En s’assumant pleinement, Debbie Lynch-White pave la voie pour les autres | 7 Jours
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En s’assumant pleinement, Debbie Lynch-White pave la voie pour les autres

Image principale de l'article Elle pave la voie pour les autres

Debbie Lynch-White a plusieurs raisons de prendre la parole dans l’espace public. Son discours sur la diversité corporelle, l’homosexualité et le féminisme contribue à changer les choses. Mais à la base, ces causes l’interpellent parce qu’elles la concernent. L’actrice pave la voie pour d’autres en s’assumant pleinement. Par ailleurs, elle a récemment souligné cinq ans de mariage avec son épouse, Marina. Rencontre avec une femme inspirante.

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Debbie, vous êtes de la saison 3 de La faille, qui s’annonce, semble-t-il, particulièrement animée!

Oui, il y a beaucoup d’intrigues dans cette saison. Je joue le personnage de Karen Smith, l’amoureuse de Simon (David Boutin). Elle est un peu frustrée parce qu’ils vivent leur amour en secret. Elle est à la tête du restaurant-auberge Chez Karen et elle n’a pas la langue dans sa poche. Céline (Isabel Richer) retourne dans son patelin et enquête sur le meurtre non résolu de sa cousine. Les Jolicoeur et les Morency sont des familles ennemies. Karen est dans le clan des Jolicoeur, la famille de Céline. On va déterrer les magouilles et les secrets de famille. Nous cheminons donc dans l’univers de Frédéric Ouellet, qui a aussi signé le scénario de La Bolduc, dans lequel je tenais le rôle-titre. J’étais très heureuse de le retrouver.

Vous serez aussi dans Les bombes, une nouvelle série qui porte sur les dépendances.

Oui. Je joue Claudine Piché, une Polonaise qui a été adoptée par des Québécois. Elle a une dépendance au sexe. Il y a trois autres filles: elles ont des dépendances aux narcotiques, au jeu et aux réseaux sociaux. Au départ, les quatre femmes ne se connaissent pas. Elles vont toutes se retrouver, pour une période de 21 jours, dans un centre fermé où des gens sont aux prises avec d’autres types de dépendances. Certaines y iront de leur propre chef, mais d’autres s’y retrouveront contre leur gré. En raison de leur embonpoint, les filles cohabiteront toutes dans la même chambre. C’est une comédie dramatique. Tout le monde pourra se reconnaître dans les textes de Kim Lévesque Lizotte. Nous planchons ensemble sur ce projet depuis 10 ans.

C’est donc un projet que vous réalisez entre amies?

Oui. Olivia Palacci, Julie de Lafrenière, Sarah Desjeunes Rico et moi-même avons terminé l’école à peu près en même temps. Nous nous croisions toujours quand nous allions passer des auditions pour des rôles de filles rondes. Il y a 12 ans, ces rôles n’étaient pas toujours alléchants, puisque le plus souvent, nous devions jouer «la grosse de service», c’est-à-dire la fille qui ne pogne pas, l’amie de la belle fille, etc. Pourtant, ma vie ne ressemble pas à ça. Je suis grosse, mais ma vie est rocambolesque! J’ai vécu de grandes amours, j’ai connu de grandes peines, j’ai eu des succès et des échecs. Pourquoi ne pouvait-on pas voir une femme grosse vivre ce que tous les humains vivent? J’ai donc écrit à Olivia, Julie et Sarah pour leur dire que je ne voulais pas être en compétition avec elles toute ma vie. Et je leur ai proposé qu’on fasse plutôt quelque chose ensemble. Nous sommes allées bruncher en 2012 et, à partir de là, nous sommes devenues de grandes amies, et le projet est né.

Personnellement, quelle est la dépendance que vous combattez?

La cigarette. Je suis une fumeuse sociale. Je n’ai jamais de cigarettes sur moi, mais j’en demande souvent aux autres. Pendant la pandémie, nous étions plus stressés. Alors, fumer était devenu ma manière de gérer mon stress, mais j’aimerais trouver une manière plus saine de le faire. J’ai toujours été bonne élève. On dirait que la cigarette me donnait un côté rebelle que j’aimais bien... (rires) Je souhaite ne plus fumer du tout un jour.

Par ailleurs, vous jouez aussi au théâtre dans une pièce qui suscite la réflexion sur le post-#MoiAussi...

Oui, dans une pièce de Rébecca Déraspe, à qui on doit notamment Les glaces. Ça parle de consentement, de responsabilisation, de réparation aussi. Il faut assumer ses gestes. C’est un sujet très dense, amené avec beaucoup de nuances, mais on rit beaucoup. Il est beaucoup question de solidarité féminine. Le punch final est d’une beauté grandiose et troublante. J’essaie de prendre part à des projets qui ont une forte résonance, et celui-là en est un dont je suis fière. 

On sent votre besoin de prendre la parole dans l’espace public pour défendre différentes causes: la diversité corporelle, l’orientation sexuelle, le féminisme. Tous ces enjeux vous concernent-ils directement?

Oui, ça m’interpelle. La prise de parole est importante dans tout ce que je fais. Je peux faire du divertissement, mais je m’implique naturellement dans ce genre de projets. Je veux changer le monde. Parfois, je me sens prise avec ma nature qui me pousse à agir ainsi, mais c’est plus fort que moi. J’aime les gens et aller vers l’autre. J’ai besoin de savoir que mes actions ont un sens et de participer à un projet qui est cohérent avec ce que je suis. 

Vous êtes devenue un modèle pour plusieurs et pour toutes sortes de raisons...

