Danièle Henkel et sa fille se confient sur leur lourd combat contre le cancer | 7 Jours
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Danièle Henkel et sa fille se confient sur leur lourd combat contre le cancer

Image principale de l'article Elles se confient sur leur combat contre le cancer

À un an d’intervalle, Danièle Henkel et sa fille Amel ont reçu un diagnostic de cancer. Toutes deux sont manifestement faites du même bois, car c’est avec les mêmes courage et détermination qu’elles ont fait face à cette épreuve. Ambassadrice de cœur pour la Fondation québécoise du cancer, l’entrepreneure a accepté de témoigner avec sa fille.

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Amel, avez-vous repris le flambeau de votre mère à la tête des entreprises Danièle Henkel?

Amel: Oui. Ma sœur et moi y contribuons depuis plus de 20 ans. Au fil du temps, Linda et moi avons pris plus de responsabilités. Ma mère reste très présente au quotidien: elle nous accompagne, nous conseille, tout en travaillant à ses autres entreprises. On a donc la chance de poursuivre ce qu’elle a construit. 

Danièle: Je ne voyais pas de meilleures personnes pour prendre la relève. Nawel, qui était directrice générale du groupe, est désormais directrice générale de Henkel Média. À 67 ans, j’ai toujours les mêmes questionnements: Comment puis-je contribuer encore plus à notre économie? À l’écologie? À l’égalité entre les hommes et les femmes? À l’égalité des genres? C’est ce qui me préoccupe et c’est ce que je fais à travers Henkel Média. 

Vous êtes aussi ambassadrice de cœur pour la Fondation québécoise du cancer. Qu’est-ce qui vous a motivée à accepter ce mandat?

D.: On ne réalise pas à quel point les entrepreneurs et les collègues sont touchés lorsqu’un membre du personnel reçoit un diagnostic de cancer. On ne sait pas comment s’en occuper sur un plan administratif. La Fondation a des programmes qui accompagnent les entreprises à travers toutes les ressources disponibles. Cela concerne 60 000 Québécoises et Québécois chaque année. Toutes les neuf minutes, quelqu’un au Québec reçoit un diagnostic de cancer. Mon volet d’ambassadrice concerne la prévention. Il faut encourager les hommes à faire un examen de la prostate et les femmes, une mammographie le plus tôt possible, une fois par année.

Vous avez vous-même été touchée par la maladie...

D.: Oui, et j’avais choisi de ne pas rendre mon cancer public. J’ai reçu mon diagnostic un an après celui d’Amel, soit en 2018. Ma fille est en rémission depuis le 11 novembre dernier.

A.: J’avais une douleur à l’épaule qui perdurait. J’ai deux enfants, je venais de me séparer de leur papa, je ne comptais pas mes heures au travail. Lorsqu’un enfant tousse, on se précipite chez le médecin, mais souvent on banalise ce qui nous arrive. Les mois ont passé. J’avais mal au bras et je me sentais fatiguée. J’ai consulté à la clinique, où on m’a suggéré de me rendre à l’hôpital. On soupçonnait une pneumonie. Finalement, un médecin m’a annoncé que j’avais un cancer et qu’il fallait faire des tests.

D.: Amel était sous le choc. Je ne l’avais jamais vue comme ça. On est très proches, mais je n’arrivais pas à entrer dans son espace. Elle a été transférée à l’hôpital du Sacré-Cœur, où elle a passé deux semaines. On a été auprès d’elle tous les jours.

De quel cancer s’agissait-il?

A.: C’est un lymphome non hodgkinien du médiastin. Dès la première rencontre, l’oncologue m’a demandé si je voulais d’autres enfants, si je désirais congeler mes ovules, et m’a annoncé que j’allais perdre mes cheveux. C’était beaucoup de choses à assimiler. Une place s’étant libérée, elle a proposé que je commence la chimiothérapie dès le lendemain. Je trouvais que c’était trop tôt. C’est alors qu’elle m’a dit: «Soit tu commences demain, soit tu magasines un cercueil...»

Vous avez alors accepté de suivre les traitements proposés?

A.: Oui, j’ai eu la chance d’avoir des traitements rapidement et qu’ils fonctionnent. Le cancer que j’avais était inopérable. J’ai eu de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Je crois en la médecine traditionnelle, mais on peut compléter avec d’autres outils. Je suis devenue végétalienne pendant les traitements, car on m’avait recommandé d’éviter les produits animaliers, le gluten, le sucre, l’alcool. Je me suis aussi déconnectée de mes courriels pendant quatre mois. J’ai fait de la méditation et un peu de visualisation. Je recevais beaucoup de conseils. C’était trop. J’avais besoin de silence. Je me suis donc mise en priorité. 

