Détecter les signes de vieillissement accéléré pour protéger nos aînés
Une formation gratuite offerte par la Fondation AGES
Et si, cette année, on misait sur une mission collective, soit celle d’accompagner davantage nos proches aînés ? Apprendre à repérer rapidement les signes d’une possible détérioration de la santé, parfois à l’origine d’un vieillissement accéléré, est un geste de prévention essentiel.
• À lire aussi : À 60 ans, Steph Carse désire fonder une famille
• À lire aussi : Le prix à payer de Marthe Laverdière
• À lire aussi : La fille de Félix Leclerc se confie : « C’est son regard qui m’a appris à vivre »
Transformer l’inquiétude en action
C’est dans cette optique que la Fondation AGES a tout récemment rendu accessible au grand public la formation Sentinelles en gériatrie sociale. Offert gratuitement en ligne sur le site web agirpourbienvieillir.com, cet outil unique au Québec s’adresse à toute personne — proche, voisin, ami ou intervenant — souhaitant mieux reconnaître les signes de déclin chez les aînés afin d’intervenir en prévention.
« On veut transformer l’inquiétude des gens en actions concrètes, de la bonne façon, sans toujours devoir aller vers le réseau de la santé immédiatement », a fait valoir Dr Stéphane Lemire, président fondateur de la Fondation AGES sur les ondes de LCN. Après avoir été offerte à près de 8000 personnes en présentiel au cours des dernières années, la formation est désormais disponible en version asynchrone, permettant à tout un chacun de la suivre à son rythme.
Distinguer le vieillissement normal du vieillissement accéléré
Les participants apprennent à reconnaître plusieurs signes liés au vieillissement accéléré. « Dans le vieillissement normal, une personne devrait rester relativement autonome », a indiqué l’interniste-gériatre. La formation aborde notamment l’autonomie, la mobilité, la nutrition, l’hydratation et l’intégrité de la peau, autant d’éléments qui peuvent signaler qu’un soutien ou un ajustement est nécessaire. L’outil s’appuie sur l’acronyme AINÉÉS AD-PLUS (voir les détails ci-dessous), un aide-mémoire inspiré de pratiques cliniques reconnues, qui aide à structurer ses observations et à mieux comprendre ce qui se joue au quotidien. En contexte communautaire, on ajoute aussi des aspects comme la sécurité du domicile, la capacité d’autosoins et la vie sociale, des facteurs clés pour prévenir l’isolement et la perte d’autonomie.
Souvent, c’est un événement déclencheur qui vient fragiliser l’équilibre déjà précaire d’une personne et la faire basculer vers une trajectoire de vieillissement accéléré. Il peut s’agir d’un nouveau diagnostic ou d’une chute, mais aussi d’une perte marquante, comme le décès d’un·e conjoint·e ou un déménagement non désiré. Plus ces signes sont repérés tardivement, plus il devient difficile de renverser la situation et de retrouver le niveau d’autonomie antérieur.
Parler sans confronter
Aborder ces sujets avec un proche demeure toutefois délicat. Comment exprimer une inquiétude sans être brusque ou infantilisant ? Comment éviter le déni, sans provoquer de fermeture ? La formation propose des pistes concrètes pour amorcer la discussion avec respect et bienveillance.
« Cette formation permet aussi d’outiller les gens afin d’avoir la discussion de manière appropriée avec les personnes [concernées]», souligne le Dr Lemire. L’idée n’est pas de confronter, mais de partager une inquiétude, d’ouvrir le dialogue et de chercher ensemble des solutions simples, souvent accessibles, avant que la situation ne se détériore.
Quand la communauté devient la première ligne
Dans un contexte où les personnes de 65 ans et plus représenteront près de 25 % de la population québécoise d’ici 2031, cette approche prend tout son sens. La plateforme agirpourbienvieillir.com, développée par la Fondation AGES et ses partenaires, vise justement à renforcer le pouvoir d’agir des aînés et de leurs proches, en offrant une information rigoureuse, validée et accessible. Car bien vieillir ne relève pas uniquement du système de santé et de ses limites, mais d’une responsabilité partagée qui repose sur la force de la communauté. Comme le rappellent les documents de la formation Sentinelles, « le réseau de la santé est principalement configuré pour les urgences et les soins aigus. Lorsqu’une personne nécessite des soins aigus suite à un AVC ou un infarctus, par exemple, elle reçoit rapidement les soins appropriés du réseau de la santé. Par contre, pour une personne aînée en perte d’autonomie à domicile, c’est souvent plus difficile de recevoir les bons services au bon moment. »
Pour plusieurs familles, les fêtes ont d’ailleurs agi comme un moment de vérité. Lors d’une visite à un parent qu’on n’avait pas vu depuis quelques semaines, certains détails ont pu frapper : une fatigue inhabituelle, des répétitions plus fréquentes dans les conversations, une maison moins bien entretenue ou des aliments périmés dans le réfrigérateur. Rien de spectaculaire en soi, mais assez pour faire naître un malaise, puis une inquiétude. « On remarque des signes inquiétants et ça devient source d’angoisse pour les proches », estime Dr Lemire. Ces constats peuvent aussi servir de repères pour les prochains rassemblements familiaux en 2026, dont Pâques. En ce début d’année, devenir Sentinelle peut ainsi représenter une résolution collective porteuse de sens. Parce qu’au fond, il faut tout un village pour bien vieillir !
La petite histoire du Dr Lemire
Avant de fonder la Fondation AGES, le Dr Stéphane Lemire travaillait en milieu hospitalier, où il se heurtait souvent aux limites du système, notamment au manque d’information sur le milieu de vie des personnes aînées qu’il soignait. Convaincu que plusieurs problèmes liés à la perte d’autonomie peuvent être repérés plus tôt, il a quitté l’hôpital pour explorer une approche plus préventive.
Il s’est alors impliqué au Service amical Basse-Ville (SABV), un organisme communautaire de Québec où il a amorcé un projet de gériatrie sociale. D’abord bénévole, il a accompagné des aînés à leurs rendez-vous médicaux afin de mieux comprendre leur quotidien. Par la suite, il a effectué des visites à domicile en utilisant l’aide-mémoire AINÉÉS, ce qui lui a permis de recueillir des observations concrètes sur la santé, l’autonomie et l’environnement de vie de ses patients. Cette démarche a mené à la sensibilisation du personnel et des aides à domicile aux signes de détérioration pouvant entraîner un vieillissement accéléré, favorisant ainsi le maintien de l’autonomie à la maison.
Que signifie l’acronyme AINÉÉS AD-PLUS ?
A : Autonomie et mobilité
I : Intégrité de la peau
N : Nutrition et hydratation
É : Élimination
E : État cognitif, communication, humeur et comportement
S : Sommeil
A : Autosoins de santé et Accès aux services de santé et au matériel de soins
D : Domicile sécuritaire et adapté aux besoins
P : Proches aidants
L : Loisirs, rôles, vie sociale et spirituelle
U : Urgence d’agir
S : Salubrité