Mario Pelchat revient avec émotion sur le deuil difficile de sa mère | 7 Jours
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Mario Pelchat revient avec émotion sur le deuil difficile de sa mère

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Julien Faugère

Mario Pelchat célèbre ses 40 ans de carrière. Quatre décennies durant lesquelles il a tissé, avec le public, une histoire d’amour singulière. Pour souligner l’événement, le chanteur et producteur nous présente un album double de nouvelles chansons et de grands succès, de quoi réjouir ses fidèles admirateurs. En dressant son bilan, Mario se devait de rendre hommage au passage à celle sans qui rien n’aurait été possible: sa mère, qui lui a manifesté son appui dès le premier jour.

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Mario, quels sont les projets qui retiennent votre attention par les temps qui courent?
Le vignoble nous occupe beaucoup. En pleine pandémie, comme prévu, nous avons commencé la construction d’une boutique et d’une salle où se tiendront des événements. La boutique est maintenant ouverte. De plus, à titre de directeur du label MP3, j’ai des productions en route. Même si nous travaillons à distance, nous avons trouvé le moyen d’être efficaces. L’album de René Turgeon, un chanteur country, est déjà lancé. Et je prépare la sortie de celui de Paul Daraîche et Renée Martel qui aura lieu le 22 octobre. C’est un album touchant de deux artistes que le public adore.     

Photo : Jean Langevin


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Et, bien sûr, vous avez enregistré un album pour souligner vos 40 ans de carrière. Que contient-il?
Comme au premier rendez-vous est un album double qui comprend 12 chansons originales et une compilation de 15 chansons qui ont marqué les 40 dernières années. Le choix des chansons a été difficile! Nous avons demandé aux fans de nous faire des suggestions. J’y ai mis des pièces des albums hommage que j’ai faits: une de Bécaud, une d’Aznavour et une de Legrand. Il y a aussi la chanson hommage à ma mère, que j’ai enregistrée en 2019 lorsqu’elle est décédée, mais qui ne faisait partie d’aucun disque jusqu’à maintenant. Les gens la réclamaient. Contrairement à mon habitude, je n’ai écrit aucune chanson originale, mais j’ai fait des suggestions de thèmes aux auteurs. J’ai évoqué le fait que je n’avais pas eu d’enfant, ce qui demeure un regret pour moi. On m’a composé Toi, l’enfant que je n’ai pas. Je leur ai aussi parlé du public qui est là et qui me suit depuis toujours. Je me sens choyé de pouvoir compter sur des gens qui sont encore au rendez-vous. Ça a donné des chansons toutes aussi belles les unes que les autres. On m’en a aussi proposé une sur le vignoble: Notre terre promise. J’ai pleuré quand je l’ai reçue! Ces chansons, c’est notre vie à Claire et moi. Elles sont si proches de moi que j’aurais pu les écrire. L’album est sorti le 24 septembre, soit presque 40 ans jour pour jour après la parution de mon premier 45 tours en septembre 1981. 

Est-ce une grande fierté pour vous d’avoir accompli ces 40 années de carrière et de continuer à être aimé du public?
Bien sûr! J’ai vu des chanteurs et des chanteuses qui ont eu de beaux succès, mais qui n’ont pas duré. Ma carrière est le fruit d’un ensemble de facteurs, comme choisir les bonnes chansons, être proche du public, ne pas se voir ailleurs dans la vie. Il n’y a jamais eu de plan B dans ma carrière. Si je suis devenu producteur, c’est parce que je voulais tendre la main aux jeunes et moins jeunes — mettre en lumière des gens, ça m’allume. Et même si je ne le faisais pas dans ce but, je sais que quand on aide les autres, ça nous revient. 

Julien Faugère


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On connaît votre succès, mais vous avez aussi eu des moments difficiles en 40 ans...
Oui, j’ai connu des passages à vide. Souvent, j’ai dû m’accrocher, quand je ne voyais pas d’issues. En 1996, j’ai traversé une période plus difficile. Lorsque j’ai quitté Sony et que j’ai produit l’album VII, tout le monde voulait faire partie de cette boîte, alors que moi, je tournais la page...

Des gens ont-ils prédit la fin de votre carrière?
Oui, j’ai souvent entendu ça en 40 ans... À la sortie de mon deuxième album, j’ai entendu dire que Mario Pelchat était fini. J’avais eu un premier succès avec Je suis un chanteur et quelques autres extraits radio. Mon deuxième album n’ayant pas levé, les gens disaient que j’allais retourner au Lac-Saint-Jean... Quand j’entendais ce genre de commentaires, c’était du carburant pour moi: ça m’alimentait! Ça me donnait envie d’être encore plus fort. Je ne me suis jamais laissé abattre. Il faut dire que j’ai eu de bons exemples.