Oui, sans l’avoir cherché. Je vis ma vie, tout simplement. Moi, je suis grosse depuis le début de mon existence. Ça ne m’a jamais empêchée de faire quoi que ce soit. Je ne me suis jamais sentie différente. Je suis arrivée dans la télé des gens. J’étais différente et je ne correspondais pas à ce qui était considéré comme «normal». Comme bien des personnes grosses, je suis rendue plus loin dans mon cheminement. Les questionnements sur l’image, je les ai eus à l’âge de 13 ans! J’ai tenu ces réflexions. Je voudrais passer à autre chose. 

C’est fascinant qu’on en soit encore à normaliser la diversité alors qu’elle existe depuis toujours et qu’elle existera toujours.

Peu importe qui je représente et si ça aide ou inspire des gens de me voir dans l’espace public, ce qui est important pour moi, c’est de faire honneur à cette tribune qui est la mienne. Je suis consciente de mon privilège, et je veux bien m’en servir dans mes gestes et ma façon d’être. Lorsque nous avons fait notre coming out public, ma blonde et moi, nous avons pris cette décision ensemble; nous en avions parlé avant. La chose qui me revenait constamment en tête, c’était la jeune fille de 14 ans qui vivait à Thetford Mines et qui allait nous voir ensemble sur un tapis rouge dans un magazine de salle d’attente d’un bureau de dentiste. Je me disais que ça allait peut-être changer sa vie ou apaiser quelque chose chez elle, comme ç’a été le cas chez moi lorsque j’ai vu Ariane Moffatt avec sa blonde dans un magazine. Elle a pavé le chemin pour plusieurs. Pendant longtemps, elle a été seule à s’afficher comme lesbienne dans le milieu artistique. Alors si je reviens à cette petite fille de 14 ans que j’évoquais, je suis toujours consciente que ça peut être déterminant pour elle.

Avez-vous aussi manqué de modèles?

Effectivement. Des femmes rondes à la télé, il n’y en avait pas des tonnes. Des lesbiennes non plus. Plus nous serons nombreuses à nous manifester, plus nous contribuerons à faire tomber les tabous. Évidemment, je m’en sers pour aider le plus de monde possible et pour me dire que j’aurai pavé mon petit bout de chemin dans ce grand chemin. Les jeunes sont tellement rendus ailleurs...

Nous avons connu une grande évolution. Est-ce satisfaisant pour vous?

Oui, mais la féministe en moi trouve que nous, les femmes, nous perdons du terrain. Nous faisons deux pas en avant et un en arrière. Qu’on ait invalidé l’arrêt Roe c. Wade, qui garantissait le droit à l’avortement aux États-Unis, ça m’a heurtée. Comme lesbienne aussi, je me dis que mon mariage pourrait ne plus être valide éventuellement. Nos droits en tant que femmes ne sont jamais acquis. Ça m’enrage! Certaines choses changent, évoluent, mais malheureusement d’autres régressent. Au Québec, il y a encore de l’homophobie, de la grossophobie, de la misogynie, du racisme. Mais comme le dit si bien Simon Boulerice, les jeunes générations pointent plus du doigt l’homophobe que l’homosexuel. Alors oui, ça avance, mais actuellement, je trouve que les femmes doivent s’unir, car l’égalité n’est pas gagnée.

Debbie, votre épouse, Marina Gallant, et vous venez de célébrer cinq ans de mariage. Quel bilan en faites-vous?

Ça va bien. Nous vivons des hauts et des bas comme tous les couples, mais je suis positivement bouleversée de voir à quel point nous formons une bonne équipe! Il y a beaucoup de bienveillance entre nous. Nous sommes là l’une pour l’autre, tant dans la vie au quotidien que dans des projets ou des questionnements plus grands. Elle est vraiment une super partenaire. Plus le temps avance, plus nous nous soudons et plus nous apprenons à nous chicaner. Après tout, elle sort avec une actrice! (rires) Je suis capable d’être théâtrale! Nous nous complétons super bien. Je suis l’émotive, la grande rêveuse, celle qui fait des niaiseries. Ma blonde est plus rationnelle, gestionnaire, droite. Ma légèreté lui fait du bien, et moi, j’ai besoin de son côté plus solide. Elle m’inspire beaucoup. J’admire énormément ma blonde!

L’admiration demeure un élément important dans l’amour?

Vraiment. Comme le dit si bien Michel Marc Bouchard: «Il faut toujours qu’une part de l’autre nous échappe.» Je trouve ça magnifique! Cela crée de l’admiration. Pour ma blonde, que je monte sur scène tous les soirs, c’est l’angoisse totale. Elle ne comprend pas pourquoi je fais ça. Ça la stresse, mais elle admire ce que je fais. Je crois que nous nous motivons mutuellement.

Actuellement, elle est à la maîtrise en gestion de projet. Et vous, de votre côté, vous avez, semble-t-il, terminé la vôtre?

Oui. Comment une fille qui ne se la ferme jamais peut-elle rédiger un mémoire de 231 pages sur le silence? (rires) Je crois que j’en avais besoin. J’ai quelques idées, des choses à expérimenter au théâtre en lien avec ce sujet. J’aimerais essayer de me débarrasser de mon petit syndrome de l’imposteur et écrire plus. Écrire pour le théâtre et faire de la mise en scène. J’aimerais me risquer, essayer des trucs...

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La faille 3 sera disponible sur Club illico à partir du 9 novembre. La série Les bombes sera diffusée sur Séries Plus cet hiver. Debbie Lynch-White est aussi dans Le pacte, sur les ondes de Télé-Québec. Elle joue au théâtre La Licorne jusqu’au 11 novembre dans Les glaces, qui sera présentée par la suite au théâtre La Bordée à Québec, en janvier 2023.

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