Stéphane Crête exerce un autre métier surprenant | 7 Jours
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Stéphane Crête exerce un autre métier surprenant

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Photo : Sébastien Sauvage

Bien connu comme acteur, animateur, metteur en scène et auteur, Stéphane Crête s’intéresse aussi aux rituels. Depuis plus de 20 ans, par des gestes symboliques et poétiques, il tente de donner un sens aux différents passages dans sa vie et dans celle de ses proches. La pandémie lui a donné l’occasion de rassembler des années de réflexions sur le sujet dans un ouvrage intitulé Marquer le temps.

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Stéphane, quels sont les projets professionnels qui vous occupent?
Je suis dans la série Sans rendez-vous avec Magalie Lépine-Blondeau et je joue également dans Famille magique, une émission jeunesse absurde dans laquelle j’incarne le voisin, un magicien déchu. Enfin, la comédie d’épouvante Brain Freeze, à laquelle j’ai participé, est sortie à la fin octobre.

     

En outre, vous nous présentez un livre fort intéressant sur les rituels. Quel a été l’élan créateur pour écrire cet ouvrage?
Mon éditrice m’avait entendu en discuter à la radio, alors que nous étions au cœur de la pandémie. Les cérémonies funéraires étaient reportées, et j’expliquais l’impact que cela pouvait avoir. J’ai aussi fait une cérémonie de commémoration pour Alfred Dallaire sur Facebook, et nous en avions discuté. Il était donc question de mon rapport aux rituels. Ça fait des années que j’enseigne. J’avais des choses à dire et je me sentais prêt à les partager. C’était un défi, car c’est un autre rapport à l’écriture que les pièces de théâtre que j’avais déjà écrites.

Croyez-vous que les gens soient plus prêts que jamais à vous entendre? Depuis la pandémie, n’est-on pas tous en quête de sens?
Oui. Peut-être que, moi-même, je n’aurais pas été prêt à l’écrire de la même façon il y a quelques années. Au début, quand j’en parlais, je trouvais ça difficile à expliquer. Je commence à être plus solide et à assumer davantage. Culturellement, le regard a changé. À une époque, dès qu’on abordait un sujet un peu plus spirituel, on l’associait aussitôt à une secte ou à un gourou. Il fallait traverser ce mur.

Expliquez-nous ce qu’est un rituel.
Ça peut être mille choses, mais pour moi, c’est un moment pour marquer les passages de la vie, leur donner du sens. Notre existence est constituée d’une série de passages — on devient adultes, on tombe à la retraite, etc. — et souvent, on les vit sans les marquer. Certains sont plus reconnus, le mariage et les funérailles, notamment. Généralement, on fait une fête. Faire un rituel, c’est plus vaste. C’est reconnaître un passage et poser un regard plus large sur notre existence et notre lien aux autres. On est vus, aux yeux de notre communauté, comme quelqu’un qui a changé de statut. Le rituel sert à tout cela, mais dans une perspective laïque.      

À quel moment vous y êtes-vous intéressé?
J’aimais l’anthropologie et la sociologie. Je crois que cela a toujours fait partie de mes champs d’intérêt, mais ce sont les funérailles qui ont été un déclencheur. Ça ne semblait pas répondre à mon besoin de sens et au besoin des autres. Je me suis demandé ce dont j’avais besoin et ce qui me permettrait de faire le passage pour reconnaître que cette personne est décédée.      

Photo : Sébastien Sauvage

Vous sentiez le besoin de donner du sens aux événements?
Complètement. Je sentais que de faire juste un rassemblement n’étanchait pas ma soif de sens et que d’aller à l’église n’était plus mon référent. Je voulais marquer ces passages avec quelque chose de plus grand que moi. La mort est un grand mystère, quelles que soient nos croyances. Comment honorer ce grand mystère et la personne qui n’est plus? Tout cela correspond à une soif de sens.

Vous avez fait le choix de devenir célébrant. Comment cette envie est-elle née?
Ce sont les gens qui ont frappé à ma porte. Des amis proches m’ont invité à célébrer leur mariage. Puis, il y a eu les funérailles. En y assistant, j’ai constaté que je ferais les choses différemment, parce que ça ne répondait pas tout à fait à mes besoins. Il fallait assumer. Un comédien peut dire qu’il est aussi chanteur, auteur ou metteur en scène. Mais être aussi célébrant? Au début, ç’a été déstabilisant pour les gens. Il fallait expliquer que ça n’avait rien à voir avec la religion et que je ne jouais pas au grand prêtre. Je suis un véhicule pour aider les gens à se rassembler et à partager du sens.

Donnez-nous une idée de rituels qu’on peut faire.
On peut poser des gestes avec une intention, inventer quelque chose de symbolique ou de poétique. Si je veux changer quelque chose dans ma vie, je peux poser une corde par terre et la traverser, je peux brûler un papier sur lequel j’ai écrit un mot qui symbolise le passé ou encore souffler sur des plumes.

Cela peut donc être très simple.
En fait, c’est oser un acte symbolique pour soi qui puisse répondre à l’intention de traverser, passer, changer, libérer, honorer ou célébrer. Avant de manger, prendre le temps de reconnaître que cette nourriture a été préparée pour nous ou que le jardin nous a donné toutes ces récoltes, c’est un rituel. On peut faire une assiette pour un défunt ou enterrer les restes dans le jardin pour que ça composte. La vie peut être ponctuée de petits et de grands rituels! Ceux-ci doivent nous inspirer, poétiser notre existence, y mettre de la beauté.

Les rituels enrichissent votre vie.
Oui. Savoir que je peux marquer les passages donne du sens à ma vie. Elle est plus vaste, plus grande que ma petite existence. Gagner son pain, vouloir s’acheter un barbecue, ça reste petit. Si j’élargis le regard, ça me permet de m’inscrire dans une grande humanité. Le rituel nous relie à nous, aux autres, à notre communauté. C’est déficient dans notre société individualiste. Se relier, ça nous solidifie et nous confirme que nous ne sommes pas seuls. 

Quel a été l’un de vos rituels les plus importants?
J’évoque dans mon livre un voyage dans le désert. C’était en soi un grand rituel initiatique: j’acceptais de quitter le connu pour aller marcher en silence dans le désert pendant deux semaines. Il y a eu un grand rituel pour manifester ce passage dans le silence de la nuit, avec les dunes, devant un feu et sous un ciel incroyable. Ça nourrissait mon âme. Souvent, avoir faim ou soif signifie que notre âme a faim et soif de beauté, de poésie, de nature. Dans ce contexte, j’ai été très nourri et ça m’a fait du bien de me sentir relié à l’infini...



Marquer le temps: Entre profane et sacré, la recherche de nouveaux rituels est en vente en librairies et sur qub livre.
Voyez
Sans rendez-vous sur Tou.tv Extra, ou à Radio-Canada dès le 5 janvier, à 21 h.
On peut voir les 13 premiers épisodes de
Famille magique dès le 7 décembre, sur Tou.tv Extra. La série débutera à Radio-Canada le 8 janvier, à 10 h.

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