoient sont toutes petites et entourées de noir, mais ce n’est pas vraiment ça. Je ne vois rien autour, c’est juste... vide.

Est-ce depuis l’enfance ?

Oui. Quand j’étais plus jeune, je pensais que tout le monde voyait comme moi, j’ignorais que j’étais différent. Les gens autour de moi me trouvent inspirant, mais bien honnêtement, tout le mérite revient à mes parents. Ils m’ont élevé avec la mentalité que rien n’est à mon épreuve. Par exemple, ils m’ont inscrit à des cours de ski. Pour ne pas affoler la monitrice, ils n’ont pas mentionné que j’avais un handicap visuel et elle ne s’en est même pas rendu compte. (rires)

Possèdes-tu une canne pour te déplacer ?

Plus jeune, j’ai suivi un cours à l’Institut Nazareth et Louis-Braille pour apprendre comment fonctionne une canne blanche... et c’est pas mal la seule fois que je l’ai utilisé ! (rires) Je me débrouille très bien sans accessoire, malgré ma vision très limitée. Imaginez-vous que je conduis même un vélo ! Je m’en sers surtout pour mes déplacements, pour aller voir mes amis. Je fais aussi de l’escale, de l’équitation, je voyage... rien de m’arrête !

Depuis trois ans, tu es journaliste pour le journal étudiant de ton école. Comment cette belle aventure a-t-elle débuté ?

J’ai découvert le journalisme en troisième secondaire. Mon enseignante en français a décelé un certain talent en moi puisqu’elle m’a proposé de participer au journal étudiant. Dès la rédaction de mon premier article, j’ai eu la piqûre. Il faut dire que j’ai toujours été attiré par tout ce qui est artistique.

Quel genre d’article écrivais-tu ?

J’écrivais par exemple des critiques de spectacles. J’adore la musique, spécialement celle de Ludovick Bourgeois, lorsqu’il reprend le répertoire de son défunt père Patrick, membre du groupe les BB. Je connais toutes leurs chansons par cœur.

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D’où te vient ton amour pour ce groupe ?

Lorsque j’étais en premier secondaire, j’étais en amour avec une fille, qui ne savait même pas que j’existais. J’ai trouvé du réconfort dans les paroles des chansons des BB et ça m’a donné l’envie d’écrire des chansons moi aussi. Comme je ne joue d’aucun instrument de musique, j’écris davantage des poèmes. C’est ma façon de faire sortir ce que je garde en dedans, mon trop-plein d’émotion. J’aimerais un jour trouver un musicien qui pourrait m’aider à mettre mes paroles en chanson.

Possèdes-tu des outils pour écrire à l’ordinateur ?

Non, mon ordinateur n’est pas adapté à ma condition. Lorsque vous tapez sur votre clavier, vous ne regardez pas les lettres, parce que vous savez par cœur où elles se trouvent. C’est la même chose pour moi ! Par contre, pour texter, je dois mettre l’écran de mon téléphone devant mes yeux. Je trouve des trucs, je développe des techniques, je m’adapte. Je travaille peut-être plus fort que les autres, ça me prend plus de temps, mais j’arrive toujours à mes fins.

Tu obtiens ton diplôme détudes secondaires, cette année. Quels sont tes plans pour la suite ?

Je vais étudier au cégep, en technique d’éducation spécialisée au Collège Montmorency. Pourquoi avoir choisi ce domaine ? Parce que j’ai rencontré plusieurs TES lors de mon parcours scolaire et ils m’ont été d’une aide précieuse. Étant moi-même différent, je comprends bien tous les défis que ça comporte.

Que veux-tu dire ?

Je suis chanceux, je n’ai jamais été intimidé en rapport avec mon handicap. Mais pour avoir côtoyé des élèves dans des classes spécialisées, je sais que plusieurs sont victimes de moqueries, qu’ils sont mis à part, qu’ils n’arrivent pas à s’intégrer. Voilà pourquoi j’aimerais travailler dans ce domaine. Et pourquoi pas en fondant un journal étudiant dans une école ? De cette façon, je pourrais relier mes deux passions.

Dans quel contexte as-tu côtoyé des élèves de classes spécialisées ?

Ah ça, c’est une autre belle histoire. Lorsque je vous dis que je m’intéresse à tout ce qui est artistique, j’ai suivi des cours de magie chez MagieStrale et dans mes temps libres à l’école, je vais présenter des tours de magie aux élèves des classes spécialisées. Vous n’avez pas idée de la joie que ça m’apporte d’entendre la réaction des jeunes autistes, leur surprise, leurs cris de joie. Ils sont contents que je les divertisse, mais sincèrement, ça me fait autant plaisir à moi.

Encore là, c’est assez étonnant de savoir que tu fais de la magie, malgré ton champ de vision restreint.

Je me spécialise dans les tours de cartes. J’ai dû travailler fort pour apprendre à les manipuler malgré mon handicap visuel, mais maintenant, j’arrive à imbriquer les cartes les unes dans les autres, à faire le pont, quasiment comme un pro ! Quand je vous dis que je suis chanceux, mon professeur Yannick Lacroix est un magicien incroyable. Il a d’ailleurs participé à La France a un incroyable talent et Canada’s Got Talent.

Autre fait surprenant dans ta vie : tu te passionnes pour les Lego pour adulte !

Tout a commencé lorsque mon père a offert à ma mère un bouquet de fleurs en Lego à la Saint-Valentin. Ça m’a donné l’idée de commencer cette activité. Comme je suis fan des personnages de Disney, j’ai débuté par Simba du Roi Lion. Je n’ai jamais arrêté depuis à un point tel où ma chambre ressemble à un véritable musée, avec des tablettes, pour exposer toutes mes créations. D’ailleurs, je suis présentement en train de compléter la tour Eiffel.

Né aux Philippines, tu as été adopté par tes parents à l’âge de 15 mois. Crois-tu que tu aurais la même vie, si tu étais resté dans ton pays d’origine ?

Non, pas du tout. Mes parents ont tellement travaillé fort pour que je sois le plus autonome possible, malgré mon champ de vision restreint. J’aurais peut-être eu le même désir de me dépasser, mais je n’aurais certainement pas été aussi bien entouré. Et ça, d’avoir des gens qui croient en toi, qui te répètent que tout est possible, ça fait toute une différence selon moi.

Bruno Petrozza / TVA Publications

Le diagnostic d’Eliott raconté par sa maman

Lorsque Nadine Tremblay et son conjoint Luc ont adopté Eliott aux Philippines, le petit était âgé de 15 mois. « On était au courant qu’il avait des retards de développement, mais on en ignorait la cause », raconte sa mère. Eliott évitait le contact visuel, ne tendait pas les mains pour attraper des objets et semblait percevoir le monde autrement. Les premières hypothèses pointaient vers l’autisme. Puis, un détail revenait souvent : le petit louche. Commence alors un long parcours médical, ponctué de rendez-vous chez l’optométriste et l’ophtalmologiste, sans réponse claire. C’est finalement à l’hôpital Sainte‐Justine que la famille obtient le diagnostic : Eliott souffre d’une atrophie optique, une lésion cérébrale localisée au niveau du lobe occipital. Son champ visuel très restreint, comparable à une myopie sévère, ne peut malheureusement pas être corrigé. À ce défi s’ajoutent d’autres diagnostics : épilepsie, dyslexie et déficit d’attention. « Elliott a travaillé fort pour devenir le jeune homme épanoui qu’il est aujourd’hui », conclut sa maman.

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