À 87 ans, Jean-Pierre Ferland présente son album Mes secrets d’amour | 7 Jours
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À 87 ans, Jean-Pierre Ferland présente son album Mes secrets d’amour

Image principale de l'article À 87 ans, il présente son nouvel album
Bruno Petrozza

Le Petit Roi, accompagné de sa chienne berger allemand Wallis (Simpson), m’a ouvert les grilles de son royaume de Saint-Norbert. J’ai suivi Jean-Pierre Ferland dans sa maison trois fois centenaire. Assis dans sa verrière, tout sourire, il a parlé de lui et de son nouvel album, Mes secrets d’amour, où il récite de façon émouvante sur une musique dépouillée de toute orchestration 11 de ses plus belles chansons.

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«La première fois que j'ai écouté l'album, j'en ai été bouleversé. Jamais je n'aurais imaginé dire un jour mes paroles plutôt que de les chanter. Quand on chante, il faut avoir une tonalité plus légère. Là, ma voix est plus monocorde, plus grave, plus tendre et un peu tristounette. À mon âge, je ne peux me permettre de mentir, il faut dire les choses telles qu’elles sont et c’est ce qu’on entend. Était-ce aussi parce que, inconsciemment, j’ai pensé que c’était le dernier album de ma vie? Je me le demande encore», confie l’auteur-compositeur-interprète de 87 ans. 

Le nom et thème de l’album, Mes secrets d’amour — dans lequel il récite les paroles de classiques tels que Le plus beau slow, Quand on se donne, Une chance qu’on s’a, Écoute pas ça et T’es belle —, lui a été inspiré par son amoureuse. «C’est Julie-Anne qui a trouvé le titre et la raison pour laquelle je le faisais. Pour choisir les 11 pièces, je me suis inspiré des commentaires que les gens m’ont faits au fil des ans. Et il fallait surtout que ces chansons me touchent encore.» L’artiste n’a pas voulu changer un iota des mots et des rimes de ses pièces, qu’il a composées entre 1968 et les années 2000.     

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La mort peut attendre
Après avoir évoqué sa propre mort, l’artiste légendaire repousse aussitôt toute éventualité d’être au bout de sa route. «Je ne peux pas être rendu là, car je suis encore trop jeune. (rires) Trois jours avant le décès de mon ami Michel Robidoux, je suis allé le visiter. J’ai été impressionné de voir à quel point la mort était puissante pour arriver à ses fins.      

Il avait trois cancers. Et dire que, toute ma vie, je me suis foutu de ma santé! J’ai fumé, j’ai bu et j’ai brûlé la chandelle par les deux bouts. Je n’ai pas peur de la mort. Quand elle arrivera, je veux pouvoir la regarder en face et choisir le moment de m’y abandonner», affirme-t-il d’un ton calme et assumé. 

Si ses capacités physiques ne sont plus tout à fait les mêmes et que sa mémoire à court terme lui joue parfois des tours, son intelligence, son humour et sa créativité sont intacts et foisonnants. «Chaque matin, je me lève en me demandant: “Qu’est-ce que j’écrirais bien aujourd’hui?” Et je m’assois dans mon fauteuil avec une feuille de papier et un crayon. Vu que j’ai déjà écrit plus de 450 chansons, je dois me rappeler, avant de commencer, si j’ai déjà parlé de telle ou telle chose! (rires)» Son inspiration, il la puise à l’intérieur de lui. «Ça se passe dans ma tête. Et comme j’ai une grosse tête, j’y suis souvent!» 

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Malgré le doute
Ayant le recul nécessaire pour juger l’ensemble de son œuvre, Jean-Pierre Ferland, dont la carrière se déploie sur plus de six décennies, se dit surpris d’avoir écrit tant de chansons devenues significatives. «C’est souvent bien des années plus tard que je réalisais que j’avais écrit une bonne chanson. Au moment de choisir les textes que je récite dans mon nouvel album, j’ai souvent été étonné en me relisant. Ce n’est pas le hasard qui fait qu’une chanson touche les gens, c’est la sincérité avec laquelle on l’écrit.» 

