Maude Guérin a quitté la ville pour aller s’établir à la campagne | 7 Jours
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Maude Guérin a quitté la ville pour aller s’établir à la campagne

Elle a les yeux rieurs, le sourire franc. J’ai eu le bonheur de passer un beau moment avec la radieuse et talentueuse Maude Guérin! Nous avons parlé de sujets qui nous tiennent à cœur. De la vie, des amours, du métier et de nos chers enfants...

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Je suis très heureuse de recevoir Maude chez moi, surtout quand je pense que notre rencontre a failli être annulée! L’horaire de travail de la comédienne est très rempli. Elle entre, tout sourire, elle regarde partout autour, me fait un câlin et me dit tout en douceur: «Je suis contente d’être ici. Ça va me faire du bien de me poser un peu. Mettons que ça va vite, ces temps-ci.»      

Ma maman, qui a elle-même travaillé dans le monde de la télé et du cinéma, est de passage chez moi et vient la saluer. Elles se rendent compte qu’elles ont des amies en commun et se rappellent de beaux souvenirs. Maman s’en va, et c’est maintenant le moment de la mise en beauté pour les photos. Je vois Maude regarder ma maison. «Je viens d’acheter une nouvelle maison avec mon chum. Je vais avoir des questions pour toi, Saskia.» Elle rit! C’est dans les Laurentides qu’elle et son amoureux ont eu le coup de foudre pour une maison dans les nuages. «Tu te souviens, Saskia, de notre dernière entrevue ensemble? C’était en janvier 2020, et on venait d’acheter un duplex à Montréal. On a décidé de vendre et de s’installer à la campagne. On a eu un réel coup de foudre pour notre nouvelle maison. On a su tout de suite que c’était pour nous!» 

Photo : Marï Photographe / TVA


PRENDRE SON ENVOL
Depuis notre dernière rencontre, beaucoup de choses se sont passées dans sa vie. Les enfants ont quitté le nid familial, une étape remplie d’émotions pour la maman. «À Montréal, on avait le duplex et chacun notre appartement pour que nos enfants, à Christian et moi, puissent avoir chacun leur espace tout en étant près les uns des autres. Il y a eu la pandémie, et on a passé de beaux moments tous ensemble. Puis quand on est revenus à la normale, mon fils, Edmond, et sa blonde, Isabelle — qui habitait aussi avec nous —, m’ont annoncé qu’ils voulaient se trouver leur place à eux. Ça m’a un peu ébranlée, mais je suis heureuse pour eux. J’adore Isabelle! Ils forment un beau jeune couple. Ils m’inspirent beaucoup. Le fils de Christian aussi a décidé de voler de ses propres ailes. C’est là que notre projet de maison à la campagne s’est concrétisé, et on a trouvé notre coin de paradis, pas trop loin de Montréal, évidemment, pour rester près de nos enfants.» Maude, ayant elle-même quitté tôt le nid familial, comprend le désir d’autonomie de son fils, qui aura 20 ans en septembre. La proximité lui manque beaucoup, mais ils sont tellement proches que la transition se fait tout en douceur. «On a une vraie connexion et une très belle relation. J’ai un gros travail de détachement à faire, c’est dur parfois. En même temps, je le comprends. Moi aussi, je suis partie très jeune de chez moi, à 17 ans. Je vivais à La Tuque. Il n’y avait rien à faire là, dans le temps. Je vivais avec ma mère depuis que mon père était parti, quand j’avais 13 ans. Ma mère n’allait tellement pas bien! Elle n’était pas présente pour ma sœur et moi. J’avais 14-15 ans quand je me suis dit: “Faut que je parte.” Ma mère était femme au foyer, pas de job. Alors, quand mon père est parti, elle s’est écroulée. Elle consommait des valiums, de l’alcool... C’était devenu invivable. Elle parlait souvent en mal de mon père, et ça, ce n’est pas bien. Il ne faut pas faire ça. J’en parle, parce que ça peut peut-être aider des personnes qui ont vécu quelque chose de semblable.

La figure maternelle m’a manqué. Maman est maintenant en CHSLD. Elle fait de la démence. Je vais la voir et je me rends compte que, malheureusement, je n’ai pas beaucoup de liens avec elle. Tu comprends donc que ma relation saine et douce avec Edmond est très, très précieuse.» 

