Jean-Pierre Bélanger s’ouvre sur le deuil difficile de sa femme, Andrée Boucher | 7 Jours
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Jean-Pierre Bélanger s’ouvre sur le deuil difficile de sa femme, Andrée Boucher

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Photo : Dominic Gouin

Dans son plus récent roman, il est question d'une manipulatrice. Jean-Pierre Bélanger en a croisé dans sa vie, mais sa rencontre avec Andrée Boucher lui a redonné confiance en l'humain. Aujourd'hui, la douleur de son départ est encore vive, mais il est apaisé de savoir qu'elle ne souffre plus...

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Cela fait 30 ans qu’il nous a offert son tout premier roman, Le tigre bleu. Depuis, Jean-Pierre Bélanger qui, dans une autre vie, était acteur, a œuvré dans l’organisation d’événements, s’est impliqué en politique, a offert des conférences, signé d’autres livres... Qu’est-ce qui l’avait poussé, trois décennies plus tôt, à tourner le dos au jeu pour prendre la plume? «Je travaillais comme comédien, et ça allait bien; je faisais beaucoup de choses. Puis, à un moment donné, j’ai écrit et produit un one man show qui a eu de bonnes critiques, mais j’ai réalisé que j’aimais mieux écrire que produire et jouer. Il m’est venu en tête une idée de roman. C’était Le tigre bleu.» 

L’homme vient de lancer le roman Machiavel en talons hauts. Il nous plonge au cœur d’une famille dont l’histoire prend naissance à la fin des années 1960, dans un riche quartier de Montréal. Le jeune Charles, qu’on soupçonne d’être l’alter ego de l’auteur — celui-ci admet d’ailleurs avoir puisé un brin dans son passé —, grandit auprès d’une mère narcissique et manipulatrice. Les parents du jeune homme sont dans la politique, qui est une toile de fond importante du livre. «Le pouvoir et l’intimidation se retrouvent souvent dans ce milieu.» Il maîtrise son sujet à merveille! «J’ai parlé à une psychologue, à qui j’ai fait lire le livre. Elle m’a dit que c’était d’une grande justesse et qu’elle voit des personnes manipulatrices comme celles de mon roman passer dans son bureau.»

DES MANIPULATEURS, IL SAIT CE QUE C’EST!
Oui, Jean-Pierre Bélanger a croisé des manipulateurs dans sa vie! «C’est un modèle que j’aivu étant jeune et dans ma carrière, concède-t-il. C’est un combat de toute une vie d’arriver à survivre et à obtenir le respect dans un milieu comme celui dont il est question dans mon roman. Un narcissique n’a pas confiance en lui. Il se bâtit une fausse personnalité, et tout le monde doit se soumettre aux manipulations qu’il exerce en utilisant le mensonge, l’intimidation, la violence verbale... Il détruit la personnalité de l’autre et fait de cette personne sa chose. Moi, j’ai refusé de devenir une chose.» 

Qu’est-ce qui l’a motivé à écrire sur ce sujet? «C’est peut-être mon aventure dans la politique, laisse-t-il d’abord tomber. Et il y a des gens qui ne cherchent qu’à s’immiscer en toi pour avoir le contrôle absolu. Ça, c’était resté en moi, et tout mon être me disait d’en parler.» 

Il écrit parce qu’il adore cela, mais aussi pour dénoncer. «Si vous saviez le nombre de lecteurs qui m’écrivent pour me dire: “Merci d’en parler, ma mère était comme ça.” ou “J’ai vécu ça.” L’intimidation est un fléau.»      

Julien Faugère


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UN APAISEMENT
Si Jean-Pierre a croisé des gens toxiques dans sa vie, sa rencontre avec la comédienne Andrée Boucher a été salvatrice. «Elle m’a fait aspirer à autre chose, admet l’auteur. Elle pouvait réussir sans écraser l’autre. Et elle m’a fait découvrir qui j’étais vraiment.» 

Cela fait plus d’un mois et demi qu’Andrée nous a quittés. La blessure est encore vive pour Jean-Pierre. «Quand elle est décédée, je ne m’appartenais plus. Ç’a été une onde de choc! Mon Andrée a partagé ma vie pendant 45 ans. Durant trois semaines, c’est comme si j’avais eu un poignard enfoncé dans les tripes. J’essayais de l’enlever, mais je n’y arrivais pas. Ç’a été terrible!» 

Il pleure son départ, mais il avoue que si les derniers temps ont été difficiles pour Andrée, qui souffrait physiquement, ils l’ont été pour lui aussi de la voir dans cet état. «Pendant que j’écrivais ce livre, elle était malade et souffrante. C’est surtout là qu’était la difficulté. Vers la fin, je lui donnais des soins, et il n’y avait que moi pour les lui prodiguer. Alors des fois, je regardais le ciel et je disais: “Est-ce qu’il y a quelqu’un en haut qui va venir m’aider?!” Ce n’était pas plus drôle pour elle.» 

Il précise que le décès de sa conjointe n’est pas une libération. «C’est un apaisement. Il y a eu bien de la douleur dans les dernières années. Savoir qu’elle ne souffre plus, c’est beaucoup.»

IL A JETÉ SES VÊTEMENTS
Après la mort de sa tendre moitié, le 30 septembre dernier, Jean-Pierre a eu beaucoup de soutien. «Il y a eu des gens extraordinaires autour de moi! Juste sur Facebook, j’ai reçu plus de 350 messages de condoléances; les gens m’ont envoyé de beaux mots. Quand je faiblissais, je les relisais.» 

Depuis, il vit au jour le jour. «Aujourd’hui, je me dis que le passé est passé et que je ne peux rien y changer. Et je ne peux pas me projeter dans le futur, parce que je ne sais pas de quoi il sera fait. Je peux juste vivre le présent.» 

Jean-Pierre garde ses beaux souvenirs avec Andrée. Mais pour l’instant, il a de la difficulté à la voir à l’écran, dans Des dames de cœur, en rediffusion à ARTV, ou à voir les choses qu’elle portait au quotidien. «J’élimine ce qui me ramène dans un état de douleur. Tous ses vêtements, je les ai jetés. Je n’étais pas capable de les conserver, parce qu’on a vécu tous les jours ensemble pendant 45 ans.»

IL NE TERMINERA PAS LE ROMAN D’ANDRÉE
Quelques mois avant sa mort, Andrée nous avait confié qu’elle écrivait un roman. Jean-Pierre compte-t-il le terminer? «Non. Elle avait jeté ses idées sur papier, mais ce serait trop douloureux pour moi de reprendre ses écrits.» 

En ce moment, l’écriture le sauve: il planche sur une suite à son roman Machiavel en talons hauts.      

Le roman Machiavel en talons hauts, de Jean-Pierre Bélanger, est offert dans les librairies et sur les sites d’achat de livres en ligne.

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