24 ans plus tard, Gaston Lepage toujours marqué par le départ de Marie-Soleil Tougas et Jean-Claude Lauzon | 7 Jours
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24 ans plus tard, Gaston Lepage toujours marqué par le départ de Marie-Soleil Tougas et Jean-Claude Lauzon

Image principale de l'article Toujours marqué par le départ de ses amis
Photo : Bruno Petrozza

Il faut parcourir un kilomètre sur un chemin de terre et de gravelle bordé de champs de maïs avant de voir au bout du rang, entre d’immenses arbres, la maison centenaire dans laquelle, depuis 40 ans, l’acteur habite avec son amoureuse, Louise Laparé. Gaston Lepage nous a ouvert le livre de sa vie pas banale.

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Ici, à la campagne, je vis une grande liberté. À côté de la maison, il y a mon hangar, qui me sert aussi d’atelier, où je range mon hélicoptère. J’aime bien décider à la dernière minute où je veux aller», explique l’amateur de pêche et de grands espaces. Cette liberté que Gaston Lepage chérit est la toile de fond de son existence. «Je suis un électron libre. (rires) Quand j’ai arrêté de faire du théâtre, en 1993, c’était surtout à cause des contraintes que cela provoquait. Jouer au théâtre, c’était comme être marié avec quelqu’un de contrôlant. Ça exigeait tout mon temps, mon énergie et ça m’empêchait de tourner dans des films ou des séries.»     

Faisant l’analyse des pertes et des bénéfices de ses choix de vie et professionnels, il dit: «La liberté est une forme d’aisance. Louise (Laparé, sa conjointe) et moi, on ne doit rien à personne. Sans être millionnaires, on vit comme peu de gens ont la chance de vivre tout en faisant ce qu’on aime. Je n’ai jamais été angoissé de ne pas savoir à l’avance ce qu’on va faire dans deux, trois semaines. On s’arrange toujours. À mes débuts, l’argent ne tombait pas du ciel. Pour aller aux répétitions de mon premier engagement sur scène à Montréal, j’avais ramassé des bouteilles vides pour payer mon essence. Elles valaient quand même deux cents chacune. (rires)» 

Photo : Eric Myre


Faire flèche de tout bois
Le parcours de l’acteur, maintenant âgé de 72 ans, est à son image: étonnante. Dès ses débuts, n’ayant pas l’allure d’un jeune premier, il s’en est servi: il décrochait des rôles que d’autres de son âge ne voulaient pas ou ne pouvaient incarner et qui étaient souvent plus étoffés et intéressants. «J’ai été chanceux d’avoir ce physique. En sortant du conservatoire, avec ma barbe et mon visage émacié, on pouvait facilement me vieillir. J’ai même tenu le rôle du frère aîné de René Caron. (rires) Ce n’est que vers la fin de ma vingtaine, après m’être coupé les cheveux et rasé la barbe, que j’ai commencé à avoir des rôles de mon âge, dont entre autres dans Les Brillant.»     

Photo : Bruno Petrozza


Se choisir
Écrite par Marcel Gamache (Cré Basile et Symphorien), Les Brillant l’a fait connaître d’un vaste public. Il a prêté ses traits à Anatole Brillant, un simplet sympathique, souffre-douleur de Théo Théoret, joué par le maître de ce type d’humour, Gilles Latulippe. Devant son talent naturel et voyant en lui son dauphin, ce dernier avait fait des pieds et des mains pour le recruter dans sa troupe du Théâtre des variétés. «Un jour, il a mis une pile de ses pièces devant moi et m’a dit: “Choisis celle dans laquelle tu aimerais jouer, on va la monter.” Je voyais que cela lui ferait plaisir, alors je les ai toutes lues. J’avais choisi La course au mariage. Nous l’avons présentée dans son théâtre. Même si j’aimais jouer du burlesque, j’avais préféré ne pas continuer, parce qu’à cette époque ceux qui en jouaient étaient confinés à ce genre. Ç’a été notre seule collaboration sur scène. Je sais que cela l’avait déçu», raconte-t-il avec une pointe de tristesse.

Tou.tv

Un décollage réussi
Le temps lui aura donné raison puisque sa carrière s’est déployée, allant de la comédie à la tragédie, de films à des séries télé, de l’animation d’émissions de divertissement et de plein air à des talk-shows ou des séries documentaires sur l’aviation. Bref, Gaston n’a pas souvent ni longtemps chômé. «J’ai la chance que les choses viennent à moi, et à d’autres occasions, j’affirme mon intérêt. Ç’a été le cas pour mon rôle du mari de Gabrielle dans Le monde de Gabrielle Roy. Le tournage a duré près d’un mois et demi au Manitoba. Cet été, j’ai aussi tourné dans le film Arlette, une comédie à saveur politique, réalisé par Mariloup Wolfe.»

Loin de la ville
Quand il ne travaille pas et qu’il désire se retirer de toute civilisation, il se rend en hélicoptère à son camp de pêche. «C’est sur le bord d’un lac et complètement isolé. Je l’ai tout aménagé moi-même pour y être autonome. J’ai fabriqué un système hydroélectrique qui alimente des batteries auquel j’ai ajouté, l’an dernier, des panneaux solaires. Une coupole sur le toit me permet d’avoir Internet. Grâce à mes caméras de surveillance, je vois ce qu’il s’y passe. Je reçois même des alertes de mouvements. L’autre fois, c’était une grosse fourmi qui se promenait dans l’objectif et une autre fois, on aurait dit un fantôme. En ralentissant la vidéo, j’ai vu que c’était un papillon de nuit transparent. Avant de le savoir, je m’étais demandé s’il s’agissait de Jean-Claude (Lauzon)», raconte-t-il en riant. Il a réalisé que cette journée-là marquait le 24e anniversaire de son décès.

Courtoisie

Un anniversaire douloureux
Revenons à Jean-Claude Lauzon, son cher ami disparu, avec qui Louise Laparé et Gaston Lepage avaient acheté ce camp de pêche. Bien des années plus tard, le 10 août 1997, le cinéaste et son amoureuse, Marie-Soleil Tougas, ont péri dans l’écrasement de leur hydravion à Kuujjuaq. Durant cette excursion de pêche, Patrice L’Ecuyer et Gaston, à bord d’un autre avion, furent témoins de leur horrible fin. «Ce souvenir est encore très vif. Je ne ressens plus la douleur d’avant, mais ça fait partie de moi. J’étais là. Cela ne m’a pas empêché de voler, mais ça m’a fait évoluer. Peut-être parce que, quand cela s’est produit, ce sont deux hélicoptères qui ont pu se poser près du lieu de l’accident, où moi je ne pouvais aller. Six mois plus tard, j’ai commencé mes cours de pilotage d’hélicoptère. Ça m’a fait prendre conscience que la vie est éphémère et qu’elle peut prendre fin quand on s’y attend le moins. C’est une très mauvaise idée de mourir (rires)», dira-t-il pour désamorcer l’émotion. 

On peut voir la série Le monde de Gabrielle Roy, dans laquelle joue Gaston Lepage, sur Tou.tv Extra.

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