Une dernière tournée après 35 ans de carrière pour Lise Dion | 7 Jours
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Une dernière tournée après 35 ans de carrière pour Lise Dion

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Photo : Karine Lévesque / TVA Publications

Même si elle a annoncé que le spectacle qu’elle présente en ce moment, le quatrième de sa carrière, sera son dernier, n’allez pas croire que Lise Dion est à la retraite! «Les gens pensent que je lâche tout maintenant, mais ce n’est pas vrai, il me reste un peu plus de 120 spectacles à faire. La tournée devrait s’arrêter en décembre 2023, ensuite il y aura d’autres projets», rassure-t-elle. Cela dit, on comprend à ses propos que l’humoriste ressent un grand besoin d’adopter un autre rythme de vie et d’avoir plus de temps pour elle.

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Lise, qu’est-ce qui t’a amenée à révéler que ton spectacle actuel serait ton dernier et que tu passerais à autre chose ensuite?
Je devais prendre ma retraite de spectacles en décembre 2021, mais, à cause de la pandémie, on a dû reporter environ un an et demi de spectacles. J’ai 66 ans et si j’écrivais un autre spectacle après celui-là, ça voudrait dire que je remonterais sur scène à 69 ans. Je travaille depuis l’âge de 13 ans; j’ai envie de goûter à tout ce pour quoi j’ai travaillé dans ma vie; tu sais, je n’ai pas envie d’être malade quand je vais arrêter. 

As-tu l’impression qu’il y a une urgence chez toi à profiter de la vie?
Le décès de Guy Lafleur m’a donné un choc. Je savais qu’il avait un cancer du poumon, mais quand même, c’était un athlète et il avait 70 ans. Moi, 70 ans, c’est dans quatre ans! Je ne dis pas que je vais avoir un cancer, mais parfois, j’ai l’impression de faire du slalom entre les cancers tellement il y en a autour de nous. Les gens meurent de plus en plus jeunes, c’est apeurant! Chaque fois que je vais chez le médecin et qu’elle me dit que tout est beau, je braille! Je me dis que je suis chanceuse, que j’ai une bonne constitution. J’ai perdu trop de monde à cause du cancer. Ça me fait peur. 

Donc, comme bien d’autres femmes, tu fais de l’angoisse rien qu’à l’idée d’aller voir ton médecin...
Oui. Et je peux te dire que, lorsque je reçois la lettre dans laquelle on me dit que tout est correct pour ma mammographie, je pleure aussi chaque fois. Tu sais, j’ai déjà eu un début de cancer à 27 ans, alors je vois ça un peu comme si la bibitte dormait et qu’un jour elle allait peut-être se réveiller. Je veux profiter de la vie. J’aimerais ça, commencer à voyager un peu. Je fais ce métier depuis 35 ans et j’ai toujours été disciplinée. Je me disais toujours que je ne pouvais pas faire telle chose parce que ça empiéterait sur les shows ou parce que je ne serais pas assez en forme ensuite pour monter sur scène. C’est pourquoi, aujourd’hui, j’aimerais prendre du bon temps. À la fin de ma tournée, je ferai une petite pause d’un an. Après ça, même si je ne ferai plus de tournées de spectacles, je continuerai ma carrière dans le show-business, parce que plein de projets se présentent actuellement à moi.

Y a-t-il des choses concrètes dont tu peux nous parler?

Photo : Karine Lévesque / TVA Publications

Non, à part la série sur ma mère (inspiré de son livre Le secret du coffre bleu), qui est en développement. Sinon, je ne prends rien d’autre pour l’instant parce que je suis un peu fatiguée. Je garde mon énergie pour les spectacles: j’en fais trois par semaine. Trois shows par semaine, et tu donnes tout, tout le temps. Tu sais, tu ne peux pas te dire que tu vas te ménager le jeudi soir parce que tu sais qu’il te reste les shows de vendredi et de samedi à présenter.

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Te sens-tu coupable envers ton public de devoir ralentir la cadence?
Non. Je ne pense pas que je doive filer mal parce que je veux ralentir. Les shows sur scène, c’est très physique. C’est sûr que je vais rester dans le métier, mais en faisant autre chose. Ce n’est pas une fausse sortie. Ce n’est pas du tout du genre: «Je fais mes adieux et je vais revenir...» Pendant la pandémie, j’ai goûté un peu à la préretraite. Même si on n’avait le droit de voir personne, je ne me suis pas ennuyée du tout! J’ai lu, j’ai appris des choses, j’ai étudié comment écrire un scénario, j’ai écrit, j’ai fait de la recherche. Et j’ai adoré faire ça! Comme je l’avais fait pour le livre de ma mère. Si je tombe à la retraite un jour, c’est sûr que je ne serai pas inactive. Je parlais de recherche: j’en ai fait avec une amie pour écrire sa biographie; j’ai tellement aimé ça que je pense à me diriger là-dedans. 

