«Crimes du Nord»: Tout sur l'histoire du crime organisé à Montréal
Vendredi 5 mars 21 h, Historia
Entre la fin du XIXe siècle et aujourd’hui, le visage de Montréal a beaucoup changé. La série Crimes du Nord s’intéresse aux vagues d’immigration, aux courants sociaux et à la position stratégique qui confèrent à la ville un statut particulier, en particulier dans le monde du crime.
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Les amateurs d’histoire ont une nouvelle série à regarder avec Crimes du Nord, qui s’intéresse à une facette de Montréal dont on parle moins souvent. À l’aide d’images d’archives, d’entrevues inédites et de témoignages de policiers, journalistes et historiens, on découvre en effet comment l’histoire criminelle de la ville a été façonnée par les courants migratoires et sociaux, les élections politiques et même les grandes Guerres mondiales, révélant une facette bien cachée de la métropole.
Dans ce premier épisode, nous sommes à la fin du XIXe siècle, alors que le visage de la ville est changé par l’arrivée massive d’immigrants. « Montréal, à ce moment-là, était la capitale de l’Amérique du Nord britannique. C’était la capitale financière, commerciale et manufacturière. Tout était à Montréal », indique Louise Legault, journaliste et autrice.
Une nouvelle classe sociale
À l’époque, les usines poussent un peu partout sur l’île et Montréal connaît un essor sans précédent. « On a alors besoin de main d’œuvre. Il va falloir l’importer, ce qui fait qu’on va avoir des vagues successives d’immigration. La première vague, au XIXe siècle, ce sont les juifs d’Europe de l’Est. Après ça, en 1900, il va y avoir la vague d’immigration italienne », précise le journaliste Daniel Proulx. Plusieurs de ces nouveaux arrivants rejoignent les employés des usines et manufactures pour former la nouvelle classe ouvrière, qui travaille dur pour des salaires de misère et dans des conditions souvent difficiles. Entassés dans des quartiers de la ville où les problèmes sociaux et les maladies prolifèrent, certains décident de briser la loi pour changer leur destinée.
C’est à cette époque qu’apparaît La main noire, considérée comme l’ancêtre de la mafia au Québec. Le modus operandi de l’organisation criminelle consiste à envoyer des lettres aux commerçants locaux afin d’exiger le paiement d’importantes sommes d’argent, sans quoi de graves événements risquent de se produire. Sylvain Bissonette, ancien commandant de police, historien et cofondateur du Musée de la police, résume le contenu des lettres de ce « racket de protection »: « Tu as une business, elle va bien et tu ne veux pas avoir de problème. Il faudrait que tu donnes de l’argent, sinon, peut-être que le feu va prendre, peut-être qu’il va arriver un incident ou peut-être que tes clients vont se faire attaquer... »
Destination plaisir
Au fil des années, la présence du crime organisé s’intensifie à Montréal et la police, qui n’a que peu d’expérience dans la lutte contre ce type de criminels, doit s’ajuster. Les noms de policiers tels que Louis-de-Gonzague Savard et ceux de criminels comme Tony Frank, considéré comme le premier parrain de la mafia montréalaise, sont souvent cités dans la presse écrite, qui a beaucoup de succès. Mais tandis que la première moitié du XXe siècle est marquée par la Grande Guerre et des crises de toutes sortes, Montréal attire des gens venus de partout pour visiter ses restaurants, ses clubs et son populaire quartier Red Light, où on trouve toutes sortes de divertissements.
Il faut dire qu’aux États-Unis, la prohibition bat son plein, alors qu’à Montréal, il est possible de voir des spectacles, de danser, de jouer et de boire de l’alcool sans modération. Même quand le krach boursier de 1929 ralentit les activités, elles reprennent de plus belle juste avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que le Red Light devient le quartier favori de tous les soldats qui partent ou reviennent du front. Pendant quelques instants, ils y trouvent de quoi oublier les horreurs de la guerre et satisfaire toutes les envies auxquelles le monde interlope s’est donné la mission de répondre. Et l’avenir prouvera que ces envies ne manquent pas...