Deuxième d’une famille de sept enfants — cinq frères et deux sœurs —, Jean-Pierre Ferland peine encore à se trouver intellectuellement aussi aiguisé que les autres membres de sa fratrie. Il faut dire que, d’aussi loin qu’il se souvienne, dès ses premiers balbutiements créatifs, peu de gens ont cru en lui. «Notre professeur, un frère à l’École supérieure Saint-Stanislas, avait demandé aux élèves d’écrire un roman. Après être resté debout toute la nuit, je lui avais fièrement remis le mien. Quelques jours plus tard, il avait dit: “Vous avez tous très bien travaillé, sauf lui — en me pointant —, qui a fait un plagiat!”» raconte avec émotion le monument de la chanson québécoise. Il souligne par contre s’être servi de ce doute et de cette peur de l’échec pour se dépasser.      

Cœur blessé
Une chance que les femmes, ses allumeuses de réverbères, l’ont inspiré durant toute sa vie. Sans elles, il n’aurait pas déployé ses ailes. «Mon premier grand amour a été ma cousine de 15 ans. J’adorais l’amour! Je vivais pour l’amour. C’est la chose la plus fantastique au monde. Même s’il est parfois dangereux, il suffit d’un seul accord ou d’une seule phrase pour nous y faire croire encore. Chaque nouvel amour n’efface pas toujours les blessures de l’autre, mais ça, c’est la vie. Je n’ai jamais analysé ce que j’en disais ou en pensais. Moi, je le vivais. Rendu à mon âge, l’amour s’est transformé en souvenirs. Ils sont là, sur mon album, de même que mes peines et mes raisons.» 

Sans dire qu’il fait de l’aveuglement volontaire, il faut dire que la trame narrative de sa vie amoureuse est plus mélodieuse sur papier qu’elle ne l’a été en réalité. Si l’homme a toujours été tendre envers l’amour, en revanche, l’amour n’a pas toujours été tendre avec lui. 

À la question de savoir s’il est dépendant affectif, il prend un détour avant de répondre sans ménagement: «L’amour, c’est ce qui me fait vivre. Chaque fois, je ressens les mêmes émotions dans mon ventre. Il faut tout le temps que quelqu’un m’aime. Je ne peux passer 24 heures sans être amoureux et recevoir de l’amour. (Il fait une pause.) Moi, je ne m’aime pas beaucoup et je me suis souvent manqué de respect, mais maintenant, le sachant, je fais plus attention à qui je le donne.» 

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Une nouvelle muse sur sa route
Après un coûteux et douloureux divorce, Jean-Pierre avait envisagé de finir sa vie sans son élixir de jeunesse jusqu’au jour où, en 2008, sa route croisa celle de Julie-Anne Saumur, une chanteuse de 35 ans sa cadette. Devenue à la fois sa muse et sa partenaire de vie, elle veille tendrement sur lui, malgré les malgré. «Je suis exigeant. J’ai un caractère... Je suis sensible. Cependant, en vieillissant, il y a de moins en moins de choses qui me font du chagrin.» 

Quant à la perspective que son amoureuse soit un jour obligée de devenir sa proche aidante en raison de problèmes de santé, il relativise les choses. «Quand je partirai, elle aura mes souvenirs. C’est pour cela que je prends si soin de ma maison, de mon terrain, de mes fleurs... Je sais que toutes ces choses seront entre bonnes mains avec Julie-Anne.» 

Si on se fie à son énergie débordante, le presque nonagénaire vibrant n’est pas sur le point de tirer sa révérence ni même rendu à l’heure de faire des bilans. Il est trop occupé à vivre sa vie et à savourer sa douce existence. «Je savais que Mes secrets d’amour allait être un bon album, mais jamais à ce point-là. Pour dépasser cette marque, il va me falloir prendre un moment, assez long, pour penser au prochain album. Entre-temps, je vais l’apprécier et en jouir.» Quant à l’éventualité de remonter sur les planches pour présenter une tournée Mes secrets d’amour, il avoue trépigner d’impatience à l’idée de retrouver le public, ses amis, ses musiciens et les émotions en direct. 

Procurez-vous son album Mes secrets d’amour, sur lequel Jean-Pierre Ferland récite 11 succès de son répertoire.


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