Photo : Marï Photographe / TVA


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S’ANCRER DANS LE PRÉSENT
Elle poursuit en parlant de la force des jeunes, de leur façon d’aborder la vie, de leur désir d’un retour à la terre, d’être simplement bien, sans flaflas. Dans un monde où la consommation a peu de limites, elle trouve un grand réconfort dans cette façon d’être. «La vie coûte tellement cher, et notre planète ne va pas très bien. La température, les changements climatiques intenses, les guerres, les problèmes de société... On est chanceux ici, mais on fonce droit dans le mur. Nos enfants vont devoir mettre la main à la pâte. Je sais qu’on ne peut pas tout contrôler, tout régler, tout arranger. Mais on devrait tous changer nos habitudes de vie. Un pas à la fois. Quand Edmond m’a annoncé que sa blonde et lui aimeraient se trouver une petite maison à la campagne, avoir un jardin, des poules et tout ce qu’il faut pour devenir autosuffisants, j’ai trouvé ça beau. J’aime cette façon d’être. C’est certainement une très belle avenue pour l’avenir. Tu trouves ça inspirant, Saskia?» Oui, vraiment! J’aime aussi ce côté terre à terre de nos jeunes, avec leurs vieilles âmes et leurs convictions inspirantes. En parlant de jeunesse, mon fils passe en vitesse dans le salon et nous annonce le décès d’Olivia Newton-John. Toutes les deux, on s’exclame: «Quoi?! Ben non!» On se met à fredonner ses chansons, comme si un morceau de notre jeunesse à nous venait de s’envoler! «Ouf! Ça donne un coup tout ça. Vieillir, c’est aussi voir les gens qu’on aime partir. Il faut vraiment en profiter. Peut-être ralentir, je sais pas... Mais ça fait réfléchir!» Trouver le juste milieu peut-être entre en profiter et s’arrêter... Ça nous habite tous. Et d’un autre côté, l’actrice de grand talent de 57 ans a une carrière florissante. «Je me sens très privilégiée: je fais le métier que j’ai choisi, que j’aime, qui me nourrit et me fait grandir chaque jour. Parfois, je prends des pauses, puis ça me manque. J’aime travailler, j’adore ce que je fais dans la vie. Comme bien des artistes de ma génération, je me sens plus comme une artisane. Je viens du monde du théâtre, comme beaucoup d’autres femmes, et au fil des années, comme des fourmis ouvrières, on a tracé notre chemin. Pas pour être connues ou être des vedettes, mais pour jouer, être au service de notre art. Les gens ont cette croyance populaire qu’être comédien, c’est payant. Mais quand tu joues au théâtre, tu dépenses beaucoup d’énergie, de temps et tu aimes ça, et tu ne fais pas ça pour la paie. Tu fais ça par amour de ce métier. J’ai la chance et le grand bonheur de faire du théâtre et de la télé, je suis comblée.» 

Photo : Marï Photographe / TVA


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SON QUOTIDIEN LUMINEUX
Celle qui incarne l’attachante Marie-Luce dans 5e rang et qui est en période de tournage pour la cinquième saison adore interpréter ce personnage maternel et authentique, des qualités qui lui vont parfaitement. «Oh! tu es gentille! Évidemment, je suis maternelle envers mon fils, ceux de mon chum et tous les jeunes qui m’entourent dans mon métier. Je crée des liens francs et sincères. J’aime être entourée de jeunes acteurs, je trouve ça beau de les voir aller. J’adore aussi voir les femmes cinéastes, par exemple, Jeanne Leblanc, Annie Saint-Pierre, Chloé Robichaud et Myriam Verreault. Après l’affaire #MoiAussi, un ménage naturel s’est fait, et des portes se sont ouvertes à elles. Elles en ouvrent beaucoup à leur tour, et ça, ça fait du bien. Et tous les membres de l’équipe de 5e rang forment une grande famille. Je les aime tellement! J’espère que ce projet va durer encore longtemps. Je ne veux pas que ça finisse.» Je la regarde et l’écoute avec enthousiasme. Quelle femme fabuleuse! Derrière le calme et la douceur, le mot intensité me vient en tête. «T’as bien raison, je suis intense. Mon chum aussi, d’ailleurs. On est dans le mouvement, parfois impulsifs. J’avais deux mois un peu tranquilles alors... On n’a fait ni une ni deux: on a acheté une maison et un nouveau chien qui nous garde très occupés. Un peu intense comme nous, finalement! (éclats de rire) Notre petit Miro est décédé et, quand les enfants ont quitté le nid familial, on s’est dit: “On va adopter un autre chien.” Jazz, notre caniche royal qui mange tout, est merveilleux! Mais ouf! il nous tient occupés!» Depuis maintenant 13 ans, Maude partage sa vie avec Christian, son confident, celui qui la devine et l’accompagne dans tous ses projets. «C’est un homme merveilleux! J’aimerais me fiancer avec lui pour toujours. Je suis une femme plutôt discrète et, de toute façon, avec lui, pas besoin de parler. Il me connaît par cœur. On se connaît par cœur. On prend soin l’un de l’autre avec amour et respect. Avec lui, nos familles, notre nouvelle maison, nos projets respectifs, oui, ça bouge beaucoup. Mais c’est notre équilibre à nous et c’est une grande richesse! Une vie d’amour, de douceur, de projets et de joie!» 

C’est sur ces mots inspirants que je laisse partir Maude. Une grosse journée de tournage l’attend le lendemain. On se fait un gros câlin et on se promet de se revoir avant deux ans. 

5e rang, lundi 20 h dès le 12 septembre à Radio-Canada.
Maude est de la pièce
Le loup, présentée du 26 au 30 octobre au Théâtre Duceppe. Pour en savoir plus: duceppe.com.
On pourra également la voir dans le film
Les jours heureux, qui prendra l’affiche en 2023.

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