Nous avons suivi Pierre Bruneau lors de sa dernière journée, et voici des photos exclusives | 7 Jours
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Nous avons suivi Pierre Bruneau lors de sa dernière journée, et voici des photos exclusives

Image principale de l'article Une dernière journée de travail riche en émotions
Photo : Dominic Gouin

Le 16 juin, après 46 années à la barre du bulletin de nouvelles de TVA, Pierre Bruneau a tiré sa révérence. La vague d’amour qui a déferlé sur le chef d’antenne témoigne de l’attachement exceptionnel du public envers lui. À 70 ans, M. Bruneau compte profiter de la vie avec son épouse, Ginette, et réaliser tous les projets qui lui tiennent à cœur et qu’il ne souhaite plus reporter de peur de ne jamais les réaliser. Parmi eux, un projet singulier en souvenir de son fils Charles...

Tout sourire, il a franchi les portes tournantes de TVA en ce grand jour.

Photo : Patrick Séguin

Tout sourire, il a franchi les portes tournantes de TVA en ce grand jour.

 
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Monsieur Bruneau, quelle fierté d’avoir accompli ce long parcours!
J’ai été 46 ans chef d’antenne à TVA, mais j’ai 50 ans de métier, car j’ai débuté à la radio. J’ai suivi l’actualité des 50 dernières années; c’est un demi-siècle! J’ai été un témoin privilégié de l’actualité durant toutes ces années. 

Mais vous aurez, semble-t-il, encore quelques engagements?
Oui, notamment la visite du pape, en juillet. La dernière fois qu’un pape est venu au Québec, c’était Jean-Paul II en 1984. Presque 40 ans plus tard, j’aimerais bien y être encore une fois. Et je reviendrai en ondes en septembre pour la soirée électorale. Cet été, ce sera comme d’habitude: je profiterai de mes vacances. 

Cela vous permet-il une transition plus en douceur?
Peut-être... La direction de TVA a été extrêmement gentille en me disant qu’elle avait besoin de moi et qu’elle voulait que je sois là. 

Ce n’est pas de la gentillesse, Monsieur Bruneau!
(Rires) C’est là que je me rends compte que toutes ces années d’expérience servent encore. Ce n’est pas parce que j’ai 70 ans et que je prends ma retraite que je ne peux plus avoir de rêves... Au contraire! Je n’aurai plus cet horaire quotidien, c’est-à-dire me lever à 5 h 30 ou 6 h du matin, m’imprégner de l’actualité du jour, voir avec l’équipe de quoi nous allons parler. C’est toujours exaltant, mais à 70 ans, ce n’est plus ce que je veux faire. 

Au moment d’annoncer votre retraite, vous sembliez particulièrement serein... Est-ce toujours le cas?
Oui. J’ai pris la décision d’arrêter et le 16 juin, c’était la fin. J’ai vécu beaucoup d’émotions. Mes collègues sont tellement extraordinaires! J’ai reçu tellement de beaux témoignages du public! Ils m’ont dit qu’ils avaient grandi avec moi ou que j’allais leur manquer. C’est réconfortant de constater qu’on passe dans la vie des gens et qu’ils se souviennent de nous. 

Jour après jour, vous avez été, avec eux, au cœur de tous les événements qui les ont touchés au quotidien...
Oui, mais j’étais, tout comme eux, témoin de ces événements. Je n’étais pas à New York lors de l’attentat, ni à Lac-Mégantic, ni au Bataclan, ni à Polytechnique. Mon rôle a toujours été d’être ce filtre entre la dureté de l’événement, des images, des propos et le téléspectateur qui les reçoit. Pierre Bruneau s’est aussi forgé à travers une tragédie personnelle. Lorsque j’ai vu tous les drames qui se produisaient autour de moi, j’ai compris qu’on peut être un homme de tête et un homme de cœur. 

L’attachement du public concerne aussi l’homme engagé que vous avez toujours été.
Oui, et je crois que c’est notre devoir de nous engager. Ginette et moi avons été des victimes collatérales, parce que c’est notre fils qui est décédé, mais nous avons tous vécu cette souffrance, cette bataille, cette lutte contre le cancer. Nous nous devions de partager notre expérience avec d’autres familles qui vivent la même chose. Aujourd’hui, les enfants ont les mêmes rêves que Charles pouvait avoir. Il disait: «Quand je serai grand, je serai guéri.» Et c’est encore vrai en 2022. Ce n’est pas Charles que nous gardons vivant, c’est le message d’espoir et c’est ça qui me motive le plus. Lorsque je dresse le bilan — et je suis rendu à cette étape —, je veux me souvenir que nous avons contribué à changer les choses avec la Fondation Charles-Bruneau. 

