Ingrid Falaise se confie sur les tournages intenses de son documentaire | 7 Jours
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Ingrid Falaise se confie sur les tournages intenses de son documentaire

Image principale de l'article Des tournages intenses de son documentaire
Photo : SEBASTIEN SAUVAGE / TVA

Avec son documentaire Femme, je te tue, Ingrid Falaise aborde huit féminicides. En 2021, le Québec en a déploré 18. L’animatrice aurait d’ailleurs pu faire partie de ces statistiques, mais désire aujourd’hui mettre la lumière sur les proches des victimes. Ce projet lui sert à honorer la mémoire de ces femmes disparues. Pour son prochain projet, elle a fait face à des agresseurs et a mesuré le chemin parcouru.

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Ingrid, vous avez choisi de faire un nouveau documentaire, Femme, je te tue.
Oui, pour qu’on se souvienne toujours d’elles et qu’elles ne soient pas qu’un fait divers. Tous les deux jours et demi, une femme meurt au Canada. Toutes les 52 heures, un homme se donne le droit de tuer une femme. C’est notre devoir de mettre cette réalité de l’avant. À travers les proches des victimes, on voit l’ampleur des dommages collatéraux. Comme société, on doit se souvenir de ces femmes. 

Que retenez-vous des tournages?
Ç’a été extrêmement dur, mais ai-je le droit de dire cela? Je me mets à la place des proches qui vivent ces émotions au quotidien. Ils s’attendent à ce que leur fille, leur sœur ou leur amoureuse passe la porte, mais elle ne le fera plus jamais... Les témoignages sont d’une grande intensité et d’une grande horreur, mais je voulais donner une voix à ces familles. C’est un honneur et un privilège qu’ils nous donnent accès à leur vulnérabilité.

Sentiez-vous qu’ils étaient prêts à s’ouvrir à vous?
Je pense avoir développé un grand lien de confiance avec la population, qui a pu voir que mon travail est très respectueux. Cela vient avec une grande responsabilité. Les gens sentent que je les aime. Certaines familles ont pris la parole pour la première fois et d’autres, pour la toute dernière fois... Toute l’équipe a été bouleversée à chaque rencontre. 

Y a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit que cela aurait pu vous arriver?
Chacun des huit épisodes aborde un angle en particulier: crime d’honneur, exploitation sexuelle, misogynie, etc. Lorsqu’on parlait de violence conjugale, je comprenais de quoi il était question... C’était exactement ce que j’avais vécu, car les hommes qui l’exercent ont tous le même modus operandi. Alors, oui, je l’ai souvent dit: j’aurais pu faire partie des statistiques de féminicides. Mais aujourd’hui, je prends un pas de recul. J’ai eu le micro, j’ai raconté mon histoire. C’est à présent aux autres de le faire, et je les accompagne dans cette démarche. 

Trouvez-vous que les choses ont changé?
Les femmes ne sont toujours pas protégées. Ça fait 20 ans que j’ai vécu mon histoire. Certaines choses ont progressé, mais on peut encore se faire tuer dans la rue, vivre de la violence conjugale, des agressions sexuelles, être victimes d’un crime d’honneur. C’est troublant.

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Comment avez-vous réussi à ne pas retomber dans vos vieilles blessures?
Après ce que j’ai vécu, j’ai pris parole, j’ai fait des documentaires. Ce que ces histoires touchent en moi, c’est l’indignation. Je n’ai plus d’attachement à ce passé. Cette série n’a pas remué les blessures du passé, elle a remué la femme de même que la mère de famille que je suis aujourd’hui.

C’est donc un signe de guérison?
Oui, et j’ai pris conscience du chemin parcouru. Après une journée de travail, j’avais besoin de mon chum et des enfants pour m’envelopper. J’avais besoin de parler avec Cédrik, de pleurer dans ses bras. Pour l’équipe, c’était la même chose. On s’est beaucoup soutenus. Habituellement, je consulte ma psychologue de façon virtuelle tous les trois ou quatre mois. Or je n’ai pas eu besoin de ce soutien-là, mais de celui de mes amies, de ma famille. C’est un projet difficile à porter. J’en ai fait des cauchemars. Des images me sont restées en tête. J’aurais aimé pouvoir guérir ces familles... Leur donner une voix leur permet de se sentir utiles et de savoir que leur fille, leur mère ou leur sœur n’est pas morte en vain. On marque l’histoire avec ce documentaire. On ne les oubliera pas. On honore la mémoire de chacune de ces femmes.

Comme parent, on a une part de responsabilité dans l’éducation des enfants.
Oui, nous nous sommes demandé comment prévenir les féminicides. La grande réponse qui se dégage est qu’il faut que notre société se bâtisse dans l’équité. Le rapport de pouvoir doit changer. Des jeunes croient que l’homme est au-dessus de la femme ou que, parce qu’ils sont hommes, ils ont le droit de violer, de violenter, de tuer. C’est là-dessus qu’il faut agir. Nos enfants doivent savoir que non, c’est non. Il faut que tous ceux qui rejoignent nos jeunes insistent sur ce message. On devrait pouvoir grandir en toute sécurité.

Comment transmettez-vous ces valeurs d’égalité, de respect à vos beaux-fils, Ilann et Maël, et à votre petit Émil?
Émil, du haut de ses quatre ans, entend beaucoup parler de la série en ce moment. Il m’a beaucoup questionnée à ce sujet. J’ai pu lui expliquer, avec des mots choisis pour son âge, de quoi il était question. Ça commence là. Ce n’est pas en se mettant la tête dans le sable qu’on pourra changer les choses.

Et vous vous êtes donné la mission de contribuer à les faire changer.
Oui, c’est une mission. Je continue à avoir besoin de porter certains messages. Cette démarche ne me tire pas vers le bas, elle m’élève. Faire connaître certaines vérités, c’est aussi une façon de reprendre son pouvoir en tant que femme. J’aime l’humain, j’aime les gens. Ce n’est pas un travail, c’est inscrit en moi... 

Voyez Femme, je te tue, animé par Ingrid qui signe aussi la collaboration au contenu, accompagnée par Sarah Bernard, recherchiste en affaires criminelles, le mardi à 22h, à Investigation (en rediffusion sur le site de la chaîne). Elle est aussi chroniqueuse à Salut Bonjour, diffusée du lundi au vendredi 6h, à TVA.

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