À la découverte de la Vallée de l’aube | 7 Jours
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À la découverte de la Vallée de l’aube

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Vale Do Amanhecer, ou Vallée de l’aube en français, est un mouvement spirituel et religieux qui combine une croyance en la vie extraterrestre et le voyage intergalactique avec des pratiques et des symboles du christianisme, de l’hindouisme, du judaïsme et de civilisations anciennes comme celles des mayas, des incas et de l’Égypte antique.

Cette communauté compterait 800 000 fidèles, dont quelque 140 000 membre officiellement enregistrés, et plus de 700 temples dans le monde, du Brésil au Portugal en passant par l’Allemagne, le Japon et les États-Unis.

Située à moins de 50 km de Brasilia, la capitale brésilienne, la Vallée de l’aube est à la fois une petite ville et une sorte de complexe religieux aux apparences de parc d’attractions coloré qui comprend notamment un sanctuaire en forme de vaisseau spatial, une pyramide, un centre de prière en forme d’étoile à six branches aux abords d’un lac ainsi que divers monuments aux allures quelque peu incongrues pour le commun des mortels.

Fondé en 1964, le complexe de Vale do Amanhecer se situe dans la ville de Planaltina, à quelque 50 km de Brasilia, la capitale du Brésil.

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Fondé en 1964, le complexe de Vale do Amanhecer se situe dans la ville de Planaltina, à quelque 50 km de Brasilia, la capitale du Brésil.

Les membres de Vale do Amanhecer se décrivent comme les dernières réincarnations des membres d’une tribu spirituelle nommés Jaguars, des descendants réincarnés d’extraterrestres envoyés par Dieu il y a quelque 32 000 ans pour accélérer le développement de l’évolution humaine, explique Kelly Hayes, professeure agrégée de théologie à l’Université de l’Indiana, qui étudie ce mouvement depuis 2012, dans un article qu’elle signe sur le site The Conversation. 

Selon la professeure, «la cosmologie de Vale do Amanhecer montre une remarquable variété d’influences dans un grand récit, dans lequel ses membres partagent une identité collective qui se développe dans le passé, le présent et l’avenir».

En activité 24 heures sur 24, 365 jours par année, le complexe de Vale do Amanhecer attire quotidiennement des centaines de personnes qui s’y rendent dans le but de trouver aide et remèdes spirituels. 

Les rituels qui s’y tiennent prennent plusieurs formes. Par exemple, afin d’expier les «péchés karmiques» des vies antérieures d’un fidèle, des médiums travaillent en paires. Un «médium de bienvenue» a pour mission d’intégrer physiquement un esprit, bénin ou mauvais, tandis qu’une autre médium aide le fidèle à le renvoyer vers le monde spirituel.

Les rituels de guérison peuvent prendre plusieurs formes dans le complexe de la Vallée de l’aube.

AFP via Getty Images

Les rituels de guérison peuvent prendre plusieurs formes dans le complexe de la Vallée de l’aube.

Un Québécois au pays de l’énergie cosmique

Le réalisateur québécois Didier Charette s’est rendu dans la Vallée de l’aube à l’automne 2018 afin de tourner les images du vidéoclip d’une chanson du musicien et chanteur Geoffroy. «C’est le quatrième clip que je faisais pour Geoffroy, mentionne Didier Charette en parlant de celui de la chanson When Everything is Gone. Geoffroy et moi sommes tous deux intéressés par les aventures spirituelles», précise-t-il. 

Pour vous donner une meilleure idée de ce que peut être ce genre d’aventure, sachez que leur première collaboration, pour le vidéoclip de Sleeping on My Own, documentait la rencontre, au Mexique, de Geoffroy avec un chamane qui lui a fait vivre une sorte de baptême.

Tombé sur la communauté de Vale do Amanhecer un peu par hasard grâce à un reportage sur Internet, Didier Charette est entré en contact avec ses membres sur leur site Web, et ceux-ci se sont immédiatement montrés accueillants et très ouverts à lui parler et à l’accueillir là-bas avec une équipe. 

