Frédéric Millaire Zouvi s’ouvre sur sa peur de ne plus avoir d’emploi | 7 Jours
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Frédéric Millaire Zouvi s’ouvre sur sa peur de ne plus avoir d’emploi

Dès son entrée au Conservatoire, Frédéric Millaire Zouvi a fait abstraction de son passé familial pour créer sa propre voie dans un milieu qui lui est cher. Après avoir vu son travail couronné par un Gémeaux l’année dernière, l’acteur peut se dire «mission accomplie»! Depuis quelques années, de beaux défis se sont présentés à lui. Parmi les derniers qu’il a relevés, il y a le rôle de Manuel qu’il tient dans Alertes, un personnage qui lui permet d’aborder des sujets d’actualité: la notion de consentement et le viol.

Julien Faugere

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Frédéric, parlons tout d’abord d’Alertes. Quel beau défi à relever avec ce personnage!

Mon personnage est difficile à cerner. Il peut être charmant, sympathique, drôle, aimable. Il pourrait facilement devenir notre ami. En contrepartie, il a posé un geste très grave. C’est très intéressant, car nous ne dépeignons pas un violeur en série qui agit dans une ruelle, mais nous abordons un sujet dont il est nécessaire de discuter. Il faut obtenir le consentement, savoir lire les signes, revoir la manière de cruiser. Je suis donc très heureux de faire partie intégrante de cette discussion, de participer à ce débat de société. Je dois avouer que c’est assez difficile à défendre, mais en même temps, je suis très bien entouré. 

As-tu senti que ton personnage faisait réagir?

Même si c’est une fiction, on montre des faits qui sont inspirés de plusieurs témoignages. Moi-même j’en ai reçu. Des gens se sont confiés à moi, m’ont raconté toutes sortes d’histoires. Ça m’a donné une idée de la manière dont ça se passe. On estime qu’une personne sur trois a vécu une situation semblable. Ç’a été un gros travail pour moi autant dans la recherche que dans la charge émotive. Mon personnage est quelqu’un qui est bien intentionné, et c’est pour cette raison que c’est difficile à jouer. Dans sa tête, il n’est pas un criminel. Il ne se doute même pas qu’il fait le mal. Il ne voit pas la souffrance qu’il cause, il ne la comprend pas. La notion de consentement lui est étrangère. Le dernier épisode au printemps dernier se terminait avec la scène du viol. À la rentrée, mon personnage sera encore là. Il commencera lentement à être confronté à ses gestes. Je ne peux pas en dire plus! 

Photo : DOMINIQUE PERRON / PIXC

Est-ce difficile de sentir que Manuel est jugé par le public?

Non, car c’est mon travail. J’aime les personnages qui font réagir, et que les gens voient d’abord le personnage avant de voir l’acteur derrière. J’aimerais avoir d’autres défis comme celui-là, mais dans ce métier, on ne sait jamais... 

On te voit toujours dans 5e rang?

Oui, et Jean-Michel est devenu un grand ami. Je suis attaché à lui et j’ai beaucoup de plaisir à tourner au sein de cette équipe. C’est du bonbon. Mon personnage s’est transformé, les gens l’apprécient, et j’en suis très reconnaissant. Nous allons en apprendre un peu plus sur son passé, sur sa famille. La deuxième saison de Cerebrum est aussi disponible. C’est un autre gros défi! Ça m’a permis d’explorer autre chose, soit la maladie mentale, le choc post-traumatique. C’est un personnage beaucoup plus près de moi. C’est un doux, il a une vie «normale». Il vit un choc post-traumatique à cause de son emploi. Il est modérateur de contenu Web, alors il passe ses journées à regarder des vidéos et doit décider si elles seront censurées ou non. Voir autant de choses horribles finit par le miner. C’est ancré dans son subconscient et il fait des cauchemars. Il vit exactement le même phénomène que quelqu’un qui aurait vécu ces choses-là. J’ai tourné des scènes d’émotion avec François Papineau. Il est tellement sensible et généreux que ça s’est super bien passé, même si c’était difficile. 

Photo : Yan_Turcotte / Yan Turc

Avec tous ces projets, l’acteur en toi est-il rassuré?

Au contraire, c’est pire! Plus on en fait, plus on a peur de tomber de haut. Je ne suis pas parano, mais j’ai connu des années plus difficiles. Ma carrière a commencé lentement. Depuis quelques années, j’ai fait de la télé et du cinéma, c’est magnifique! Ça me fait pratiquer le métier que j’aime, mais on n’est jamais bien loin d’une série annulée, d’un personnage qui meurt ou qui n’a plus sa place. Je suis confiant en mes moyens et en l’amour que j’ai pour mon métier, je vais donc trouver le moyen de continuer. Mais on n’est jamais certain de rien... J’en profite pendant que ça passe! 

Comment arrives-tu à trouver une certaine sécurité à travers tout cela?

Quand on est porté par la passion, on se débrouille pour faire ce qu’on aime. Les «non» deviennent des obstacles à contourner pour obtenir des «oui». J’ai eu certaines reconnaissances du milieu, j’ai reçu de belles tapes dans le dos. Des gens m’ont embauché, m’ont fait confiance. J’ai reçu un Gémeaux. Ces moments me rassurent et me permettent de penser que j’ai ma place. Quand j’ai de beaux défis, je me lance à fond et je tente de faire écho à ce qui résonne en moi. Quand je suis fier du travail accompli, c’est ce qui me rassure le plus. J’en discute d’ailleurs avec des amis qui sont dans le métier.

Peut-on dire que tu avais un avantage sur eux, en ce sens que tu connaissais déjà les avantages et les inconvénients du métier parce que tu les avais vus de près?

Non, je n’avais pas d’avantage: j’ai eu une certaine vision du milieu que d’autres n’ont pas eue, tout simplement. Ce métier que j’ai vu, non seulement il a beaucoup changé au fil des ans,
mais le milieu dans lequel je chemine n’est pas du tout le même que celui dans lequel mes parents ou mes grands-parents ont cheminé. J’ai dû déconstruire l’idée que j’avais de ce métier pour faire mon propre chemin. Certains m’ont dit que puisque j’étais «le fils de», j’étais déjà bon. D’autres m’ont dit que j’allais devoir prouver que j’étais bon.

La vérité n’est ni dans l’une ou. l’autre de ces affirmations. Tu es parti sur la même ligne que tout le monde...

Effectivement. Petite anecdote dont j’ai beaucoup ri avec mon père: nous marchions ensemble lorsque nous avons été arrêtés. Nous nous sommes fait reconnaître tous les deux, mais pour la première fois, mon père s’est fait dire: «Ah, mais vous êtes le père de Fred Zouvi!» (rires) Nous avons trouvé ça très drôle... 

Ton père était fier?

Oui, il n’y a aucune compétition entre nous. Nous essayons de nous élever l’un l’autre.

Julien Faugere

Tires-tu une certaine satisfaction de ne plus être «le fils de», mais qu’Alain soit devenu «le père de»?

Dès le Conservatoire d’art dramatique, c’est une notion que j’ai essayé de mettre de côté. J’en ai fait abstraction pour faire mon chemin et je pense que je réussis à le faire. Les gens vont me comparer, mais ça les regarde: ça ne change absolument rien pour moi. Au contraire! Je suis très fier d’où je viens, mais ce que j’ai accompli, personne ne me l’a donné. Il a fallu que je me batte pour y arriver, comme tout le monde. 

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