C’est intéressant! As-tu d’autres projets d’écriture?
J’ai un projet de roman, mais je ne veux pas trop en parler. Je ne veux pas me retrouver avec un deadline et ensuite ne pas être contente de mon livre parce que je n’aurai pas eu autant de temps qu’il en aurait fallu pour l’écrire. Le livre de ma mère, j’ai eu du temps pour l’écrire à mon goût et j’en suis fière. Mais pour le deuxième livre que j’ai écrit, j’ai été un peu coincée dans le temps. J’aurais aimé l’écrire un peu différemment. Alors je ne veux pas trop insister sur le fait que j’ai une idée de roman, parce que je veux y aller à mon rythme. Ça va être de la fiction, de la romance pure.

Tu veux donc avoir la liberté de faire ce que tu veux quand tu le veux!
Oui! Quand je serai à la retraite, si un jour j’ai le goût de prendre mon auto et de monter au Lac-Saint-Jean et une autre journée d’aller en Gaspésie, je vais le faire. Je vais profiter du moment. Aujourd’hui, j’apprécie beaucoup tout ce que je vis, et chaque soir, je dis merci à mon public de m’avoir fait vivre, depuis 35 ans, des affaires que je ne pensais jamais vivre. Écoute, ils m’ont tellement gâtée, suivie et encouragée! Je racontais au public qu’au début, ça n’avait pas été facile. Les producteurs ne s’étaient pas vraiment intéressés à moi. Ça a pris du temps avant que ça marche: 10 ans! Et c’est le public qui m’a choisie. Il n’y a personne d’autre que lui qui a décidé que moi, Lise Dion, j’allais vendre des billets et faire quatre tournées de spectacles. C’est le public qui a décidé ça en me disant de ne pas m’en aller et que je devais écrire un autre show, puis encore un autre. Le public a tout le temps été là, et j’aimerais plus tard me promener en région et prendre le temps de jaser avec lui, au lieu d’être dans une chambre d’hôtel et d’attendre que ce soit le temps d’aller faire mon show. J’ai simplement envie de voir des coins de pays: aller en Abitibi, par exemple, aller dans des petits cafés et parler avec les gens. Là, je vais un peu partout dans le cadre de ma tournée, mais je n’ai pas le temps de voir les gens longtemps; et je ne peux pas signer d’autographes à cause de la covid. 

Comme tu as consacré beaucoup de temps à ta carrière, as-tu l’impression d’être passée à côté de bien des choses?

Photo : Karine Lévesque / TVA Publications

Il n’y a pas de choses que je souhaite réaliser avant de mourir. Je n’avais jamais pensé que ma vie allait être comme ça. Alors ma bucket list, elle est remplie. Je n’ai pas de grandes espérances, à part le projet de ma mère que je veux voir adapté à l’écran. Pour ce qui est du reste, je dirais que je ne suis pas passée à côté de bien des choses. C’est sûr que les enfants m’ont manqué un peu parce que j’étais souvent en spectacle ou à l’hôtel; et j’ai dû régler, entre autres choses, les peines d’amour au téléphone. Mais en même temps, les enfants sont très proches de moi, maintenant, ce sont des amis. Quand je les regarde aller, je ne pense pas qu’il y ait eu un manque. De toute façon, ils me le diraient si c’était le cas. Par contre, je trouve que je n’entretiens pas assez mes amitiés. Il y a des coucous, des petits messages, des FaceTime, mais j’aimerais avoir plus souvent l’occasion de prendre mon auto pour aller voir une amie, et pas nécessairement attendre de la voir quand elle viendra assister à l’un de mes spectacles. À un moment donné, si tu n’appelles plus personne, si tu ne vois personne, tes amies vont se dire que tu ne veux rien savoir d’elles! Et quand elles me téléphonent, elles me demandent si elles me dérangent, si je dormais... Au fond, j’aimerais juste voir mon monde et profiter de la nature, moi qui suis une grande contemplative. Quand je dois présenter un spectacle, il faut que je dorme l’après-midi et je dois surveiller ce que je mange avant de monter sur scène, parce que je ne digère plus comme avant. Ça commence à être compliqué d’avoir 66 ans! (rires) Comme je le disais précédemment, pendant la pandémie, j’ai réalisé que je ne m’ennuierai pas à la retraite. Je sais que j’aurai quand même des projets, mais ils seront moins exigeants physiquement. Si je fais de l’exercice, ce sera pour moi et parce que je voudrai rester en forme. 

