Ce que l'épreuve d'Anick Lemay lui a fait perdre et gagner
Depuis que le cancer est passé dans son existence, Anick Lemay voit la vie autrement. Désormais, elle profite à fond de chaque instant qui passe. Elle est la même femme qu’avant, mais la maladie lui a fait perdre quelque chose à jamais : sa naïveté.
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Elles avaient l’air de fées lors d’une soirée à faire rêver. La semaine dernière, Anick Lemay et sa fille, Simone, illuminaient la somptueuse salle de réception de la Gare Windsor, à Montréal, où la Société canadienne du cancer tenait, comme chaque année, son Bal de la Jonquille. Les organisateurs de l’événement, qui a pour but d’amasser des fonds pour la recherche sur le cancer et les programmes de soutien, avaient nommé la comédienne Fée marraine de la soirée. Elle y a témoigné de son expérience après avoir plongé dans les eaux sombres de la maladie, il y a huit ans, et avoir fait face à un cancer du sein. Ce chapitre de son existence a laissé des traces en elle. « J’ai perdu ma naïveté. Pas une naïveté infantile. On a tous, chacun, une certaine naïveté pour avancer dans la vie. Moi, je n’en ai plus de ça, admet-elle sans détour. Je pense que c’est ça que ça fait, avoir peur de mourir pour vrai. Parce que tant et aussi longtemps que tu n’as pas une vraie peur de mourir, tu te tasses de côté. On sait tous qu’on va mourir un jour, mais on n’y pense jamais, ou très rarement. C’est un concept qui est loin et auquel on ne veut pas réfléchir, souligne l’actrice. Et quand tu as peur de mourir et que ça se peut que tu meures, là, maintenant, la naïveté vole en éclats. »
Aujourd’hui, elle aborde la vie d’une tout autre façon. « J’essaie de profiter tous les jours de la chance que j’ai de continuer. J’essaie de faire quelque chose de ma vie. Je me donne encore des journées de farniente, où je ne fais rien, mais quand j’ai envie de faire quelque chose, je n’attends pas. »
Sa fille, Simone, a maintenant 19 ans. Elle en avait 11 quand Anick tentait de survivre à la maladie. « On a toujours été presque fusionnelles, elle et moi. » Mais l’enfant n’a jamais joué à la maman ou à l’infirmière avec sa mère. « Ça, non ! Elle était trop jeune. J’ai eu beaucoup d’amis qui ont pris soin de moi. Ma fille m’a fait rire, bien sûr. Elle a été très forte ! Et elle avait peur de me perdre et en a témoigné à cette soirée. Cela m’a beaucoup touchée, parce qu’elle ne me l’avait jamais dit dans ses mots d’enfant à elle ! La grande femme de 19 ans me l’a dit ce soir. Ça me touche profondément. » Simone suit les traces de sa maman : elle étudie en théâtre au cégep de Saint-Laurent. Un autre talent à surveiller !!!
Très impliquée dans la série tirée de son livre
On pourra bientôt voir à l’écran la minisérie Le gouffre lumineux, inspirée du parcours d’Anick Lemay alors qu’elle luttait contre la maladie (dès le 9 juillet sur Tou.tv Extra). Est-ce que le tournage lui a fait revivre des moments troublants ? « Non. En fait, j’étais concentrée sur la véracité de tout ce qui était médical, admet-elle. J’ai des acteurs en or ! Marie-Ève Perron est formidable ! Mais on avait beaucoup de prothèses pour la poitrine d’Agathe, le personnage, parce qu’elle perd ses seins. Alors ma concentration et mes soucis étaient là-dessus, sur la chimio, que ça ait l’air vrai, parce que ça arrive que, dans les séries médicales, des médecins disent : “ Mais non, ce n’est pas comme ça que ça se passe ! ” C’est un sujet hypersensible, alors je voulais que personne ne décroche parce que ça n’a pas l’air crédible. Je veux qu’on y croie ! Je veux qu’on entre avec Agathe dans cet univers-là. Je veux qu’on ait peur, oui, mais je veux qu’on voie qu’il y a de la lumière dans tout ça et qu’on peut s’en sortir avec la force du monde, avec des amis ! C’est quelque chose de très beau ! »
Des mains tendues
Oui, l’amitié prend une place très importante dans le combat contre maladie ! Anick l’a appris par son expérience personnelle. « J’ai appris que je ne pouvais pas tout faire toute seule et que j’avais un réseau autour de moi qui était là pour me soutenir, pour m’épauler, pour m’aider. Ça, pour vrai, ç’a été salvateur !, confie-t-elle avec émotion. Parce que je suis un petit Bélier, moi ; je fais tout le temps tout toute seule. Je suis dans ma tête. Et là, j’ai eu besoin des autres, et j’ai demandé de l’aide à des personnes... et elles étaient là ! » Elle en est reconnaissante. « Ça, ça m’a vraiment appris quelque chose. Ça, c’est très, très lumineux de savoir que tu n’es pas toute seule dans la vie ! C’est immense ! »