Après la finale de «La Voix», Mario Pelchat va prendre une année sabbatique | 7 Jours
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Après la finale de «La Voix», Mario Pelchat va prendre une année sabbatique

«La Voix», dimanche 19 h 30, à TVA et sur TVA+. Le 21e album de Mario Pelchat, «Duos de mes 60 ans», est disponible chez Jean Coutu.

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Les derniers mois n’ont pas été des plus faciles pour Mario Pelchat. Il souffre d’un essoufflement inexpliqué qui l’empêche de chanter et même de parler correctement, ce qui a rendu son rôle de coach à La Voix particulièrement pénible. Le chanteur, qui a décidé de faire un grand ménage dans sa vie, sa tête et son corps, se confie sur cette période difficile. Il évoque les deuils récents qu’il a traversés, sans oublier la bataille qu’il a menée contre la CPTAQ pour obtenir le droit de donner des spectacles dans la salle de son vignoble. À bout de souffle, il a finalement décidé de baisser les bras et nous explique les raisons de ce choix.

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Mario, comment ça va ?

Je vais bien ! En revenant de vacances, j’ai décidé de me prendre en main : je me suis trouvé un entraîneur et j’ai commencé à suivre un plan alimentaire. J’ai aussi coupé l’alcool. Je ne buvais pas tant que ça, mais quand tu as un vignoble dans ta cour, tu n’as qu’à étirer la main et le vin est là. J’ai aussi commencé à faire de l’ordre dans mes papiers, dans mes affaires, dans mon bureau. Je fais donc un grand ménage dans ma vie, dans ma tête et dans mon corps. Ça me fait du bien.

Qu’est-ce qui a motivé ces décisions ?

Un besoin de changement. J’ai eu – et j’ai encore – des problèmes de respiration, au point où j’ai de la difficulté à parler. J’ai consulté tous les médecins possibles et imaginables pour finalement me faire dire qu’il n’y avait rien d’anormal sur le plan physique. Je me suis dit qu’il devait bien y avoir autre chose. J’ai donc commencé une thérapie, afin de trouver ce qui ne va pas. Ça me fait du bien et je pense que ça va donner des résultats positifs.

Se pourrait-il que ta bataille avec la Commission de protection du territoire agricole, qui t’empêche de donner des spectacles sur ton vignoble, soit responsable de cet état ?

C’est certain que ça n’a pas aidé et que ça a probablement amplifié des problèmes déjà présents, des choses hors de notre contrôle, comme des décès. J’ai eu de grands deuils à faire ces derniers temps. J’ai perdu mes deux parents, et ensuite la maman de Claire, qui vivait avec nous. Elle est décédée l’été dernier. Il y a eu la pandémie, qui nous a tous ébranlés. Tout ça, en plus de la saga avec la CPTAQ, a occasionné du stress et des pertes monétaires, et ça a fini par avoir des répercussions sur ma santé physique.

Tu avais jusqu’en janvier pour faire appel de la décision. Qu’as-tu décidé, finalement ?

J’étais en Guadeloupe quand j’ai informé mon avocat que ça suffisait, que je n’irais pas plus loin dans cette bataille. J’approche les 40 000 $ en frais d’avocat à ce jour, sans compter les pertes de revenus et l’impact sur ma santé. J’ai donc jeté l’éponge. J’arrête tout et je veux simplement respirer.

Est-ce que cette décision met ton vignoble en péril ?

Tout ça est aberrant. De toute façon, cette année, même si je voulais chanter, j’en serais incapable puisque je ne suis même pas capable de respirer. Juste terminer La Voix, ç’a été comme de monter le mont Everest. Au bout de tout ça, Mario le chanteur va prendre une année sabbatique. Je n’ai pas le choix. Je ne prendrai donc aucun engagement. Cela dit, mon dernier disque, Duos de mes 60 ans, sort en format numérique, et j’irai à la rencontre des gens dans les Jean Coutu. Ça ne m’oblige pas à chanter. D’ailleurs, ces rencontres avec le public sont très énergisantes et me font beaucoup de bien. En ce moment, Claire et moi tentons de trouver des solutions afin de proposer une offre différente. Nous mettrons de l’avant la viticulture, nos vins, nos produits et la dégustation. Pour la suite, on verra.

Qu’est-ce qui t’a amené à prendre la décision de ne vendre ton disque que dans les Jean Coutu ?

