Normand D’Amour se livre sur son cheminement pour se libérer de la colère | 7 Jours
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Normand D’Amour se livre sur son cheminement pour se libérer de la colère

Le fait d’interpréter différents personnages a permis à Normand D’Amour de se réconcilier avec sa propre humanité. Sonder l’être humain par le biais du jeu lui a permis de mieux se comprendre. Dans le film Le Purgatoire des intimes, l’acteur relève un important défi et livre une performance mémorable en incarnant un personnage prisonnier de sa souffrance Normand a lui-même exploré la sienne et a réussi à transcender ses blessures. Un travail qu’il est fier d’avoir accompli et qui lui permet aujourd’hui de soutenir les Maisons Oxygène, qui viennent en aide aux hommes en détresse. Une cause qui lui tient particulièrement à coeur.

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Normand, j’imagine que ton rôle d’Alain Landriault dans Le Purgatoire des intimes t’a amené à relever un grand défi d’acteur?

Oui, c’est une sphère de jeu intéressante que je n’avais jamais visitée. Philippe Cormier est un jeune réalisateur de 22 ans qui en est à ses premières armes. Il est tellement brillant! Il a écrit, réalisé et produit lui-même ce long métrage. J’ai accepté de tourner avec lui, car je veux encourager ceux qui osent dans la vie. Chaque fois que j’assume un rôle, j’embarque à fond. Je me suis donc investi corps et âme. Mon personnage est un homme dépressif qui ne va pas très bien. À la fin du film, on comprend mieux ses comportements et sa souffrance. C’était agréable de travailler avec la gang. J’ai beaucoup apprécié.

Ça prenait un acteur au sommet de son art pour traduire la douleur et la souffrance de ce personnage...

J’avoue que je devais rester concentré pour que ce qui paraît à l’écran soit d’une grande vérité. Il fallait doser. Ce n’était pas facile à jouer. Dans ma tête, ce personnage a toujours essayé d’être quelqu’un d’autre pour plaire à sa mère, qui était abusive. Quand elle meurt, Alain perd ses repères. Il tente de retrouver sa mère dans toutes les femmes. Dans la vie, les gens violents ont d’abord été victimes de violence. Je ne crois pas qu’on naisse ainsi. Ce comportement provient de l’enfance et, s’il n’est pas réglé, on risque de le reproduire à l’âge adulte. 

Compte tenu de ton impressionnante carrière, que manque-t-il à ta feuille de route?

J’aimerais incarner un simple d’esprit qui a le cœur sur la main, qui n’a aucune violence en lui. J’aimerais jouer quelque chose de contraire à ce que je fais d’habitude: un être d’une bonté infinie. 

Ça ferait contrepoids à tous ces hommes si durs que tu incarnes...

Que veux-tu? C’est la face que j’ai! (rires) J’ai commencé à jouer ce genre de personnages avec Damien Nomed dans L’or du temps. Dans Trauma, mon personnage n’était pas fin. J’ai enchaîné avec des rôles de policiers véreux. À la télé, mon visage et mon regard intense m’ont amené à faire ce genre de personnages. Toutefois, au théâtre, j’ai toujours joué des bons gars! Heureusement que j’avais ça pour ramener le bon gars en moi! (rires) Quand j’ai réglé mes problèmes de colère, j’ai accepté d’incarner des personnages durs à nouveau. Mais quand j’en interprète, j’essaie de les amener à un autre niveau. Dans STAT, par exemple, mon personnage était souvent intimidant. J’ai appelé l’auteure pour lui dire qu’à mon avis, Pascal St-Cyr n’aurait pas pu devenir directeur des services professionnels s’il n’avait été qu’intimidant. Il a de la poigne, il ne laisse rien passer, il lève parfois le ton, mais s’il s’est rendu là, c’est parce qu’il a aussi une tête de cochon. Il essaie de régler sa colère. 

Photo : Karine Levesque / TVA p

Ton travail d’acteur, qui exige que tu tentes de comprendre ton personnage, te permet-il de faire un travail sur toi-même?