Participerez-vous au Tour CIBC encore une fois cette année?
Oui, je vais pédaler pour la Fondation du 2 au 8 juillet. Cette année, nous partirons de Gaspésie. Je serai donc du Tour encore une fois cette année et, je l’espère, avec toute mon énergie! 

Vous semblez être dans une forme redoutable!
Je suis dans une bonne forme. J’ai eu 70 ans le 5 juin. Je suis dorénavant un septuagénaire. J’en suis très fier! L’année prochaine, cela fera 50 ans que Ginette et moi sommes mariés, et 35 ans que Charles est décédé. J’avais 35 ans lorsque c’est arrivé. Quand je dresse le bilan, je me dis que j’ai beaucoup fait et je suis content de pouvoir penser à nous, maintenant. 

Il se prépare à souligner ses 50 ans de mariage avec Ginette

Photo : Patrick Séguin

Il se prépare à souligner ses 50 ans de mariage avec Ginette


Parmi vos projets de retraite, vous souhaitez réaliser un des rêves de votre fils Charles. Quel est-il?
Oui, il y a des voyages à venir avec Ginette. Charles voulait voir Paris, l’Afrique, l’Asie. C’était son rêve... Durant ses dernières années, avec la maladie, nous ne pouvions pas nous éloigner. Et je n’avais pas les moyens que j’ai aujourd’hui. Nous étions de jeunes parents qui, comme tout le monde, pensaient à subvenir aux besoins de leurs enfants et à donner à leur fils tout le confort possible à travers sa maladie. Nous avons voyagé un peu, mais jamais comme il l’aurait espéré. Je lui disais souvent: «Si tu passes au travers, Charles, nous partirons pour Paris.» C’est pour cette raison que je lui ai raconté ce voyage lors de sa dernière nuit... Je me suis dit qu’un jour, j’allais faire ce voyage seulement pour lui. 

Photo : Patrick Séguin

Qu’entendez-vous par «ce voyage lors de sa dernière nuit»?
La dernière nuit, j’ai mis ma main dans la sienne et je lui ai demandé de serrer mon doigt s’il m’entendait. Il m’a serré le doigt. Alors je lui ai dit: «Charles, ce soir nous partons pour Paris...» Toute la nuit, je lui ai raconté en détail un voyage, de l’aéroport de Montréal jusqu’à Paris. Je lui disais: «Regarde là-bas la tour Eiffel...» (M. Bruneau est étreint par l’émotion.) Le matin, j’ai vu le jour poindre à la fenêtre et je lui ai dit que nous étions de retour à l’aéroport de Dorval. L’avion s’était posé. Il y avait moins de signes de vie chez lui, mais j’avais la satisfaction de lui avoir raconté ce voyage qu’il n’avait pas fait. Je dis toujours qu’il y a des voyages dont on a rêvé et qui sont aussi beaux que ceux qu’on a faits. 

Outre ces magnifiques voyages, Monsieur Bruneau, avez-vous d’autres projets?
Oui, je veux profiter de la vie avec ceux que j’aime. J’aime beaucoup le vélo, la marche, le trek. J’ai appris à découvrir les montagnes au Québec. Ginette monte avec moi. Des amis m’ont fait un cadeau extraordinaire: un télescope. Je veux observer les planètes. 

Chaque matin, Pierre Bruneau arpentait les escaliers des 10 étages le menant au studio des nouvelles. Ginette l’a accompagné dans cette dernière ascension émotive.

Photo : Patrick Séguin

Chaque matin, Pierre Bruneau arpentait les escaliers des 10 étages le menant au studio des nouvelles. Ginette l’a accompagné dans cette dernière ascension émotive.

Vous avez vendu la maison au moment même où vous preniez votre retraite. N’est-ce pas brutal, comme changement?
Non, car notre vraie maison familiale est à la campagne. La maison que nous avions à Montréal était un pied-à-terre. 

On dit que la retraite est souvent un moment stratégique pour les couples. Craignez-vous cette étape?
Il paraît... Mais non, je n’ai pas peur. J’ai tellement hâte de retrouver Ginette! J’ai le bonheur tout simple. Elle et moi, c’est curieux comme nous nous suffisons. Lorsque je voyage, je ne vais pas au bout du monde juste pour explorer, j’y vais pour partager ces moments avec Ginette. 

