Sophie Thibault revient sur ses 20 ans comme cheffe d’antenne | 7 Jours
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Sophie Thibault revient sur ses 20 ans comme cheffe d’antenne

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Photo : Dominic Gouin / TVA Publications

Lorsque, il y a 20 ans, Sophie Thibault a été nommée cheffe d’antenne du bulletin de nouvelles de 22 h au réseau TVA, le milieu et le grand public ne pouvaient que se réjouir de cette grande première. En effet, jamais auparavant au Québec, voire en Amérique du Nord, une femme n’avait assumé ce poste seule. Rencontre avec une personnalité qui a contribué à écrire l’histoire.

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Sophie, il y a 20 ans, on vous confiait le poste de cheffe d’antenne des informations de fin de soirée. Quel engouement cette nomination avait créé!

Photo : Daniel Auclair / TVA Publications

C’est vrai. J’avais même reçu un bouquet de fleurs du syndicat des femmes journalistes de Radio-Canada. J’ai animé mon premier bulletin le 27 mai 2002. C’était même une première en Amérique du Nord. Nous l’avions appris grâce à un article publié dans Le Journal de Montréal. Catherine Cano, qui avait fait une maîtrise aux États-Unis, avait écrit un article sur la perspective féminine dans les téléjournaux. Elle avait fait le tour des stations privées et publiques nord-américaines et avait découvert qu’en 2002, c’était inédit qu’une femme soit seule à la barre d’un bulletin de nouvelles à heure de grande écoute. 

Bien humblement, avez-vous le sentiment d’avoir contribué à faire changer les choses?

Photo : Dominic Gouin / TVA Publications


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C’est difficile à dire... Une jeune femme m’a écrit récemment que je suis son modèle depuis qu’elle est haute comme trois pommes. Elle veut devenir cheffe d’antenne et souhaite que je fasse un peu de mentorat avec elle. Alors oui, j’imagine qu’il y a des jeunes femmes chez qui ça a frappé l’imaginaire. 

Quand on y pense, nous partons de loin!

Avec Céline Galipeau, en 2008. La reporter  a succédé à Bernard Derome à la barre du bulletin de nouvelles de Radio-Canada, en janvier 2009.

Photo : Fréderic Auclair / TVA Publications

Avec Céline Galipeau, en 2008. La reporter a succédé à Bernard Derome à la barre du bulletin de nouvelles de Radio-Canada, en janvier 2009.

Ç’a été long, mais aujourd’hui, il y a des femmes partout, dans tous les réseaux de nouvelles en continu. Je dirais que 90 % des journalistes dans nos stations situées à l’extérieur de Montréal sont des femmes. Une vague a déferlé. C’est vrai qu’on part de loin. C’était en 2002, mais trois ou quatre ans avant, ce n’était pas envisageable. Je me rappelle avoir croisé Jean-Marc Léger (de la firme Léger) dans les couloirs de TVA. Il m’avait parlé de sondages selon lesquels le public ne se montrait pas encore favorable à l’idée d’une femme chef d’antenne... Les gens voulaient de l’assurance, de la crédibilité, de la rigueur. Pour eux, les hommes représentaient tout cela. C’était une chasse gardée. Il a fallu Philippe Lapointe (en 2002, il était à la direction de l’information et de la programmation) pour changer les choses. Il m’a toujours dit avoir choisi le meilleur candidat, peu importe que ce soit un homme ou une femme. Alors malgré moi, j’ai défoncé un certain plafond de verre. Cela a eu valeur de symbole pour beaucoup de gens, pour beaucoup de femmes.

En 2004, elle remportait le MetroStar de meilleure animatrice de bulletin de nouvelles.

Photo : Pascale Lévesque / TVA Publications

En 2004, elle remportait le MetroStar de meilleure animatrice de bulletin de nouvelles.

Photo : Julien Faugère / TVA Publications


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Avez-vous senti de la résistance? Vous a-t-on fait part de commentaires désobligeants?
J’ai entendu un commentaire désobligeant d’un animateur de radio macho que je ne nommerai pas. Il suggérait que j’avais été nommée parce que je suis une femme... Je m’en souviens encore! (rires) Sinon, cette nomination avait vraiment créé une belle vague. 

On parle de vos 20 ans comme cheffe d’antenne, mais il y a plusieurs autres années en amont...
Oui, je suis à TVA depuis 34 ans. J’y suis arrivée en 1988. J’ai fait mon premier bulletin en 1990, en pleine crise d’Oka. 

Quels sont les événements les plus marquants que vous ayez eu à présenter au public?

Photo : Agence QMI, Martin Alarie

Le plus récent, c’est en lien avec le départ de Guy Lafleur. C’était une circonstance particulière, car Pierre (Bruneau) était indisposé. J’ai dû le remplacer au pied levé. C’était une première, car il s’est toujours chargé des émissions spéciales. C’était la première fois que j’étais en ondes pendant quatre heures pour la chapelle ardente, puis pendant cinq heures lors des funérailles nationales. Plus tard, quand je vais me bercer sur mon balcon, je me souviendrai de cette semaine unique... En plus, c’était mon anniversaire. Je ramassais les feuilles dans mon jardin quand mon patron m’a appelée pour m’annoncer que Pierre n’était pas disponible... Le soir même, j’avais un souper surprise. En général, on met une semaine ou deux à se préparer; j’ai eu quatre heures! C’est dans ces moments-là que je réalise qu’avoir 34 ans d’expérience, ça sert à quelque chose... 

