Le mystère de la tête réduite de Géorgie | 7 Jours
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Le mystère de la tête réduite de Géorgie

Image principale de l'article Le mystère de la tête réduite de Géorgie
Mercer University - Adam Kiefer

 

En 2018, la finalisation d’une nouvelle installation scientifique à l’Université Mercer, en Géorgie, a attiré l’attention de Craig Byron sur une tête réduite. Ce professeur de biologie supervisait le catalogage et le déplacement des éléments entreposés. 

La tête, qui mesure environ 12 cm de haut, était connue pour provenir de l’Équateur. Elle avait été donnée, en 1942, par James Ostelle Harrison – un ancien professeur de l’établissement, maintenant décédé –, qui l’avait acquise en échange d’un couteau de poche et de pièces de monnaie lors d’un voyage dans ce pays. 

Si aucun document n'attestait son authenticité, elle a rapidement été identifiée comme des restes humains potentiels et un artéfact culturel important. 

«C’était l’époque d’Indiana Jones, bien longtemps avant qu’on mette en place des règles visant à stopper le trafic d’artéfacts et de restes humains, explique Adam Kiefer, chimiste à l’Université Mercer, qui a produit une étude sur ce vestige avec une équipe de l’université. Près de 80 ans plus tard, nous reconnaissons sa valeur culturelle», ajoute-t-il.

Trophée de guerrier

Cette tête, qui porte le nom de tsantsa, est un trophée de guerre chez les Shuars, un peuple semi-nomade de la forêt amazonienne. Elle est destinée à piéger l’esprit de l’ennemi et à donner du pouvoir à son tueur. 

Il y a peut-être 100 ans, après qu’un guerrier shuar a tué un ennemi, il lui a coupé la tête, qui a ensuite été réduite selon des rituels ancestraux pour en faire une tsantsa.

Cette vraie tête humaine réduite a été utilisée en tant qu’accessoire dans un film.

New Line Cinema

Cette vraie tête humaine réduite a été utilisée en tant qu’accessoire dans un film.

Exposée dans le musée du campus pendant des décennies, la tsantsa a été prêtée comme accessoire pour le film Wise Blood (1979), avant d’être entreposée dans les années 1980. Comme il existait, au XIXe siècle, une demande commerciale pour les tsantsas en tant que curiosités, certains modèles ont été conçus sans rituel, parfois même avec des têtes de singes. 

Pour confirmer son authenticité, l’équipe de l’Université Mercer a notamment utilisé des techniques d’imagerie afin de vérifier une longue liste de critères. Leur étude a démontré que la tête était bel et bien humaine et qu’elle avait été réduite spécifiquement pour et selon un usage cérémoniel il y a plus de 80 ans. 

«Ce n’est pas une bizarrerie. C’est le corps de quelqu’un, c’est la culture de quelqu’un, et ce n’est pas la nôtre», a déclaré Adam Kiefer, un des coauteurs de l’étude.

Une tâche laborieuse

La création d’une tsantsa traditionnelle peut prendre près d’une semaine, surtout si la tête doit être rapportée d’un périple guerrier dans la jungle. 

Elle commence par le retrait de la tête du corps d’un adversaire mort, «aussi près que possible des épaules», ont décrit les chercheurs. Puis, la peau et le cuir chevelu sont détachés du crâne à l’aide de bambous aiguisés, de coquillages et de lames de silex. Ils sont ensuite reconstitués en forme de tête, avec plusieurs étapes de trempage, de mijotage, de chauffage et de fumage. 

Le biologiste et anthropologue Craig Byron, durant son examen de la tsantsa.

Mercer University

Le biologiste et anthropologue Craig Byron, durant son examen de la tsantsa.

Les yeux et les lèvres sont cousus sur la nouvelle tête avec des fibres végétales. Une à une, des pierres chauffées sont ensuite insérées par le cou, puis le vide entre les pierres est comblé avec du sable. Enfin, on frotte du charbon sur le visage afin de pouvoir modeler la peau, avant d’accrocher la tsantsa au-dessus d’un feu pour la solidifier. 

Le crâne est, quant à lui, jeté à la rivière en tant que présent à une divinité, le dieu Anaconda.

Une fois le processus terminé, la tête n’est «pas plus grosse qu’un poing humain adulte», expliquent les scientifiques dans la revue Heritage Science.

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