Michèle Richard se confie sur les douloureux deuils qu’elle a dû faire de ses amis du milieu artistique | 7 Jours
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Michèle Richard se confie sur les douloureux deuils qu’elle a dû faire de ses amis du milieu artistique

Dans le cadre du documentaire intitulé Michèle, tout simplement, Michèle Richard a revisité son parcours aux côtés de Joël Legendre, qui l’a ramenée dans des endroits qui ont marqué sa vie personnelle et sa vie professionnelle. À travers ce voyage dans le temps, la chanteuse et comédienne a dressé un bilan de sa vie légendaire qui s’est écrite au jour le jour. À 76 ans, l’artiste a toujours la flamme et la femme est apaisée et plus positive que jamais!

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Michèle, ce documentaire a-t-il été l’occasion pour vous de voir votre parcours sous un nouveau jour?

Oui. Joël m’a donné l’occasion de revoir ma vie avec d’autres yeux.
Ça m’a permis de trouver une nouvelle façon de raconter ma vie qui m’émeut et me rapproche du public. Je sais mieux me dévoiler. Ce documentaire est tout à fait authentique. C’est ma vie. Je disais les mêmes chosesilya20ans,maispasdela même manière. Cette démarche a mis un baume sur mon parcours. C’est fabuleux que je puisse encore le raconter! C’est long, 76 ans, mais ce n’est pas fini... Je raconte ma vie dans une autre perspective. Avec le recul, nos souvenirs évoluent. 

Diriez-vous que ce qui a fait mal s’est atténué avec le temps?

Le temps atténue les choses, mais elles ne perdent pas pour autant de leur importance. Quand ma mère est décédée, j’avais 30 ans. Cinq ans plus tard, c’était au tour de mon père de partir. Quand on est fille unique et qu’on n’a pas d’enfant, il ne nous reste plus grand-chose dans la vie. À 35 ans, j’étais toute seule. Cela a changé mon caractère — il le fallait afin que je ne me fasse pas bouffer tout rond! C’est pour ça que je suis devenue aussi déterminée, catégorique et sévère avec tout le monde. J’étais exigeante envers moi-même et aussi envers les autres, car c’était la seule façon de me sauver. 

Vous avez eu des parents exigeants envers vous, si je ne m’abuse...

Ma mère l’était. Elle avait des exigences qui convenaient à sa fille, pas aux autres enfants. Mon père était exigeant envers lui-même, mais pas envers moi. Il fondait devant mes demandes. J’ai vu mon père être discipliné, ponctuel, exigeant envers ses musiciens au travail. J’ai les mêmes défauts et les mêmes qualités que lui. C’est effrayant! Mon père est mort à 60 ans d’un cancer. Ma mère aussi, mais elle avait 53 ans. J’ai été là pour chacun d’eux. Mon père était prêt, pas ma mère. Je voyageais beaucoup avec elle. À l’époque, je chantais beaucoup sur les bateaux de croisière. 

Vous travaillez depuis que vous êtes enfant. C’est une situation singulière...

C’est toute ma vie! Quand j’étais enfant, mon père faisait déjà ce métier. Quand je rentrais chez moi après l’école, j’entendais les musiciens jouer. J’aimais cette vie de saltimbanque. 

Avez-vous pensé à faire autre chose?

Adolescente, je voulais devenir vétérinaire, mais le succès dans la chanson est arrivé tellement rapidement que j’ai dû arrêter mes études pour épouser le métier. Il a fallu que mon père me laisse aller à Montréal avec ma mère, mais au départ, il ne voulait pas que je fasse ce métier. Il trouvait que c’était trop difficile pour une petite fille, surtout à cette époque! Ma mère est venue à Montréal avec moi, et ça a causé le divorce de mes parents. Toute ma vie, je m’en suis voulu. Aujourd’hui, grâce à ma grande expérience de vie, je me sens moins coupable. Je me dis que ça serait arrivé quand même. J’essaie d’adoucir les angles, mais ça ne me sortira jamais du cœur. 

Comment avez-vous vécu la séparation?