Bien sûr. Je ne suis pas la même personne que quand j’ai commencé à faire ce métier. Jouer tous ces personnages m’a aidé à comprendre ce qui se passe dans le cerveau humain. Interpréter ce genre de personnages m’a amené à faire mon rebirth. (NDLR: Le rebirth est un outil thérapeutique qui permet de s’affranchir de traumatismes.) Ça m’a obligé à me regarder dans le miroir. Ça m’a permis de ne pas consulter de psychologue dans la vie et de faire mon propre cheminement. Le fait d’incarner différents personnages m’a aidé à évoluer en tant qu’humain. 

De par notre humanité, nous sommes tout à la fois: le meilleur et le pire.

Oui, et à différents degrés. À travers tout ça, c’est important de faire le bien autour de soi. Je suis maintenant parrain des Maisons Oxygène. Ça me permet d’aider les pères avec leurs enfants. Certains ont de la difficulté, d’autres sont seuls avec leurs enfants et d’autres encore pourraient éventuellement vivre une certaine détresse psychologique. Je suis content d’être parrain de cette maison. 

Pourquoi t’être engagé dans cette cause en particulier?

Parce que je trouve que, ces temps-ci, les gars ont de la difficulté. La majorité des décrocheurs sont des gars. La majorité des itinérants sont des gars. La plupart des prisonniers sont des gars. Il y a beaucoup de détresse psychologique chez les hommes. Ils perdent leurs repères. Ils sont nombreux à ne pas être capables de suivre la «puck». Quand tu ne comprends pas, tu te fâches, et quand tu te fâches, tu peux faire des niaiseries: des féminicides, des infanticides, etc. Il faut que ça arrête. Les Maisons Oxygène soutiennent des pères et leurs enfants qui vivent un moment de détresse en leur offrant un toit et de l’aide pour qu’ils s’en sortent éventuellement. La majorité des gars y passent de un à quatre mois et finissent par s’en sortir. Il y a même des pères qui reviennent à la maison comme intervenants pour aider d’autres pères. Il se passe de très belles choses là-bas. Les maisons existent depuis 10 ans. Il y en a maintenant 22 à travers le Québec. C’est touchant de voir ces hommes redonner un sens à leur vie, vouloir continuer à élever leurs enfants et leur offrir le meilleur. 

Photo : Karine Levesque / TVA p

Nous avons tous à nous améliorer. As-tu toi-même fait cette démarche pour devenir un meilleur être humain?

C’est sûr! Il faut faire quelque chose tous les jours pour se prouver qu’on peut être meilleur. Soyons toujours la meilleure version de nous-mêmes, ou du moins essayons de l’être. J’utilise cette façon de faire dans ma vie: j’envoie de bonnes ondes dans l’univers. En ce moment, je récolte. J’ai du travail, j’ai des amis, mes enfants vont bien, ça va bien avec ma blonde, la business va bien... Tout va bien! C’est l’amour qui nous gouverne, mais on a tendance à l’oublier. 

À travers la paternité, as-tu rencontré des défis?

Oui, et à ceux qui disent qu’ils attendent d’être prêts pour devenir père, je dis qu’ils ne le seront jamais! L’enfant qui arrive est un inconnu. Il faut faire de notre mieux. Si je n’avais pas eu mes enfants, je ne serais pas qui je suis aujourd’hui. Ils m’ont aidé à évoluer. Si certains sont capables de le faire sans avoir d’enfant, bravo! Mais personnellement, j’ai eu besoin de mes enfants pour y arriver. Dans ma psyché, j’avais de la colère en moi. J’étais dans le ventre de ma mère quand mon père a perdu ses deux jambes. J’ai hérité de la peine qu’elle a vécue. À 40 ans, j’ai fait un rebirth dans mon sous-sol. 

Tu as fait ça tout seul?

Oui. Ma blonde était avec moi, mais elle ne savait pas trop quoi faire. J’ai regardé un film qui m’a fait exploser. J’ai braillé pendant 45 minutes. Je hurlais de douleur, de peine. Toute la colère est sortie. Par la suite, je n’ai plus été le même gars. Ça s’est reflété sur mon gars, ma fille et ma relation avec ma blonde.

Comme quoi il faut soigner nos blessures et notre colère, notamment.

Oui, et je pense que c’est mon métier qui m’a aidé à m’ouvrir sur les problèmes que les humains peuvent avoir. J’ai joué des personnages qui avaient des problèmes. En acceptant ces personnages, ça m’a permis de m’accepter moi-même et d’accepter ce que j’avais vécu. Au moment de l’accident de mon père, tous ceux qui étaient autour de moi ont vécu une grosse peine, et je l’ai toute ressentie. Quand la peine est sortie, j’ai accepté l’accident et ça m’a permis de faire un gros nettoyage. 