Parmi les photos souvenirs qui les attendaient à chaque palier, cette grande photo d’eux dans leur jardin avait été prise l’an dernier par l’équipe de La Semaine.

Photo : Patrick Séguin

Parmi les photos souvenirs qui les attendaient à chaque palier, cette grande photo d’eux dans leur jardin avait été prise l’an dernier par l’équipe de La Semaine.

C’est quand même formidable, après tant d’années!
Quand je parle de Ginette, j’ai toujours les yeux pleins d’eau. Je trouve qu’elle a fait preuve de beaucoup de résilience dans sa vie. Peut-être qu’elle dirait le contraire, mais j’ai parfois eu l’impression qu’elle avait sacrifié un peu de ses propres rêves pour m’aider à réaliser les miens et ceux de Charles, Geneviève et Jean-Sébastien. Je lui dois tellement! 

J’en déduis qu’il y aura du temps pour la famille?
Oui, avec nos enfants et nos cinq petits-enfants, qui ont entre 15 et 20 ans. J’avoue que c’est quelque chose de formidable dans une vie et j’en suis très heureux. Parmi les beaux témoignages que j’ai reçus, mon fils Jean-Sébastien m’a dit: «Papa, je suis tellement fier de toi! Tu as toujours été là pour maman, tu as toujours été là pour nous, tu as toujours été là pour les autres.» Ma fille, pour qui j’ai aussi été très présent, a eu de bons mots pour moi. Ça m’a comblé de bonheur. Mes petits-enfants m’ont livré de beaux témoignages. Madeleine, qui aura 20 ans dans quelques semaines, m’a écrit pour me dire: «Papi, j’ai lu tous les hommages qui te sont rendus. Je suis tellement émue et tellement fière d’avoir un grand-père comme toi.» (M. Bruneau s’arrête, ému.) Je suis content. 

Photo : Patrick Séguin

Comment avez-vous célébré vos 70 ans?
Nous avons fait une belle célébration chez ma fille avec les enfants et les petits-enfants. Ils commencent à avoir des copains et copines. La famille s’élargit. J’ai reçu des cadeaux mais mon plus beau, c’était de les voir tous ensemble. Ç’a été un beau moment. Je suis parti avec mes petits-enfants à vélo. Il y a une grande satisfaction à partager ma passion avec eux. Les gars veulent partir quelques jours avec moi cet été. Ils ont des projets avec moi... Ils ont la certitude que nous sommes toujours là pour eux. J’espère que je serai là encore longtemps et en santé. 

Ginette et lui, entourés de leur famille.

Photo : Dominic Gouin

Ginette et lui, entourés de leur famille.

Franchir le cap des 70 ans a-t-il été un choc pour vous?
Un vrai! Il y a cette urgence de vivre, de faire tout ce qu’on aime. Tout ce qu’on reporte, on ne le fera pas, alors je veux faire ce que j’ai envie de faire, et le temps presse...  

«Nous allons nous retrouver» — Ginette  

Photo : Patrick Séguin

«Ç’a été une magnifique journée pleine d’amour! nous a dit Mme Bruneau, qui accompagnait son époux en cette finale symbolique. Nous avons vu l’amour et l’estime que TVA porte à Pierre. J’ai rencontré des gens heureux qui se disaient privilégiés d’avoir travaillé avec lui. Je suis fière de lui, de l’homme qu’il est, et je me sens privilégiée d’être à ses côtés. J’ai une admiration sans borne pour lui. C’est une décision bien assumée, alors ç’a été facile d’en arriver à cette étape. Nous avons des projets, des amis. Nous comptons vivre de beaux moments ensemble, en profiter pour nous retrouver, pour faire autre chose. Nous souhaitons voyager, explorer, faire de la marche et du trekking. Comme nous sommes en forme, nous comptons en profiter. Pierre dit toujours qu’il a le bonheur simple, que nous sommes bien ensemble. Lui et moi, nous nous suffisons presque...»  

Un grand honneur! 

Photo : Dominic Gouin

Cette journée remplie de surprises s’est conclue par le dévoilement d’une plaque à son nom par le président et chef de la direction de Québecor Média, Pierre Karl Péladeau. La salle portera dorénavant le nom de Pierre Bruneau, un honneur des plus mérités. «Les photos m’ont permis de me rappeler différents événements, a confié M. Bruneau, touché par tant d’égards. Toute cette reconnaissance me dépasse! Je ne faisais pas mon travail dans ce but. Je constate qu’on bâtit sa carrière au quotidien mais que, globalement, ça reste dans la mémoire des gens.»

10 étages d’émotion! 