Tout simplement parce qu’il n’y a presque plus de magasins de disques. Ils sont venus me proposer ça et j’ai trouvé ça génial, car ils ont des succursales partout en province, au Nouveau-Brunswick et en Ontario, contrairement aux disquaires. L’album est donc disponible partout, comme à l’époque des magasins de disques. Ça me permet aussi d’aller à la rencontre des gens. Avant, je le faisais après mes spectacles. Mais à 62 ans, après deux heures de spectacle, je ne suis plus capable de prendre une heure et demie de plus pour rencontrer les gens. À un certain âge, il faut accepter de se reposer si on veut être capable de faire le spectacle du lendemain, et c’est ce que j’ai fait. Mais aller signer des autographes dans les Jean Coutu, ça me fait très plaisir, car je suis reposé et j’adore ça.

Dis-moi, est-ce que ç’a été difficile pour toi d’annoncer que tu prenais une année sabbatique ?

Oui, ç’a été très difficile, tout simplement parce que je ne l’ai jamais vraiment fait, sauf une fois en 2004. Je suis habitué à travailler, à enchaîner les projets et à avoir de l’énergie. Il a fallu que je me parle — et je me parle encore. On me fait des offres que j’aurais envie d’accepter, mais je dis non. Ce n’est pas facile à faire. Ce qui facilite la chose, c’est que mon disque n’est composé que de duos. Mais les autres artistes ne sont pas disponibles, et ça ne rendrait pas justice à l’album de chanter ces chansons en solo. C’est un projet ponctuel qui se voulait une rencontre avec des artistes que j’aime, mais qui ne se prolongera pas en tournée.

Comment as-tu fait pour enregistrer cet album, avec tes problèmes de respiration ?

Ç’a été très long et extrêmement ardu. J’ai toujours enregistré mes disques en trois ou quatre jours de studio. Cette fois, ça a pris un an et demi. Bon, ce n’était pas juste à cause de ma condition respiratoire    ; on y allait aussi en fonction de la disponibilité des artistes. Mais pour ma part, le travail en studio a été extrêmement difficile. Heureusement, Rick Allison, qui a fait la direction artistique, a été plus que patient. Il comprenait bien ma situation. On prenait le temps et quand je n’étais pas capable de chanter, on remettait ça au lendemain. Je suis content parce que ça ne s’entend pas dans le résultat final. J’ai quand même très hâte d’être sorti de cette situation.

Dominic Gouin / TVA Publications

Que peut-on dire de ton expérience à La Voix cette année ?

J’y ai vécu de beaux moments et de belles rencontres avec les magnifiques artistes qui ont défilé devant nous. Je sais que certains ne comprennent pas pourquoi on se retourne pour un candidat et pas pour un autre, et qu’ils ne sont parfois pas d’accord avec nos décisions. Il faut savoir que l’émission se déroule sur plusieurs semaines et que nous n’avons que 10 places à combler. Nous tentons de ne pas avoir deux voix ou styles semblables, et d’avoir une équipe qui se tient. Ce n’est pas toujours évident de faire des choix. En plus, les téléspectateurs voient les artistes lors des Auditions à l’aveugle, mais pas nous. Cela étant dit, c’est une expérience que j’adore. J’aime mon rôle, j’aime transmettre mes connaissances et mettre en valeur les candidats, et je tente de favoriser les chansons en français.

Comment qualifierais-tu ton équipe, cette année ?

C’est une équipe de feu ! J’ai de très belles voix et tout le monde vient voler dans mon équipe cette année. Je dois cependant avouer que mes ennuis de santé m’ont nui quand venait le temps de donner mes commentaires aux candidats et de me vendre. J’étais à bout de souffle et je ne parlais pas beaucoup parce que c’était difficile pour moi. Quand je parle, je dois être efficace. Même chose pour les commentaires et les entrevues après. Je remercie d’ailleurs l’équipe, qui a été très patiente avec moi. Ce n’était pas évident.

Mario, à quoi occuperas-tu ton année sabbatique ?

Ça fait des années que je n’ai pas écrit de chansons, soit parce que je n’ai pas le temps ou que je travaille sur d’autres projets. Ce serait le fun que la thérapie et les changements que j’apporte à ma vie m’inspirent de belles chansons. Ce serait mon but premier. J’ai toujours dit que je présenterais un jour un album écrit de A à Z par moi. Peut-être que la sabbatique me permettra de me pencher sur ce projet.

Thérapie, régime alimentaire, entraînement physique : as-tu l’impression d’avoir brûlé la chandelle par les deux bouts pour avoir à prendre de tels moyens ?

