Avant «Indéfendable», Frédérike Bédard a mené une carrière à l’international tout en devenant mère | 7 Jours
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Avant «Indéfendable», Frédérike Bédard a mené une carrière à l’international tout en devenant mère

«Indéfendable» du lundi au jeudi à 19h, TVA et TVA+

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Frédérike Bédard a connu un succès fulgurant au début des années 1980 avec la pièce musicale Pied de poule, avant de chanter aux quatre coins du monde aux côtés de La La La Human Steps et de jouer dans des pièces de Robert Lepage. Longtemps éloignée du public québécois, elle revient aujourd’hui en force, autant à la télévision, notamment dans Indéfendable cet hiver, que sur scène avec Ladies Night. Son énergie lumineuse donne envie de la voir plus souvent. Rencontre avec une femme au parcours aussi riche que palpitant.

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On a pu vous voir en ce début d’année dans le rôle de Lise Renaud, dans Indéfendable...

Les téléspectateurs ont vite constaté que Lise est une femme profondément fragile, aux prises avec de sérieux problèmes de santé mentale. Elle est extrêmement paranoïaque, convaincue que les enfants de son quartier sont contre elle, qu’ils veulent l’attaquer. Elle vit constamment dans la peur, dans une méfiance absolue envers les autres. C’est une femme qui ne se sent jamais en sécurité, qui interprète chaque regard, chaque geste comme une menace.

Comment avez-vous construit ce personnage?

Je me suis imaginé qu’elle avait vécu un passé extrêmement lourd, peut-être la perte d’un enfant, une grossesse ectopique, quelque chose de très traumatisant. Dans ma tête, il fallait qu’il y ait un événement heavy, quelque chose de profondément marquant pour justifier ce niveau de paranoïa. Je voulais éviter de tomber dans la caricature. C’est tout le défi, il faut bien doser. J’ai beaucoup travaillé sur la subtilité, sur le plus petit geste. C’est épuisant à jouer, mais très riche. Le réalisateur était d’une grande douceur, très à l’écoute. C’est précieux quand tu joues un personnage aussi vulnérable.

En parallèle, vous êtes aussi sur scène dans la comédie musicale Ladies Night, qui repart en tournée dès l’automne 2026...

Oui! Michel Charest et François Chénier, qui sont de la distribution originale avec Marcel Leboeuf, m’ont appelée. Ils m’ont dit qu’ils pensaient à moi pour le personnage féminin. J’ai été surprise, parce que j’avais vu la version avec Julie Ringuette, qui était plus jeune. Je me disais: «Voyons, je n’ai pas 40 ans!» Mais ils m’ont dit qu’ils voulaient justement vieillir le personnage, lui donner une autre couleur. Si vous saviez le fun que j’ai sur scène...

Avec Zénith, on pourrait dire que Ladies Night vous ramène sous les projecteurs au Québec...

Oui, un peu. Le grand public québécois m’a moins connu, parce que j’ai longtemps fait des choses plus underground, plus punk. J’ai travaillé avec La La La Human Steps, avec Edouard Lock. J’ai fait énormément de tournées internationales avec des pièces de Robert Lepage. J’étais souvent à l’étranger, ce qui fait que je n’ai jamais vraiment fait partie d’une gang théâtrale ici. Là, c’est génial, car je suis aussi de passage dans de nombreuses séries, comme Le gouffre lumineux, Passez au salon, Vitrerie Joyal, Inspirez expirez et Bellefleur.

Les tournées ont occupé une grande place dans votre carrière...

Et j’ai adoré ça! Je voyageais tout en travaillant, ce qui est extraordinaire. Tu rencontres les gens de là-bas, tu es invitée dans des restaurants, tu vis la culture de l’intérieur. Et parfois, je me payais une semaine de plus pour visiter. J’ai vu énormément de pays. C’était un immense privilège.

En 1999, vous êtes devenue la maman de Louis. Comment avez-vous concilié cette vie avec la maternité?

J’ai eu beaucoup de chance. Mon conjoint, Michel Fortin, avait une librairie et pouvait s’organiser. Ils venaient souvent me rejoindre tous les deux. Notre fils, Louis, nous a accompagnés dans plusieurs tournées: Moscou, Hawaï, Australie... Il faisait ses devoirs sur la route. C’était une école de vie incroyable pour lui. Il traînait dans les coulisses, il observait, il écoutait. Très tôt, les techniciens l’ont pris sous leur aile. À huit ans, il changeait déjà les piles de micros, il comprenait comment fonctionnaient les systèmes. Aujourd’hui, il a 27 ans et il est ingénieur pour cette même compagnie de technologie audio. J’ai une superbe relation avec lui.