Je n’ai pas eu le temps de la vivre! J’étais tellement accaparée par mon métier que j’ignorais ce qui se passait à la maison. Mes parents ont été respectueux et ils m’ont caché ça. Et à la fin, j’ai réussi à réunir mes parents. 

Dans quel contexte l’avez-vous fait?

C’était tout juste avant que ma mère décède. Mes parents ne s’étaient pas revus depuis 10 ans. Mon père est entré dans la chambre, un bouquet de roses à la main. Je pensais devoir meubler la conversation, mais je n’ai pas eu le temps de placer un mot! J’ai entendu ma mère dire à mon père qu’ils n’avaient peut-être pas réussi leur vie à deux, mais qu’ils avaient réussi un gros morceau: leur fille, Michèle. Mon père a promis de venir la revoir, et ma mère comptait les jours. Après lui, elle n’avait jamais eu d’autres amours. 

Quand on a été aussi aimé, comme vous l’avez été par vos parents, est-ce difficile de retrouver un amour aussi grand?

C’est en effet difficile... J’ai toujours cherché mon père. J’avais des béguins pour des hommes différents de lui physiquement, mais j’aimais les bohèmes, les artistes, les marginaux. Quant à ma mère, je n’ai jamais cherché à la remplacer: il n’y en a jamais eu une autre qu’elle dans mon cœur. J’ai des amies, mais personne n’est une mère pour moi. 

Vous êtes devenue votre propre mère, en quelque sorte...

Oui, je suis ma propre mère. Je prends soin de ma santé. Je ne fais pas d’excès. J’ai une belle vie! Il y a deux ans et demi, je me suis installée dans un petit paradis, à deux pas du bord de l’eau. C’est un endroit discret. Ma vie n’a pas changé, c’est mon décor qui a changé. C’est plus petit, mais tout est aussi chargé, car je conserve mes choses. 

Vous êtes une femme qui mise sur le long terme...

Oui, en amitié, en affaires, dans mes relations. Je suis très fidèle. Je garde mes chiens, mes voitures. J’ai le même gérant depuis 16 ans, Michael Roy. La même femme de ménage depuis 25 ans. Je fais toujours tout ce que je peux pour éviter une cassure.   

Demers, alors qu’il avait des ennuis avec la justice...

Oui, je l’ai visité en prison toutes les semaines pendant quatre ans. Il m’est arrivé de ne pas y être parce que j’étais en voyage, et il était content pour moi. Sinon, j’y étais tous les vendredis. Je travaillais à Montréal la semaine, j’allais le voir le vendredi et je dormais toute la fin de semaine à Saint-Sauveur. Durant cette période, j’étais maigre comme un clou. C’était très exigeant et triste.

À cause des commentaires?

Les commentaires me passaient 22 pieds par-dessus la tête! Pour moi, il était impossible de laisser tomber mes responsabilités: je devais m’occuper de lui le temps qu’il était là. Après, ç’a été autre chose, mais pendant qu’il était là, je n’avais pas à ajouter à la situation en demandant le divorce. Alors oui, c’est vrai que je suis loyale. C’est une belle qualité que mes parents m’ont léguée.

Avez-vous réussi à traverser toutes les épreuves sur votre route?

Oui. En essayant de ne pas me briser moralement, intérieurement, physiquement. Si j’avais cassé, si j’avais perdu le moral, ç’aurait été à moi que j’aurais fait du mal. Je n’avais personne pour m’aider. Il fallait que je m’aide toute seule. C’est ce qui m’a tenue et c’est ce qui m’a permis de faire preuve de courage. J’ai essayé de maintenir une bonne ligne de conduite.

Le courage. On a l’impression que c’est quelque chose qui ne vous fait pas défaut...

Ça en prend. Chaque Premier de l’an, on recommence à zéro. Dans ce métier, ce qui a eu lieu avant ne compte plus. Le passé est terminé. Ce qui compte, c’est le présent et le futur. Ma grande quête, c’est l’équilibre. C’est un travail continuel.

Pourtant, on a toujours dit de vous que vous êtes excessive...