Avec son collègue Pierre Bruneau.

Photo : Pascale Lévesque / TVA Publications

Avec son collègue Pierre Bruneau.


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Et parmi les autres événements?

Le 11 septembre 2001, mais aussi les récentes funérailles de Guy Lafleur ont été des événements marquants. «J’ai dû remplacer Pierre (Bruneau) au pied levé. C’était une première, car il s’est toujours chargé des émissions spéciales. En général, on met une semaine ou deux à se préparer; j’ai eu quatre heures!»

Photo : Shutterstock

Le 11 septembre 2001, mais aussi les récentes funérailles de Guy Lafleur ont été des événements marquants. «J’ai dû remplacer Pierre (Bruneau) au pied levé. C’était une première, car il s’est toujours chargé des émissions spéciales. En général, on met une semaine ou deux à se préparer; j’ai eu quatre heures!»

Il y a eu, bien sûr, le 11 septembre. La guerre en Ukraine est aussi un de ces événements. Lorsque la Russie a déclaré la guerre, j’étais au bulletin de 22 h. Nous étions à 15 minutes du début du bulletin de nouvelles et nous en avons modifié le contenu à la dernière minute. Même chose en ce qui a trait à la guerre en Irak, en 2003. C’est moi qui étais au bulletin de nouvelles. Dans le temps, c’était pire: nous n’avions pas Internet. Aujourd’hui, nous sommes rarement pris au dépourvu. 

Le métier a-t-il beaucoup évolué depuis vos débuts?

Photo : Dominic Gouin / TVA Publications

Au début de ma carrière, nous avions des télésouffleurs qui roulaient et des machines à écrire. Je n’en reviens pas quand j’y pense! (rires) Nous étions sur téléavertisseur, un appareil qui a complètement disparu. Je suis geek, j’adore la techno, ça m’aide beaucoup dans mon travail, mais aussi en photo. Ce qui est aussi notable, ce sont les réseaux sociaux. La proximité avec le public est plus grande que jamais. 

Développe-t-on une certaine dépendance à l’adrénaline?
Tout à fait. On est comme des dépendants, car quand on arrive aux vacances, on sent un relâchement, comme si l’adrénaline retombait. Souvent, je tombe malade. Ça me prend un certain temps avant de m’adapter à la vie, au moment présent. Chaque fois que les vacances se terminent, j’ai hâte d’être en ondes. J’ai hâte de retrouver le public et ma gang. 

Vous est-il arrivé d’être émue?
Plus le temps passe et plus ça m’arrive. Je pensais que ma carapace allait épaissir avec le temps, mais elle diminue... Les cas d’enfants malades, de familles qui en arrachent, les animaux maltraités me touchent. On aborde des situations si dramatiques! Je me souviens de mon collègue Paul Larocque, qui avait dû annoncer la mort de son grand ami, Jean Lapierre. Ça suscite l’admiration. Quand la lumière allume, on n’est plus tout à fait nous-mêmes. On enfile notre costume de cheffe d’antenne, tout en conservant notre sensibilité. 

Ces 20 dernières années, vous avez aussi vécu de grands événements dans votre vie personnelle?
Oui, il y a eu la perte de ma mère, en 2008, et celle mon père, en 2006. Ç’a été difficile... Je viens de perdre ma maman d’adoption, Mona, que je connaissais depuis 25 ou 30 ans. Je l’avais connue dans un club de tennis. Une vraie maman, avec un cœur incroyable! Je l’avais invitée à un Gala Artis. Nous l’avons perdue soudainement, en mars dernier. Un AVC, un truc massif. Elle est tombée dans sa salle de bains. Au moins, elle n’a pas souf­fert, mais c’est dur pour l’entourage. 

Dans les studios de TVA, en 2008.

Photo : Frederic Auclair / TVA Publications

Dans les studios de TVA, en 2008.

Vous vous êtes également rapprochée de la nature...
Oui. Après avoir vécu 17 ans à Lachine, je suis partie sur la Rive-Sud pour me rapprocher du parc national. C’est le bonheur total! Il y a plus de 250 espèces d’oiseaux dans ma cour... C’est sans compter les cerfs de Virginie, les ratons laveurs, les marmottes, les lapins. C’est formidable! La nature nourrit ma passion pour la photo. C’est un havre de paix extra­ordinaire, tout près de Montréal. Cela m’a procuré une grande qualité de vie. Je n’ai plus de chalet, je ne vais plus en Floride,
ça simplifie ma vie... 

Avez-vous des plans pour votre été?
J’irai à l’île d’Anticosti pour faire de la photo animalière et photographier des paysages. Je compte aussi visiter des amis français près de Chamonix, où je passerai quelques jours. Sinon je compte profiter de ma cour... (sourire) 

Sophie Thibault anime le bulletin de nouvelles de 22 h au réseau TVA. On peut voir ses magnifiques photos sur sa page Facebook.

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