À son arrivée à TVA pour cette dernière journée riche en émotions, M. Bruneau a gravi, comme il en avait l’habitude, les marches de l’immeuble à pied jusqu’au 10e étage, où se trouve le secteur de l’information. À chaque palier, des photos souvenirs tapissant les murs l’attendaient. L’équipe de Gestev, une division de Québecor, était derrière la réalisation de cette exposition des moments forts de la vie et de la carrière du chef d’antenne. Dans la salle des nouvelles, son équipe lui a réservé un accueil des plus chaleureux. 

Avec Martin Picard, vice-président et chef de l’exploitation du contenu, Groupe TVA, et Xavier Brassard-Bédard, directeur général et rédacteur en chef, Information.

Photo : Patrick Séguin

Avec Martin Picard, vice-président et chef de l’exploitation du contenu, Groupe TVA, et Xavier Brassard-Bédard, directeur général et rédacteur en chef, Information.

Colette Provencher et Pierre-Olivier Zappa attendaient cachés derrière une porte de lui faire une surprise.

Photo : Patrick Séguin

Colette Provencher et Pierre-Olivier Zappa attendaient cachés derrière une porte de lui faire une surprise.

Avec Marie-Soleil Quesnel, ambassadrice de la Fondation Charles-Bruneau.

Photo : Patrick Séguin

Avec Marie-Soleil Quesnel, ambassadrice de la Fondation Charles-Bruneau.

Au fil des ans, Mario Dumont et lui ont tissé une amitié solide. Lui aussi l’attendait caché derrière une porte.

Photo : Patrick Séguin

Au fil des ans, Mario Dumont et lui ont tissé une amitié solide. Lui aussi l’attendait caché derrière une porte.

Ses collègues au studio de nouvelles l’ont accueilli par une grande ovation.

Photo : Patrick Séguin

Ses collègues au studio de nouvelles l’ont accueilli par une grande ovation.

Georges Pothier lui serre la main dans un torrent d’applaudissements.

Photo : Patrick Séguin

Georges Pothier lui serre la main dans un torrent d’applaudissements.

Le dernier sprint en ondes s’est amorcé avec Gino Chouinard, à Salut Bonjour.

Photo : Patrick Séguin

Le dernier sprint en ondes s’est amorcé avec Gino Chouinard, à Salut Bonjour.

Puis il a fait un saut sur le plateau de Le Québec Matin à LCN avec Marie-Anne Lapierre et Jean-François Guérin.

Photo : Patrick Séguin

Puis il a fait un saut sur le plateau de Le Québec Matin à LCN avec Marie-Anne Lapierre et Jean-François Guérin.

Colette Provencher a rendu un vibrant hommage en ondes à son collègue depuis plus de 40 ans.

Photo : Dominic Gouin

Colette Provencher a rendu un vibrant hommage en ondes à son collègue depuis plus de 40 ans.

Dave Morissette a eu de bons mots bien sentis pour le chef d’antenne avec qui il a eu l’honneur de travailler.

Photo : Dominic Gouin

Dave Morissette a eu de bons mots bien sentis pour le chef d’antenne avec qui il a eu l’honneur de travailler.

Avec le porte-parole de la fondation Charles-Bruneau Paul Doucet et l’ambassadrice Florence Breton.

Photo : Dominic Gouin

Avec le porte-parole de la fondation Charles-Bruneau Paul Doucet et l’ambassadrice Florence Breton.

Paul Larocque avec le pilier de l’information, quelques instants avant que celui-ci close son dernier bulletin.

Photo : Dominic Gouin

Paul Larocque avec le pilier de l’information, quelques instants avant que celui-ci close son dernier bulletin.

Pierre Bruneau a remis une lettre à Sophie Thibault, qui lui succédera au bulletin de 17 h.

Photo : Dominic Gouin

Pierre Bruneau a remis une lettre à Sophie Thibault, qui lui succédera au bulletin de 17 h.

Avec Patrice Bélanger, lors de son passage à l’émission Sucré salé.

Photo : Patrick Séguin

Avec Patrice Bélanger, lors de son passage à l’émission Sucré salé.

Pierre-Olivier Zappa, qui prendra le relais du bulletin de 22 h, avait préparé un petit quiz humoristique.

Photo : Dominic Gouin

Pierre-Olivier Zappa, qui prendra le relais du bulletin de 22 h, avait préparé un petit quiz humoristique.

Sereins malgré le tourbillon d’émotions.

Photo : Dominic Gouin

Sereins malgré le tourbillon d’émotions.

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