Je le suis encore. Je le serai toujours. Je suis une passionnée. Quand je pleure, je pleure, quand je ris, je ris, quand je suis fâchée, je suis fâchée. J’arrive de plus en plus à trouver l’équilibre, mais c’est tout ce que je peux dire... Je suis positive. Parfois, je vis des gros creux.

Qu’est-ce qui vous en fait vivre le plus?

Je vis plus de creux dans les petites choses que dans les grandes. Avec les choses anodines, c’est l’enfer! Finalement, quand je m’arrête à y penser, il n’y a rien d’important dans tout ça. Je me suis fâchée pour rien. J’ai exagéré pour rien. J’ai perdu mon temps pour rien. Je me suis rendu compte de mes faiblesses au fil du temps. Je suis très impatiente. Je travaille chaque jour à m’améliorer. Je n’ai plus de temps à perdre. Je suis très douce avec mes amis. Ils m’amènent à l’être. Ils me font parfois de petites remarques, et je change d’attitude en trois secondes. Je retrouve ma bonne humeur. Avec moi, mes amis sont essoufflés. Ils trouvent que je vais trop vite. (rires)

À 76 ans, c’est quand même exceptionnel...

Onmeleditdeplusenplus.Je connais des gens qui vivent ça, mais avec encore plus d’intensité. Je pense à Denise Filiatrault. C’est mon modèle. Elle a 91 ans. Son énergie, sa manière de s’adapter et de se renouveler font en sorte qu’elle n’a pas d’âge. Elle n’est pas jeune, elle est actuelle. C’est très différent. C’est ce que j’essaie de faire: être actuelle.

C’est vrai que vous avez quand même des points communs, Denise et vous...

C’est moi qui essaie de l’imiter... (rires) Je l’ai toujours admirée. J’ai déjà travaillé avec elle, mais pas assez à mon goût. Je lui ai souvent demandé des conseils, et elle a toujours été très généreuse. J’aurais voulu qu’elle me dirige pour un show, ce à quoi elle m’a répondu: «Ben voyons, ma p’tite! T’es capable de te diriger toute seule! Tu rentres à gauche, tu sors à droite!» (rires) Elle est formidable! C’est ma quête. Je voudrais tellement avoir son savoir, son expérience. 

Avez-vous des projets au programme?

Oui, je collabore avec Julie Snyder. Nous avons six ou sept émissions à faire ensemble jusqu’au printemps. Nous sommes allées ensemble aux Îles-de-la-Madeleine et en Martinique. 

Et la chanson?

Il y a des shows en préparation. J’ai dû arrêter pendant deux ans et demi. J’ai failli mourir. La situation est maintenant revenue comme avant, mais je ne veux plus travailler en folle comme je le faisais. Je ne veux faire que ce que j’aime vraiment et chanter. Je veux goûter à la vie. J’ai voulu ralentir ces dernières années, mais je me sentais coupable lorsque je ne travaillais pas. Ce n’est plus le cas. J’ai du temps pour promener mon chien et pour cuisiner. J’ai fait une belle vie. J’ai voyagé à travers le monde, j’ai adoré mes chiens comme des enfants. Je ne prends pas de médicaments, mais des vitamines. Quand j’y pense: avec tout ce que j’ai vu et côtoyé — les excès, les folies, les plaisirs fous, la démesure —, j’aurais pu me perdre. Mais je ne me suis pas perdue et j’en suis fière.

Croyez-vous que votre éducation a contribué à vous préserver du pire?

Les conseils rigides de ma mère et les douceurs de mon père m’ont guidée. Ils m’ont préparée à ma vie. Tant que mon père a vécu, je lui ai demandé sa bénédiction au jour de l’An. Il me disait toujours: «Mon Poppy, ramasse ton argent pour les uppercuts et pour tes vieux jours.» Je l’ai écouté et je suis tellement contente de l’avoir fait. Je n’ai pas de famille immédiate pour s’occuper de moi, mais je peux vivre paisiblement grâce à l’amour de mes amis et du public. 

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