Le réalisateur y a passé une semaine pour faire le clip, qu’il voulait proche du documentaire. Toutefois, ce que lui et son équipe ont vécu là-bas a quelque peu changé la donne.

«Mon but était d’essayer de comprendre et de représenter la relation entre les humains et les extraterrestres, dans leurs croyances à eux, affirme-t-il. Grosso modo, ces gens-là pensent être des extraterrestres dans des corps d’humains, en interaction constante avec l’au-delà, et qu’il y a des vaisseaux qui viennent “charger” la communauté en énergie. Et cette énergie est redistribuée à travers leurs rituels.» 

On comprend donc que dans la doctrine complexe de la communauté, les descendants des Jaguars sont «visités» par des vaisseaux extraterrestres.

Les adeptes de la doctrine de Vale do Amanhecer, comme ceux qu’on voit ici en train de faire un égoportrait, sont des gens ordinaires qui ont généralement un travail et une vie à l’extérieur de leurs croyances.

AFP via Getty Images

Les adeptes de la doctrine de Vale do Amanhecer, comme ceux qu’on voit ici en train de faire un égoportrait, sont des gens ordinaires qui ont généralement un travail et une vie à l’extérieur de leurs croyances.

Des extraterrestres à... Toutankhamon

Croyances et symboles pigés un peu partout, voyages intergalactiques, énergie cosmique... Pour Didier Charette comme pour le commun des mortels, tout ça flaire le mouvement sectaire. 

Et pourtant... «De l’extérieur, c’est facile de dire que ces gens sont dans une secte et qu’ils se font manipuler, et tout ce qui s’ensuit, dit-il. La vérité, c’est que la majorité travaille à l’extérieur, par exemple pour le gouvernement, à Brasilia, et qu’ils sont très “connectés”: ils ont Internet, des téléphones cellulaires...»

«Ils ne sont pas reclus, c’est un choix qu’ils font d’être là et d’avoir ces croyances. Et moi, j’admets que j’essayais de trouver "la faille", l’endroit où ils se faisaient manipuler, et je ne l’ai pas trouvée.»

Intrigué par ces histoires de médiums et de transfert d’énergie, j’ai demandé à Didier Charette de me parler un peu de ses rencontres dans la communauté. Il se remémore alors une discussion avec un médium: 

«Nous parlions simplement de culture, de politique ou d’autre chose aucunement en rapport avec la communauté quand, tout à coup, cette personne me dit: “Juste une minute, les vaisseaux arrivent”. Elle arrête de me parler, se retourne et regarde, vers le ciel, les vaisseaux qui viennent “répandre” l’énergie sur la communauté...» 

«Moi, je ne vois rien, bien sûr, mais ça me challenge dans mes croyances. Je me dis: “Est-ce que c’est moi qui ne vois rien? Ou serait-ce plutôt eux qui s’imaginent tout ça?”»

Des Nymphes prient lors du jour de l’Endoctrinement spirituel, la plus importante cérémonie annuelle de la communauté, qui a lieu tous les 1er mai.

AFP via Getty Images

Des Nymphes prient lors du jour de l’Endoctrinement spirituel, la plus importante cérémonie annuelle de la communauté, qui a lieu tous les 1er mai.

Dans le vidéoclip de Didier Charette, on voit des extraits d’entrevues qu’il a menées sur place. Déjà que je trouvais ces extraits aussi intéressants que dérangeants, le réalisateur m’a carrément laissé bouche bée en me racontant ce qui suit. Ceci illustre bien à quel point il a pu se questionner quant à son ouverture d’esprit: 

«Dans le cadre de mes entrevues, j’ai rencontré une personne qui m’a dit qu’elle était la réincarnation de Cléopâtre, dit-il. Et j’ai aussi rencontré Toutankhamon, renchérit-il, stoïque. Mon équipe, entièrement brésilienne – elle comprenait un traducteur, car les entrevues se déroulaient en portugais –, avait beaucoup de mal à ne pas rire en entendant ça, ajoute-t-il aussitôt.»