Quand tu repenses à tout ce que tu as fait durant ta carrière, quel bilan en fais-tu?
Quelqu’un m’a demandé récemment s’il m’arrivait de m’asseoir dans mon bureau pour regarder mes trophées et mes plaques. Je lui ai répondu que non. D’abord, quand j’écris, je m’installe dans la cuisine parce que j’aime regarder l’eau par la fenêtre; en fait, mon bureau est à l’étage, mais je n’y vais jamais. Récemment, je suis allée dans mon bureau et j’ai regardé toutes les récompenses qui sont là... Sais-tu l’effet que ça m’a fait? Ça m’a aidée à me dire qu’il était temps que j’arrête un peu. Je pense que c’est normal que je sois un peu fatiguée et que je veuille en profiter. Les gens ont compris ça. Si j’invitais des gens à venir faire trois shows par semaine, je pense qu’il y en aurait quelques-uns qui auraient la langue à terre. Quand je fais trois shows dans une semaine, tu devrais me voir le dimanche! J’ai l’air d’un cellulaire qui n’a même plus de barre rouge! (rires)

Si on pense à tes débuts et qu’on regarde les filles qui font de l’humour aujourd’hui, on peut dire qu’on est rendus ailleurs sur le plan de la diversité corporelle...
Mets-en! Et je trouve que les filles sont encore en train de défricher le terrain, parce que ce n’est toujours pas facile de faire passer ça, d’être à l’aise avec son corps et de montrer une confiance en soi que même les filles minces n’ont pas. Je trouve ça parfait qu’elles osent le faire, mais ce n’est pas encore gagné. Les filles s’en viennent bien: il commence à y avoir plus de filles en humour, et on en parle plus. Comme disait Charlebois: «Y en aura d’autres, plus jeunes, plus fous» que moi qui vont venir. Et c’est bien correct, c’est la vie. 

Sinon, comment vont tes enfants?
Ils vont bien. Claudie a maintenant 43 ans et elle est chef de département en psychiatrie. Hugo a 41 ans et il travaille en informatique; il fait des sites Web. 

Il y a quelques années, tu racontais dans une entrevue que tu étais à la recherche de l’amour... Est-ce que tu l’as finalement trouvé?
Ben non! J’ai beaucoup d’amis de gars, mais je ne suis pas en couple, et j’ai hâte. Mais je suis bien heureuse.

As-tu peur de vieillir seule?
Parfois, je regarde ma peau plissée et je me dis qu’il faudrait que j’en trouve un avant qu’elle se mette à plisser plus que ça. (rires) Ça ne se commande pas. Mais sinon, je suis vraiment heureuse. Et si en ce moment j’avais un chum, on serait obligés de regarder nos horaires pour arriver à se voir. Ce n’est pas le fun. Comment veux-tu entretenir une relation de cette façon? Tu vois, j’ai des shows à l’horaire toutes les fins de semaine jusqu’en juillet.

Comme tu es une personnalité connue, la grosse question est de savoir si une personne s’intéresse à toi pour la femme qui est derrière l’artiste...
Oui. Quand un homme s’intéresse à moi, il y a toujours une part de lui qui me regarde comme si j’étais sur scène, qui pense que je suis comme celle qu’il voit sur scène. Dans la vie, je ne suis pas une fille qui rit des gars et qui les magane en s’adressant tout le temps à eux en faisant des jokes. Je suis une fille de couple, qui va préparer son dîner, son souper, qui va discuter avec lui et parler de toutes sortes de choses. C’est sûr que mon métier fait un peu peur aux gars. Il faut qu’ils me rencontrent quelques fois pour voir quel genre de femme je suis. Je ne suis pas une femme autoritaire qui est capable de mener sa barque toute seule et qui n’a besoin de personne. Ce n’est pas moi, ça, mais je sais que c’est ce que je dégage sur scène. De toute façon, j’aimerais mieux rencontrer un homme quand j’aurai le temps de donner du temps à l’amour, parce que là, je n’en ai vraiment pas.  

Plus de 225 000 billets ont été vendus pour la tournée de son spectacle Chu rendue là qui sera la dernière de sa carrière. C’est la quatrième fois d’affilée que Lise atteint ce prestigieux plateau. Pour toutes les dates de spectacles de Lise Dion: lisedion.com.

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