La «station spatiale» sous-marine | 7 Jours
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La «station spatiale» sous-marine

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Proteus Ocean Group

Fabien Cousteau, fils et petit-fils de grands océanographes, lui-même chercheur et à la tête de sa propre fondation, a lancé un projet d’exploration sous-marine d’une ampleur jamais vue auparavant. 

Fabien Cousteau

Carrie Vonderhaar

Fabien Cousteau

La Terre est recouverte à 70 % par ses océans. Pourtant, Fabien Cousteau, petit-fils du célèbre commandant, rappelle que d’après l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), seulement 5 % de ceux-ci ont été explorés. 

Il s’agit d’une des choses qu’il espère changer avec la construction de la base de recherche sous-marine la plus grande et la plus sophistiquée du monde.

Proteus, son projet d’habitat et de laboratoire modulaire de 370 m2, a été pensé comme une version sous-marine de la Station spatiale internationale (SSI). 

Une fois installé à quelque 18 m sous l’eau, au large de l’île de Curaçao, dans la mer des Caraïbes, l'habitat, capable d’accueillir 12 personnes, servira de plateforme collaborative pour des chercheurs, des agences gouvernementales et des entreprises privées de partout sur la planète, à l’image de la SSI. 

Comme la station spatiale, sur laquelle les vaisseaux spatiaux s’arriment, la base sous-marine sera dotée d’un sas permettant aux submersibles de s’y accrocher.

L’exploration spatiale attire plus d’attention et de financement que son pendant aquatique, ce que Cousteau espère également voir changer avec Proteus qui, à terme, deviendrait un réseau d’habitats pour la recherche sous-marine disséminés dans les différents océans de la planète. 

Pour l’aquanaute, les océans sont indispensables pour résoudre les plus grands problèmes de l’humanité. 

«L’exploration des océans est 1000 fois plus importante que l’exploration spatiale pour notre survie et notre trajectoire dans le futur, expliquait-il à CNN. Ils constituent notre système de protection de la vie. Ils sont, à la base, la raison même de notre existence.»

Modulable et confortable

Élaborée en collaboration avec le designer suisse Yves Béhar et son agence Fuseproject, la plateforme présente deux structures circulaires reliées par une rampe en spirale et repose sur des pieds adaptés à un fond marin variable. 

Proteus Ocean Group

Elle a aussi été conçue pour être modulable: des capsules s’accrocheront tout autour pour étendre ses fonctionnalités. Le designer industriel dit s’être notamment inspiré des hôtels capsulaires japonais et des polypes de coraux. 

Les capsules, qui feront d’abord office de laboratoires, de chambres à coucher, de salles de bains, de mini-hôpital, d’espaces de stockage, etc., pourront être détachées et remplacées pour s’adapter aux besoins spécifiques des utilisateurs au fil du temps. 

Les es­paces communs – salon, cuisine, espaces de travail – au cœur de Proteus ont été pensés pour être invitants et confortables, en plus d’être dotés de grandes baies vitrées pour laisser entrer la lumière naturelle. 

«Deux des défis les plus importants lorsqu’on demeure sous l’eau longtemps sont l’isolement social et le manque de lumière naturelle, précisent les concepteurs sur le site de Fuseproject. Les espaces centraux offriront un confort physique favorisant les liens sociaux et la collaboration professionnelle.» 

La station sera aussi pourvue d’un jardin hydroponique permettant de cultiver des légumes. Fabien Cousteau rappelle d’ailleurs que l’humain qui vit sous l’eau brûle trois fois plus de calories que sur terre.

Le plus grand avantage de la création d’une station telle que Proteus tient probablement au fait qu’un habitat sous-marin permet aux chercheurs d’effectuer des plongées jour et nuit et de collecter des données en continu, sans qu’il soit nécessaire de passer des heures en décompression. 

Et comme les astronautes, qui font de longs séjours à 400 km au-dessus de nos têtes, ils peuvent y passer des semaines. 

Si l'on a construit plusieurs plateformes sous-marines de dimensions modestes entre les années 1960 et 1980, il n’y en a qu’une seule qui est toujours fonctionnelle: Aquarius, un habitat de moins de 40 m2 qui se trouve dans le sanctuaire marin national des Keys de Floride. 

Fabien Cousteau y a fait un séjour d’un mois en 2014, et c’est là que lui est venue l’idée de Proteus.