Je suis un grand émotif et ma saga avec la CPTAQ a fait en sorte que je me suis réfugié dans la bouffe et l’alcool. Pas au point de sombrer dans l’alcoolisme, mais je buvais assez régulièrement et trop. Ça a fait en sorte que je ne m’aimais plus. Je ne me reconnaissais pas. Ce n’était pas moi, tout ça. Je devais faire un 180 degrés et perdre les livres que j’avais en trop. M’entraîner, manger mieux et couper les excès a fait du bien à mon corps et à mon esprit. Je vois déjà une différence après quelques semaines.

As-tu peur de ne plus jamais pouvoir chanter comme avant ?

Oui, j’ai très peur et c’est pour ça que je mets les bouchées doubles actuellement. Claire m’a ramassé en larmes à plusieurs reprises tellement j’étais désemparé. Ma vie, c’est le chant : c’est ma raison d’être, mon exutoire et ma façon de m’exprimer. Je ne peux pas m’imaginer incapable de chanter. Mais là, la bataille pour pouvoir faire des spectacles à mon vignoble est derrière moi, et j’espère que ma santé prendra du mieux.

As-tu pensé, à un moment, tout laisser tomber et mettre une pancarte « À vendre »?

C’est certain que nous y avons pensé. Mais Claire et moi avons démarré ce projet-là ensemble. C’est une aventure qui nous a soudés et ramenés l’un vers l’autre. On s’est dit qu’on ne pouvait pas avoir fait tout ça pour rien. Ce projet-là, nous le voyons comme notre enfant et il n’est pas encore prêt à quitter la maison. Cela dit, comme nous n’avons pas de relève, et à moins qu’un neveu ou une nièce ne se manifeste, il est fort probable que nous nous départissions du vignoble un jour. On y a réfléchi, mais on n’est pas encore rendu là.

Dis-moi Mario, comment entrevois-tu les prochaines années ?

J’aimerais continuer de prendre soin du vignoble. Sinon, je veux ralentir, voyager et vivre. Je veux prendre plus de temps pour moi et pour Claire. Je veux voir davantage ma famille et mes amis, que je néglige parfois. Par le moment, le travail prend tellement de place... J’ai beaucoup de regrets de ne pas avoir été plus présent durant les dernières années de vie de mes parents. Les gens qu’on aime s’en vont éventuellement, et je veux profiter du temps qu’il me reste avec eux. J’ai 62 ans, mais j’en aurai 82 dans 20 ans. Et 20 ans, ça passe vite.

À ce jour, as-tu la vie que tu souhaitais ?

Oui, même qu’elle a dépassé mes attentes ! Quand je regarde ce que nous avons accompli, Claire et moi, et aussi du côté de ma carrière musicale, je suis heureux. Bon, il y a des choses que j’aurais aimé faire et que je n’ai pas faites, mais ce n’est pas grave. Quand je regarde le chemin parcouru, je suis fier de mes accomplissements. Je suis aussi content de l’homme que je suis devenu et que je suis en train de devenir.

Quand tu dis qu’il y a des choses que tu aurais aimé faire et que tu n’as pas faites, as-tu un exemple en tête ?

J’aurais aimé avoir une carrière internationale. Je voulais un parcours comme Céline Dion, mais ce n’est pas arrivé. Aujourd’hui, je ne le regrette pas du tout. Au contraire, j’apprécie mon anonymat quand je voyage et j’aime la carrière que j’ai chez nous. J’ai la chance d’avoir un public qui est encore au rendez-vous, et ça me rend heureux. J’ai fait de belles collaborations, vécu de belles expériences. Je suis fier de mon cheminement et très satisfait de mon sort.

Alors, que te reste-t-il à accomplir ?

Cet album écrit à 100 % par moi. J’aurais aussi aimé avoir des enfants, mais il est un peu tard. Cependant, j’ai de formidables neveux et nièces qui sont tellement intelligents, doués, bons, drôles et beaux à voir aller ! J’aime les voir évoluer et être là pour eux. Sinon, j’aimerais amener le projet du vignoble à maturité. Je m’amuse beaucoup dans cette aventure.

La Voix, dimanche 19 h 30, à TVA et sur TVA+. Le 21e album de Mario Pelchat, Duos de mes 60 ans, est disponible chez Jean Coutu. Pour en savoir plus sur ses activités à venir : mariopelchat.com. Pour découvrir son vignoble, rendez-vous à domainepla.com.

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