Avez-vous songé à la finalité?

A.: Je n’ai jamais pensé que je n’allais plus être là. J’avais un an de traitements à traverser. Et je voulais être présente pour mes enfants, qui avaient cinq et sept ans. Ils étaient conscients de ce que je vivais, mais on a réussi à mettre de la légèreté et des rires dans notre quotidien. J’ai été présente pour eux. Une fois les traitements finis, mes enfants ont réalisé ce que j’avais traversé, que j’aurais pu mourir et que ça pourrait revenir. Disons que leur choc a été décalé.

D.: Ce sont les enfants qui lui ont rasé la tête. On a découvert une Amel extrêmement déterminée. Elle nous a révélé une force de caractère qu’on ne lui connaissait pas, car Amel est la cadette. Tout le monde l’avait toujours protégée. 

Madame Henkel, l’année suivante, vous avez vous aussi reçu un diagnostic de cancer...

D.: Oui. On a découvert une masse sur mon sein droit. J’étais dans le déni. Je me disais que c’était impossible, que ma mère et ma grand-mère n’avaient jamais eu ça! On m’a dit que j’avais un cancer de stade 1. Mark, mon mari, a eu un choc émotif. C’est un homme qui ne parle pas, qui veut nous protéger. Dans les jours qui ont suivi, il a fait un zona. J’ai consulté le Dr Cloutier, un oncologue. Quel homme! Il a pris le temps de m’expliquer la situation. Depuis, je suis suivie et je prends de la médication. J’en suis à ma troisième année. J’attends de franchir le cap des cinq ans. Quand j’ai un peu de douleur, j’ai des craintes. Le cancer est une épée de Damoclès: il est omniprésent. Il faut vivre chaque jour pleinement.

Photo : Bruno Petrozza /

Que vous soyez toutes deux confrontées à cette maladie a-t-il rendu la situation plus dure?

A.: Je me demandais si je devais lui donner des conseils. J’étais à l’écoute de ses besoins, de ses envies. Quand on est malade, on a un certain contrôle, mais quand ça touche un proche, on se sent si impuissant... C’était dur de savoir que ma mère avait le cancer. Elle ne voulait pas en parler.

D.: Deux jours après l’opération, je suis retournée au bureau. Mes employés et collègues n’ont rien su. Nous venions de vivre assez de chocs émotionnels. Je voulais vivre normalement, faire ce qu’il fallait et passer au travers. Puis, la pandémie est arrivée. Il fallait gérer cette crise, soutenir, motiver les entrepreneurs qui avaient besoin d’aide. 

A.: Moi, j’avais besoin d’une pause. Ma mère avait besoin d’action. Il faut s’écouter et se donner ce dont on a besoin. 

D.: Apprenez à vous écouter. Informez-vous sur la Fondation québécoise du cancer. Elle offre des programmes, de l’accompagnement, des hébergements pour les proches. C’est essentiellement pour faire connaître ces ressources que j’ai accepté de témoigner. 

Photo : Stefane Cote / Echos Ve

Au moment de mettre sous presse, nous apprenions le décès de Marcel Teitelbaum. Danièle Henkel l’a annoncé le 21 décembre sur ses réseaux sociaux, dans un message touchant. «Le monde est devenu plus lumineux le 28 août 1940, jour de la naissance de Marcel Teitelbaum. Mark est malheureusement décédé le 19 décembre 2022, entouré de ses proches, après une vie longue et heureuse. Il laisse dans le deuil son épouse, Danièle Henkel, et ses enfants, Bonnie, Joey, Pamela, Linda, Nawel, Kader et Amel, tous ses petits-enfants, son frère Benjamin et son cousin Gilles. [...] Mes ami(e)s, je tenais personnellement à vous remercier pour tous vos messages d’amour et de soutien. Ils me vont droit au cœur. Malgré notre silence, sachez que ma famille et moi apprécions infiniment votre présence, ainsi que vos sympathies», a-t-elle écrit sur Facebook. 

On s’informe sur Henkel Média à henkelmedia.com et sur la Fondation québécoise du cancer au fqc.qc.ca.

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