Alain Choquette raconte comment sa crise cardiaque l’a fragilisé | 7 Jours
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Alain Choquette raconte comment sa crise cardiaque l’a fragilisé

Image principale de l'article Sa crise cardiaque l’a fragilisé
Eric Myre

Dès ses débuts, ce beau blond aux yeux bleus séduisait tout le monde. Il profitait de notre engouement pour son physique afin de nous mystifier avec ses tours de magie. La dernière fois que je l’ai vu en spectacle, c’était au théâtre de la Gaîté-Montparnasse, à Paris, le 24 décembre 2018. Le hasard avait fait qu’un ami parisien, qui le servait dans le magasin d’accessoires de cuisine dont il assurait la gérance, reconnaissant son accent, lui avait dit à brûle-pourpoint: «J’ai moi-même une amie québécoise qui séjourne actuellement à Paris. Elle s’appelle Louise DesChâtelets. La connaissez-vous?»

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lI n’en fallait pas plus pour qu’Alain interrompe la conversation sur la qualité des casseroles Staub pour lui proposer de servir d’intermédiaire et m’offrir deux places pour assister à son spectacle, le soir de mon choix. Des places dont a pu profiter mon ami, puisque j’avais déjà acheté mes billets. Nous voilà donc embarqués pour passer un 24 décembre mémorable à regarder Alain séduire une salle comble de Français médusés par son talent. Depuis ce jour mémorable, bien de l’eau a coulé sous les ponts traversés par Alain, charriant avec elle une grave crise cardiaque qui l’a terrassé sans avertissement préalable. C’est avec une certaine fébrilité que je le rencontre aujourd’ hui.  

Combien de temps as-tu présenté ton one man show magique dans la Ville lumière?
J’étais parti pour le jouer quatre mois, et il a duré quatre ans. J’étais un peu naïf, à l’époque, de me produire moi-même avec les risques que ça comportait.      

Mais est-ce que ça ne serait pas ta naïveté apparente sur scène qui a justement séduit les Français?
Oui, mais je ne te parle pas tellement de ma naïveté sur scène, mais surtout de ma naïveté de producteur. Je déteste parler d’argent, mais il s’agissait de sommes faramineuses impliquées dans la production. Si je ne vendais pas de billets, je pouvais me retrouver sur la paille. Mais je voulais tellement me produire en France que j’ai décidé d’investir tout l’argent que j’avais mis de côté au fil des ans.

Même si tu avoues détester parler d’argent, ce côté-là de toi qui est capable de se constituer un bas de laine est important, quand même.
C’est l’héritage de mon père; celui d’être conscient de la valeur de l’argent. Il travaillait en assurance vie, alors il m’a inculqué toutes les notions d’économies, de prévoyance. Je faisais tout pour me maintenir en bonne santé, mais j’avais quand même contracté une assurance pour maladies graves. Et c’est grâce à cette assurance, vu ma chirurgie cardiaque, que j’ai pu passer le temps de la pandémie avec l’esprit en paix. 

Eric Myre

Mais à Paris, tu devais vivre en permanence avec le stress de devoir remplir tes salles pour ne pas te mettre dans le trou...
D’autant plus que, durant nos cinq ans en France, on a fait face aux événements de Charlie Hebdo, à ceux du Bataclan, à ceux de Nice, pour finir avec ceux de Belgique. Avec chaque fois des baisses d’assistance en salle. Mais, au final, on parle encore de gros succès.

Pourrais-tu dire que tu es né sous une bonne étoile malgré tout?
Tout à fait. La conjoncture a fait que la publicité médiatique a toujours joué en notre faveur. Quand Le Parisien, Le Figaro et Télérama n’ont que des éloges pour ton spectacle, tu pars gagnant. Et quand on se met à t’inviter à la télé, avec Patrick Sébastien en tête, tu vogues sur un nuage.