Ton père a-t-il été un modèle pour toi?

Oui, mon père et ma mère l’ont été, mais mon père surtout. Après avoir perdu ses deux jambes à 44 ans, il a continué à travailler jusqu’à 65 ans. Il mettait ses jambes de bois le matin, descendait du deuxième étage et allait travailler de 9 h à 17 h. Il revenait à la maison, s’installait dans le boudoir, et je lui apportais sa bière. C’était un bon vivant. On recevait toujours les mononcles et les matantes à la maison, car il pouvait difficilement se déplacer. Tout le monde venait à la maison, jouait aux cennes, avait du plaisir. Ça buvait, ça sacrait, ça avait un fun noir! Une seule fois dans ma vie — je devais avoir six ans — j’ai entendu mon père dire: «Je trouve ça dur en tabarnak!» Mais jamais il ne s’est plaint d’avoir perdu ses jambes. Il n’en a jamais parlé. Jamais. Pourtant, mon père et ma mère étaient des champions de danse... 

On imagine l’épreuve à traverser!

Oui, quelle douleur! Mais mon père était un exemple de résilience. Quand je rentrais le soir, il était devant la télé. Je m’assoyais à côté de lui, et il m’apprenait l’anglais. Parfois, il me disait: «Sais-tu de quoi je m’ennuie le plus, ti-gars? C’est de courir. Courir le plus vite possible dans un champ.» Je trouvais que c’était une image incroyable... Il ressentait des douleurs fantômes. Ses orteils se crispaient.

Est-ce la soixantaine qui te permet d’avoir un regard aussi apaisé sur la vie et sur ton passé?

Il faut bien, sinon à quoi ça sert de vieillir? (rires) Si tu n’as pas compris à 60 ans, oublie ça! À un moment de sa vie, il faut trouver la paix.

Comment as-tu abordé la soixantaine?

J’ai eu le plus beau party de ma vie! C’est ma blonde qui me l’avait organisé. Je me suis rendu compte que je suis aimé. Les gens qui étaient présents étaient là pour les bonnes raisons. J’ai beaucoup de très bons amis. À 60 ans, je me sens très bien, je suis en forme. Je fais attention aux excès: en fait, je n’en fais plus. Je suis bien avec moi-même. Je suis bien avec ma blonde. J’aime ça vieillir, finalement. Avec le temps, on règle des choses. La vie est un apprentissage. On est à l’école. Le but, c’est d’apprendre le plus possible pour évoluer, mais aussi d’aimer le plus de monde possible. Après, on repart chez nous! (rires)

Normand, fais-nous un tour d’horizon de tes nombreux projets.

Je vais reprendre les tournages de STAT en juillet. Je suis en répétition pour Le rêveur dans son bain, que je vais jouer au TNM. Je tourne actuellement la deuxième saison de Lac-Noir. Du 22 juin à la fin octobre, nous reprendrons Le dîner de cons en tournée à travers le Québec. Et bien sûr, il y a nos pubs ludiques Randolph. J’ai investi là-dedans il y a 10 ans et c’est le plus bel investissement de ma vie. Dans ce métier, c’est bien d’avoir un plan B, car on ne sait jamais quand ça peut finir. On est rendus avec sept succursales de Randolph. C’est vraiment une belle aventure! 

Normand D’Amour, tu es un success story à bien des égards...

(Rires) Si ça peut en inspirer d’autres, tant mieux! 

Le Purgatoire des intimes est présenté sur Crave. Le rêveur dans son bain sera présenté du 2 au 27 mai au TNM. tnm.qc.ca. STAT sera de retour cet automne à Radio-Canada. La deuxième saison de Lac-Noir sera présentée en exclusivité à Club illico pour l’Halloween, en octobre prochain. On s’informe sur Le dîner de cons au monarqueproductions.com et sur les pubs Randolph au randolph.ca. Normand est parrain des Maisons Oxygène, spécialisées dans l’hébergement pour les pères et leurs enfants au Québec. Pour plus d’info: maisonsoxygene.ca.

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