«Tricoté serré crépu»: Haïti et le Québec, une histoire entremêlée
Dans les années 1960 et 1970, une importante vague d’immigration haïtienne a marqué le Québec, favorisée par deux événements majeurs: les besoins en main-d’œuvre qualifiée et l’exil provoqué par la dictature du président d’Haïti alors au pouvoir. Aujourd’hui, le Québec est profondément enrichi par l’apport de cette culture, même si certains enjeux persistent encore. S’appuyant sur les récits de femmes et d’hommes influents, ce film offre un regard renouvelé sur l’histoire, souvent méconnue, qui lie Haïti et le Québec.
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Tricoté serré crépu donne la parole à différents membres inspirants de la communauté haïtienne, notamment la docteure Yvette Bonny, la politicienne Dominique Anglade et l’humoriste Anthony Kavanagh. Chacun ouvre son cœur et partage des souvenirs, à commencer par le cinéaste derrière le film, Joseph Hillel. Alors que défilent des photos de sa famille, il explique avoir longtemps eu honte de son bagage culturel en raison de l’intimidation et du harcèlement qu’il subissait dans l’enfance. Son documentaire, présenté dans le cadre de Doc humanité, est totalement à l’opposé: on peut sentir toute sa fierté pour ses origines.
De nouveaux départs
La Dre Yvette Bonny, pédiatre-hématologue de renom, témoigne de son parcours. Elle explique s’être tournée vers la médecine pédiatrique parce qu’environ un tiers des enfants haïtiens mouraient dans son pays d’origine, alors qu’elle était étudiante. Selon elle, soigner ces enfants porteurs d’avenir représentait une façon concrète de contribuer au sauvetage d’Haïti. Dominique Anglade, aujourd’hui professeure associée à HEC Montréal, partage pour sa part les souvenirs de ses parents, venus ici pour occuper des postes d’enseignants. Elle conserve d’ailleurs précieusement une lettre d’amour écrite par son père, encadrée et affichée dans son bureau. On peut y lire: «Allons bâtir un quotidien qui ressemble à nos rêves», une phrase qui lui rappelle à la fois l’amour, le courage et le parcours de sa famille.
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Une adaptation avec des hauts et des bas
Vedette ici comme en France, le Québécois d’origine haïtienne Anthony Kavanagh fait également partie du documentaire. «Mes parents sont arrivés en 1967 et ont vu l’Expo. Ils me racontaient à quel point ça avait été extraordinaire.» C’est à Alma qu’ils ont choisi de s’établir pour enseigner. Entre 1960 et 1972, le Québec comptait plus de 1000 professeurs haïtiens... mais ils étaient peu nombreux au Lac-Saint-Jean. Anthony est toutefois catégorique: ses parents ne se sont jamais sentis rejetés. «Mon père me disait qu’il se sentait plutôt comme une star», explique-t-il. Cela dit, on ne peut nier que la communauté haïtienne a dû relever des défis d’adaptation, certains plus amusants que d’autres! Photos à l’appui, Joseph Hillel se souvient entre autres du plaisir qu’il avait à voir ses proches apprivoiser les sports d’hiver. Toutefois, après une journée de ski, c’est la cuisine créole qui les attendait à table!
Et le racisme dans tout ça?
Le documentaire aborde aussi la question du racisme systémique. Le sociologue Jean-Claude Icart y explique notamment la naissance, dans les années 1970, d’organismes visant à faciliter l’immigration et l’intégration. À cette époque, il était relativement simple de trouver du travail dans des secteurs comme le textile, le plastique ou le métal. Mais lorsque le taux de chômage a explosé quelques années plus tard, un racisme plus assumé est apparu. Certains allaient jusqu’à affirmer publiquement qu’ils souhaitaient que les personnes noires «retournent dans leur pays», comme en témoignent des archives vidéos qui font aujourd’hui grincer des dents. Par ailleurs, la manière dont la communauté noire était approchée par les corps policiers dans les années 1970 et 1980 était ouvertement différente.
Tricoté serré crépu se conclut sur le sentiment d’appartenance des Haïtiens d’origine rencontrés, qui se définissent aujourd’hui tout simplement comme des Québécois à part entière... comme il se doit!