Ça doit être gratifiant de réussir aussi bellement son pari!
J’y croyais tellement, à ce show-là! Et j’avais fait mes devoirs en allant me présenter dans un congrès de magiciens à Dunkerque pour voir ma relation avec les Français. Même chose à Angoulême et dans un certain nombre de showcases un peu partout en France. Je savais que ce que je proposais était à la fois rigolo, poétique et magique, et que je pouvais risquer. Et même si mon premier coproducteur m’avait lâché, j’en ai trouvé un autre dans le directeur du théâtre de la Gaîté-Montparnasse, qui a accepté de coréaliser avec nous.

Entourage


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Tu étais où, au moment où la covid a frappé?
J’avais déjà écrit La mémoire du temps, un spectacle qui s’arrime autour de ma conscience du temps qui passe inexorablement. On l’avait déjà présenté à l’hiver 2019 à la Place des Arts et en tournée ensuite. Puis on avait débarqué à Paris, au Palace. Une grève des transports qui a paralysé le pays a empêché le spectacle de prendre son envol. Quand la covid est arrivée, nous avons donc décidé de rentrer au Québec. 

Comme tu ne fais rien à moitié, non seulement il y a eu la covid qui a stoppé ta course, mais tu as été frappé par un important malaise cardiaque. Je suis curieuse de savoir si tu avais eu des signes avant-coureurs, car tu es bien la dernière personne dont j’aurais pu soupçonner qu’elle n’était pas en forme.
Tu as parfaitement raison, car je m’entraîne cinq jours par semaine depuis longtemps, en plus d’avoir toujours fait très attention à mon alimentation et de passer annuellement des tests sanguins.

Tu ne pouvais pas te douter que tu avais une faiblesse cardiaque...
Eh non! Un jour que j’allais faire l’émission de Denis Lévesque, quelques semaines après mon retour de Paris, j’ai eu une crampe à l’estomac. Je ne me sentais pas bien. Mais, comme j’avais déjà eu ça par le passé, je ne m’en suis pas fait plus qu’il le faut, car en allant courir ou en faisant des push-up, ça passait toujours. Mais là, ça ne passait pas! C’est ma blonde, qui venait exceptionnellement me visiter ce jour-là, qui m’a trouvé étendu par terre et qui a appelé le 9-1-1.

Une main miraculeuse sur ton chemin...
Tout à fait, car moi, je n’aurais pas su quoi faire. L’ambulance et les pompiers sont arrivés. Je vois encore l’infirmière qui me dit: «Monsieur Choquette, vous faites une crise cardiaque!» Dans ma tête, j’avais envie de lui dire: «Retourne faire ton cours, c’est impossible!» 

Entourage

Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite?
Ils ont d’abord débloqué une artère, puis procédé à des examens plus approfondis avant que le chirurgien ne vienne m’annoncer que la base du tronc de mon cœur était bloquée à 80 %, et qu’il fallait d’urgence procéder à un contournement (by-pass). On m’opérait quelques heures plus tard, et il s’est ensuivi la période de reconstruction de mon intégrité physique. Mais, dès le lendemain de l’opération, je me forçais à marcher dans le corridor, tant je voulais me remettre vite en forme. 

Est-ce que ç’a été difficile d’accepter ce gros accident de parcours?
J’aurais voulu tenir ça secret et vivre ça juste avec moi-même. Mais comme il fallait annuler des spectacles, mon producteur d’Entourage devait donner une raison. Je m’y suis résigné, mais pas trop quand même. Je n’avais pas envie de me servir de ça pour mousser ma carrière. Mais j’ai vite compris que ça pouvait servir à d’autres qui, comme moi, se sentent invincibles, pour les sensibiliser au fait que notre cœur, c’est notre moteur, et qu’on doit en prendre soin.      

Ça t’a forcé à revenir à l’essentiel...
Exactement. Quand on est carriériste, on veut réussir à tout prix, plaire à tout le monde, présenter la plus belle image de soi, dire toujours oui pour ne pas déplaire, avec tout le stress que ça entraîne. Ça use un cœur, ça! Si je n’avais pas été aussi en forme, j’aurais peut-être fait cette crise il y a 15 ans. 

