Les hippos de Pablo Escobar | 7 Jours
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Les hippos de Pablo Escobar

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Pablo Escobar aimait beaucoup les animaux. Il avait importé quantité de bêtes sauvages de partout sur la planète et les avait installées sur son domaine, l’Hacienda Nápoles, près de Medellín. Quand les autorités ont abattu le célèbre baron de la drogue, elles ont saisi sa propriété. La plupart des bêtes qui s’y trouvaient ont été réparties dans divers zoos, mais certaines, plus difficiles à capturer, se sont échappées et sont mortes.

Il y avait parmi ces animaux des hippopotames, qu’Escobar aimait particulièrement. Laissés à leur sort, ceux-ci se sont multipliés et certains se sont échappés de la propriété. Même s’il n’y a jamais eu d’hippopotames à l’état sauvage en Amérique du Sud, des recherches laissent croire qu’ils pourraient remplacer d’autres mégaherbivores du pléistocène (période s'étendant de 2,58 millions d'années à 11 700 ans avant nos jours) et représenter bénéfice pour les écosystèmes. 

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Le problème, c’est qu’ils n’ont pas de prédateurs naturels sur ce territoire. On croyait que les crocodiles pourraient s’en prendre à eux, mais ça ne s’est pas encore produit. Ils peuvent donc se reproduire librement.

Beaucoup d’inconvénients

La population augmente de façon exponentielle. S’ils étaient 4 en 1993, les hippos sont aujourd’hui près de 100. Ces bêtes se reproduisent plus rapidement que leurs cousines africaines: elles s’accouplent tous les 18 mois, contre deux ou trois ans en Afrique. 

Elles sont aussi plutôt agressives et terrorisent les pêcheurs. En Afrique, l’hippopotame est l’animal sauvage qui tue le plus d’humains.

Par ailleurs, on imagine aisément que d’aussi gros animaux rejettent d’importantes quantités d’excréments dans leur environnement. Selon des biologistes, en Afrique, les déjections d’hippopotames nourrissent les cours d’eau et agissent comme des fertilisants. Cependant, en Colombie, il semble que l’ajout d’azote et de phosphore dans le milieu aquatique étouffe les écosystèmes en favorisant la prolifération d’algues et de bactéries toxiques. 

Jonathan Shurin, de l’Université de Floride, a été chargé par National Geographic d’étudier les hippopotames d’Escobar. Il affirme que ces bêtes n’ont pas (encore) d’incidence négative sur les cours d’eau. 

«On les appelle des architectes d’écosystèmes, parce que leur activité transforme leur habitat, a dit M. Shurin à La Presse. Pour le moment, on ne voit pas beaucoup d’effets négatifs sur la qualité de l’eau, les tortues et le type de poissons dans les cours d’eau [...], mais on devrait en voir d’ici 10 à 20 ans.»

Quelques avantages

L’idée de ramener une faune préhistorique en Colombie plaît à beaucoup de gens. Elle permettrait de revenir à un environnement plus naturel, moins influencé par l’homme, et cela pourrait atténuer les effets du réchauffement climatique. 

Ces gens sont évidemment opposés à toute forme d’intervention contre les hippopotames. Certains affirment aussi que, en tuant des poissons, dont les cadavres se retrouvent sur les berges et nourrissent les charognards, les hippopotames participent au cycle alimentaire sauvage. 

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De plus, dans leurs déplacements, les hippopotames répandent également des graines sur leur chemin, ce qui favorise la régénération des écosystèmes. 

Il y a aussi un autre avantage qui, bien qu’il ne tienne pas compte de l’incidence environnementale des hippopotames, n’est pas à dédaigner pour le pays et ses commerçants d’un point de vue économique: ces bêtes attirent les touristes.

Une espèce invasive

Pour l’ensemble de leurs activités, les hippopotames constituent davantage un problème qu’une panacée pour le gouvernement colombien. 

D’abord, il y a une grosse part d’inconnu en ce qui concerne leur reproduction. Même s’ils ne sont actuellement «qu’une centaine» et qu’ils ne semblent pas tellement dangereux, ils pourraient être des milliers dans quelques années. 

Ensuite, comme ils n’ont pas de prédateurs naturels, la population ne serait pas naturellement contrôlée. Or l’hippopotame est aussi une espèce invasive qui risque, par sa seule présence, d’éliminer d’autres espèces.

Il a été question de castrer les mâles, mais cela s’est révélé impraticable, compte tenu de la taille et du comportement des bêtes, très difficiles à approcher. La capture est donc à oublier, d’autant plus que peu de zoos se sont montrés désireux d’accueillir un ou plusieurs individus.

Enfin, la possibilité de les euthanasier a, pour l’instant, été repoussée, car elle a soulevé la colère des environnementalistes et des amis de la faune. 

Un éventuel retour en Afrique, leur continent d’origine, n’est pas non plus une option parce qu’il y a un risque important que les hippopotames sud-américains apportent des virus et des parasites qui pourraient venir à bout des populations indigènes, déjà fragilisées. 

Au début de l’année, Luis Domingo Gomez, un militant des droits des animaux et candidat aux élections législatives de mars prochain, a proposé la création d'un sanctuaire financé par des fonds publics et privés. Cette proposition a toutefois été jugée coûteuse et nuisible à l’écosystème par les experts.

Après des mois d’hésitation, les autorités colombiennes ont récemment déclaré les bêtes comme «espèce invasive», première étape avant de «définir des actions concrètes concernant la situation de l’espèce dans le pays», selon le ministère de l’Environnement colombien. 

Comme quoi, les autorités envisagent désormais clairement l’option de les abattre.

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