Votre relation avec la musique est très forte depuis l’enfance. Ça vient de votre famille?

Totalement. Mon père était organiste dans une église pendant très longtemps. Il jouait à l’oreille. Mon frère est aussi un musicien exceptionnel. Chez nous, il y avait un piano, un clavecin. On se lançait des défis musicaux à table. La musique faisait partie du quotidien. Et puis, je suis entrée au Conservatoire de musique.

Il paraît que le chant est arrivé presque par hasard dans votre vie...

Exactement. Je ne pensais même pas avoir une voix. J’étais très gênée. Mais j’ai rencontré une professeure extraordinaire, qui a reconnu ma voix et m’a appris à aimer chanter. Elle m’a révélée à moi-même. Elle a changé ma vie.

Puis vient l’École nationale de théâtre...

Oui. Grâce à un rôle dans Quatre à quatre de Michel Garneau. Ça m’a donné la piqûre. J’ai quitté le Conservatoire de musique pour entrer à l’École nationale. C’était un énorme choix, mais je ne l’ai jamais regretté.

Puis, en 1982, il y a eu l’immense succès de Pied de poule, qui a marqué toute une génération...

C’était fou, on ne s’attendait pas à ça! La file faisait le tour du pâté de maisons. On a tourné pendant deux ans non-stop. C’était un vrai phénomène.

À un moment charnière de votre vie, vous avez été atteinte d’une paralysie faciale. Comment tout ça a-t-il commencé?

C’est arrivé très abruptement, le 15 novembre 1999. Du jour au lendemain, mon visage s’est affaissé. Les médecins ont d’abord cru à un AVC, puis à une tumeur au cerveau. J’ai passé un scan juste avant Noël. À ce moment-là, j’avais un bébé de six mois. Je te dirais que ç’a été l’une des périodes les plus angoissantes de ma vie. La paralysie de Bell, chez certaines personnes, se résorbe en quelques semaines. Chez moi, rien ne bougeait. On m’a même proposé une opération pour décompresser le nerf, mais avec un risque important de devenir sourde d’une oreille. Comme je suis musicienne, c’était impensable. J’ai refusé. À un moment donné, tu fais un choix et tu acceptes ton corps tel qu’il est. Je me souviens m’être dit: «Ce n’est pas vrai qu’un quart de pouce de sourire va régir ma vie.» Il fallait que je trouve une manière de reprendre le pouvoir.

Est-ce que cette épreuve a changé votre rapport à l’image et au métier?

Complètement. Ça m’a forcée à lâcher prise, à accepter. Aujourd’hui encore, quand je souris, une partie de mon visage ne suit pas. Mais je m’en sers. Je dis souvent aux réalisateurs: «Servez-vous-en!»

Votre conjoint a joué un rôle central dans votre équilibre. Comment décririez-vous votre relation?

C’est un compagnon de vie au sens le plus profond du terme. On est ensemble depuis 1994. Il m’a toujours soutenue, jamais freinée. Quand je partais en tournée, il était là. Quand j’ai eu ma paralysie faciale, il a été d’un soutien absolument extraordinaire. C’est de l’amour vrai. Encore aujourd'hui, il me trouve belle, il me le dit, et ce n’est pas banal. On a traversé des choses ensemble, on a eu un fils ensemble, on a vieilli ensemble, et on se choisit encore.

Vous allez avoir 70 ans cette année. Quel est votre rapport au fait de vieillir?

J’ai longtemps senti une pression énorme autour de l’âge. Aujourd’hui, je suis ailleurs. Vieillir, pour moi, ce n’est plus une perte, c’est une transformation. J’ai gagné en liberté, en assurance, en lucidité. Je me connais mieux, je sais ce que je veux et, surtout, ce que je ne veux plus. Cette paix-là n’a pas d’âge, mais elle arrive souvent avec le temps. Je veux jouer des personnages qui assument le passage du temps. Vieillir m’a appris à m’aimer autrement, avec mes traces, mes fragilités et mes forces. Et paradoxalement, je me sens plus vivante que jamais.

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