Est-ce que ça a changé ton style de vie?
Absolument. Et c’est d’ailleurs le gros de ma démarche actuellement. Je dois accepter que, bien que j’aie tout fait pour éviter que ce genre d’accident m’arrive, ça m’est arrivé quand même, car c’est un rare problème génétique du côté de mon père. Je devrai rester vigilant pour le restant de mes jours. 

Es-tu encore en réadaptation, actuellement?
Eh oui! Moi qui suis sportif, depuis un an, je travaille à refaire ma masse musculaire avec un coach qui m’aide également à vivre avec mon état. Même si je vais de mieux en mieux, il faut que j’y aille un jour à la fois, car la moindre inquiétude me rend fragile. Je dois reconstruire la machine pour amorcer ma tournée québécoise en janvier 2022 et envisager un retour à Paris à l’automne prochain. 

Eric Myre

Je n’ai aucune inquiétude pour toi!
Ne dis pas ça, Louise! Même si c’est difficile à comprendre, t’as beau avoir fait ça toute ta vie, c’est une montagne énorme à grimper, même pour moi. Je suis encore d’une grande fragilité, mais c’est normal.

En même temps, ça doit t’avoir permis de découvrir en toi une capacité de réaction incroyable...
Pas vraiment, vu que toute ma carrière s’est bâtie sur la résilience. J’ai toujours été refusé avant d’être accepté par les diffuseurs de spectacles. Mais ça fera l’objet d’une autre entrevue tellement les exemples sont nombreux.Et le dernier en liste, c’est qu’à la suite de mon accident cardiaque, et pour cause de pandémie, je suis resté isolé seul chez moi pendant un an, tellement je craignais d’y passer.

Comment as-tu vécu ça?
Je savais que je ne pouvais prendre aucun risque. Alors, à part quelques marches à l’extérieur pour prendre un bol d’air, je ne me permettais aucune rencontre, même pas de voir ma blonde. Mais je peux te dire que cette période a été très prolifique sur le plan créatif.

Qu’est-ce qui t’a orienté vers la magie?
C’est mon père qui m’a appris mon premier tour de magie avec des cartes. Ç’a été le point de départ de ma passion.

Ton père devait être fier de ta réussite!
Malheureusement, mon père n’a jamais pu me voir sur scène, puisqu’il est mort trop tôt. Je lui ai rendu hommage en reprenant, dans mon premier spectacle, le numéro des Quatre As qu’il m’avait enseigné. Ce fut un tel succès que David Copperfield m’a acheté le numéro. Ça a marqué le début d’une collaboration fructueuse avec lui.

Malgré cette année difficile, est-ce que tu restes positif face à la vie?
Pour bâtir mon nouveau spectacle, j’étais déjà engagé dans une démarche de réflexion sur la vie, l’importance qu’on accorde à l’opinion des autres, la nécessité du lâcher-prise. Le fait de passer proche de mourir m’a juste poussé plus loin dans ma réflexion. 

Cette rencontre m’ayant permis de retrouver Alain chez lui via FaceTime, j’ai été à même de constater que sa passion pour les meubles anciens est toujours vivante. Il m’a aussi dévoilé qu’ il avait hésité avant de m’accorder cet entretien, vu qu’ il ne se considère pas au sommet de sa forme pour faire la une des magazines. C’est sa blonde (je l’en remercie) qui l’a convaincu de se prêter au jeu en lui disant: «Est-ce que tu réalises que toi, un passionné d’antiquités, tu refuserais cette entrevue parce que tu te trouves trop abîmé, alors que les meubles qui te passionnent sont justement ceux qui ont acquis de la valeur à travers les mauvais coups qu’ils ont encaissés au fil des ans?»  

La magie des stars 4 sera diffusée à TVA les 7, 8, 9 décembre, à 21 h, et le 12 décembre, à 19 h 30. Alain Choquette reprendra, en janvier, sa tournée La mémoire du temps. Pour les détails sur ce tour de piste et les dates en salle, on consulte les sites alainchoquette.ca et groupe-entourage.com.

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