Fabien Cousteau a gagné 2 ans dans ses recherches en passant un mois dans l’Aquarius en 2014. La plongée standard limite le temps passé chaque jour en eaux profondes à environ 2 ou 3 heures tandis que la plongée réalisée à partir d’un habitat sous-marin donne la possibilité d’y passer de 8 à 12 heures, un atout majeur pour la recherche.

National Oceanic and Atmospheric Administration

Fabien Cousteau a gagné 2 ans dans ses recherches en passant un mois dans l’Aquarius en 2014. La plongée standard limite le temps passé chaque jour en eaux profondes à environ 2 ou 3 heures tandis que la plongée réalisée à partir d’un habitat sous-marin donne la possibilité d’y passer de 8 à 12 heures, un atout majeur pour la recherche.

Pour le bien de l’humanité

«Les défis créés par les changements climatiques, la montée des eaux, les tempêtes extrêmes et les virus représentent un risque de plusieurs milliards de dollars pour l’économie mondiale», affirme l’explorateur de 53 ans. 

«Un réseau d’habitats sous-marins tel que nous l’envisageons pour Proteus est essentiel pour la recherche de solutions garantes de l’avenir de notre planète. Les connaissances qui seront acquises dans les fonds marins changeront pour toujours la façon dont les générations d’humains vivent à la surface.»

À la fine pointe de la technologie et alimen­tée par l’éner­gie solaire et ther­mique de l’océan, Proteus offrira notamment la possibilité de tester des technologies avancées touchant les énergies renouvelables, l’aquaculture et la robotique. 

Ses laboratoires permettront quant à eux d’étudier sur place les échantillons organiques recueillis, en évitant la dégradation causée par le voyage vers la surface, et de conduire des recherches pour la création de vaccins, d’antibiotiques ou de traitements contre des maladies comme le cancer.

Proteus abritera aussi une unité vidéo capable de produire et de diffuser en direct ainsi qu’en réalité virtuelle ou augmentée afin d’offrir la plus grande visibilité possible de ce qui se passera en son sein. 

«Imaginez découvrir quelque chose d’incroyable – que ce soit un médicament ou une espèce animale – et avoir la possibilité de le montrer dans des classes et dans des universités», dit Cousteau. 

«Notre mission, c’est de vulgariser la science complexe, en faire quelque chose que le commun des mortels pourra non seulement comprendre, mais aussi aimer.» 

Cette vocation rappelle celle de son grand-père, qui a consacré son existence à la démystification de la vie sous-marine. 

Qu’est-ce qu’un aquanaute?

Un aquanaute est un plongeur qui vit et qui travaille dans un habitat sous-marin assez longtemps pour que son corps entre en équilibre avec l’atmosphère surpressurisée de son système de soutien respiratoire. 

Une personne devient aquanaute après avoir passé au moins 24 heures en continu sous l’eau, sans retourner à la surface. Les aquanautes qui seront recrutés pour séjourner dans Proteus devront réussir un programme d’entraînement physique et mental très rigoureux, comparable à celui des astronautes. 

Pour avoir une idée de l’isolement et des défis physiques auxquels ils feront face, on n’a qu’à penser au fait qu’un retour d’urgence à la surface nécessitera 18 heures de décompression.

Fils et petit-fils d'explorteurs

Premier petit-fils de Jacques-Yves Cousteau, fils de Jean-Michel, Fabien passe une bonne partie de son enfance à bord de la célèbre Calypso, navire océanographique de son grand-père, et fait sa première plongée le jour de son 4e anniversaire. 

Diplômé de l’Université de Boston, Fabien Cousteau travaille trois ans en marketing avant de retourner en océanographie. 

Fabien avec Jacques-Yves Cousteau, son célèbre grand-père paternel.

Courtoisie Fabien Cousteau

Fabien avec Jacques-Yves Cousteau, son célèbre grand-père paternel.

Au début des années 2000, il crée un sous-marin de 14 pi, 1200 lb, baptisé Troy, et ressemblant à un requin pour étudier le grand requin blanc. Il peut ainsi filmer ce grand prédateur et tire un documentaire, Shark: Mind of a Demon, de ses quelque 170 heures de pellicule. 

En 2014, il effectue la plus longue expédition scientifique dans le laboratoire sous-marin Aquarius et explique avoir gagné deux ans sur ses recherches en un mois. 

En 2016, il crée le Fabien Cousteau Ocean Learning Center, une fondation qu’il voue à la protection et à la restauration des plans d’eau du monde et des habitats marins grâce à l’engagement communautaire et à l’éducation.

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