«N’empêche, à la fin du tournage, tout le monde avait fini par changer son fusil d’épaule et n’était plus aussi sceptique.»

Phénomène naturel ou manipulation?

À son arrivée à Vale do Amanhecer, quelqu’un lui avait dit: «Tu vas voir, après trois jours ici, tu vas comprendre.» À sa troisième nuit dans la communauté, Didier Charette a vécu «quelque chose qu’il n’avait jamais vécu avant». 

Couché tard en raison d’un horaire chargé et réveillé après seulement 30 minutes de sommeil, il se sent bizarrement rempli d’énergie, au point où il se lève et sort pour marcher, étrangement euphorique, avec la sensation d’avoir compris le sens de la vie. 

«On dirait que j’ai compris pourquoi je faisais ça et pourquoi j’étais là, se souvient-il. Quand je suis revenu, j’ai raconté tout ça à mon caméraman, qui était éveillé, et lui aussi m’a dit avoir ressenti de l’énergie. Je ne sais pas s’il y a, à Vale do Amanhecer, un phénomène énergétique naturel ou s’il y a une manipulation de “leur” part derrière ça.»

«En vérité, il aurait été difficile pour eux de me manipuler, étant donné que tout se passe en portugais là-bas et que je ne pouvais pas tout comprendre», conclut le réalisateur.

Tia Neiva (tante Neiva), Neiva Seixas Chaves de son vrai nom, la fondatrice du mouvement.

Archives Vale do Amanhecer

Tia Neiva (tante Neiva), Neiva Seixas Chaves de son vrai nom, la fondatrice du mouvement.

Tante Neiva, la fondatrice

Vale do Amanhecer a été fondé par Tia Neiva (Tante Neiva), Neiva Seixas Chaves de son vrai nom, en 1964. 

Pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses quatre enfants, Tia Neiva, fervente catholique et veuve, est devenue conductrice de camion – métier pour le moins inusité pour une femme à l’époque – dans l’immense chantier de ce qui allait devenir la capitale brésilienne à la fin des années 1950,.

C’est là qu’elle a commencé à être troublée par des visions et des prémonitions qui la mèneront plus tard à se reconnaître comme médium et à créer la Vallée de l’aube.

Tante Neiva était principalement guidée par un messager spirituel nommé père Flèche blanche (Pai Seta Branca), dont la dernière incarnation sur Terre aurait été sous les traits d’un chef indigène durant la colonisation des Andes par les Espagnols.

Des fidèles prient Pai Seta Branca (père Flèche blanche) dans le complexe de Vale do Amanhecer. C'est lui qui aurait guidé la fondatrice du mouvement. Représenté, aujourd'hui, comme un chef indigène sud-américain, il serait aussi la réincarnation de Saint-François d'Assise.

AFP via Getty Images

Des fidèles prient Pai Seta Branca (père Flèche blanche) dans le complexe de Vale do Amanhecer. C'est lui qui aurait guidé la fondatrice du mouvement. Représenté, aujourd'hui, comme un chef indigène sud-américain, il serait aussi la réincarnation de Saint-François d'Assise.

 

Après avoir fait la rencontre d’une autre médium, Maria de Oliveira ou Mère Neném (Mãe Neném), elle établira avec celle-ci un premier mouvement avant de créer en 1964 Social Works of the Spiritualist Christian Order (OSOEC), qu’on appelle aujourd’hui Vale do Amanhecer. 

En 1965, elle rencontre Mário Sassi, qui deviendra l’architecte de la religion, synthétisant les visions de Neiva et forgeant les fondements de la doctrine (la cosmologie) à partir des révélations qu’elle aurait, selon elle, reçues d’entités hautement évoluées provenant d’autres dimensions.

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