Julien Faugère


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À qui faites-vous allusion?
J’ai vu mon père travailler fort toute sa vie. Mon grand-père et mes oncles aussi. C’étaient des ouvriers qui n’ont jamais lésiné sur les efforts. Ce sont de beaux exemples pour moi. Aujourd’hui, quand je me lève, j’ai l’impression d’être en Toscane: je suis estomaqué par la beauté du paysage. Je nous revois, Claire et moi, en train de planter nos premières petites vignes...

Parmi vos plus beaux souvenirs de carrière, qu’est-ce qui vous revient en mémoire?
Tout ce que j’ai vécu avant d’en arriver à la consécration: les premiers spectacles, les premiers autographes. Quand je sentais un certain engouement, que je revoyais des fans qui me suivaient, je me sentais choyé. En 1988, lorsque j’ai fait le medley des chansons de l’année à l’ADISQ, j’ai senti que ma famille voyait enfin que j’accédais à mon rêve. Mes collègues de travail, c’étaient des artistes que nous admirions depuis toujours: Yvon Deschamps, Ginette Reno, Michel Louvain, Pierre Lalonde. Je faisais partie de la gang! Puis, en 1990, j’ai gagné mon premier Félix. J’en ai 14 maintenant... (sourire)

Gracieuseté


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Vos chansons sont associées à tellement de moments marquants dans la vie des gens...
C’est quelque chose qu’on me dit souvent. Avant de faire des disques, je chantais avec ma sœur Johanne à l’église. J’avais autour de huit ans. Puis, nous chantions dans les mariages. L’été, nous avions un agenda bien rempli! Après mon premier album, les gens me rappelaient que j’avais chanté à leur mariage 10 ans plus tôt. Puis, j’ai vieilli. Aujourd’hui, on me dit que j’ai chanté à leur mariage il y a plus de 40 ans! (rires)

Cet anniversaire que vous célébrez reste-t-il associé à vos débuts avec votre sœur?
Johanne disait toujours qu’elle n’allait pas faire carrière dans la chanson. Elle voulait un mari, une famille, une petite vie tranquille. Johanne et moi avons chanté ensemble jusqu’à sa mort en 1979; elle avait 16 ans. Elle n’a pas connu ma carrière. C’est après son décès que tout a démarré. Elle a fait partie de mon parcours. Nous partagions tout, nous chantions toujours ensemble, nous allions à l’école ensemble. Nous étions aussi des amis, des collègues de travail. Nous avions 11 mois de différence.

Son départ a été un moment particulièrement difficile pour vous...
Oui, son départ a été très difficile... Quand maman est partie en 2019, elle espérait qu’elle irait retrouver sa fille. Elle savait que nous étions grands, que nous avions notre vie et qu’il était temps qu’elle revoie sa fille. Elle avait une image dans sa chambre qui lui venait de Johanne. On voyait une clairière, un chêne, un étang, des moutons, un berger. Sur son lit de mort, ma mère a rêvé qu’elle y était avec Johanne. Elle se plaisait à répéter que c’était là qu’elle s’en allait et qu’elle allait y retrouver sa fille. Ma mère me manque, mais je suis presque content qu’elle n’ait pas vécu la pandémie. Elle était de nature anxieuse. Je pense qu’elle aurait trouvé cela trop difficile. C’est ma seule consolation... La chanson que Nelson Minville m’a écrite, Quand l’un de nous s’en va, est vraiment très belle. Ma mère était née un 6 décembre, et c’est aussi un 6 décembre qu’a eu lieu la tuerie de Polytechnique. Je me rappelle que, lorsque je l’avais appelée ce jour-là, elle était bouleversée. Elle avait elle-même perdu sa fille des années auparavant... Elle ne pouvait pas faire autrement que de se mettre à la place des parents des victimes. Pour toutes ces raisons, il fallait que cette chanson soit sur mon album. 

C’est comme un hommage à l’auteure de vos jours?
Oui, parce que ma mère m’a tout appris. Mon père aussi, mais ma mère était comme une manager. Elle nous guidait dans la gestuelle, la pause de la voix, la diction. Il fallait bien articuler, bien prononcer les mots. Elle nous faisait faire des exercices. Elle nous a appris à monter un répertoire.

Avez-vous eu l’occasion de la remercier pour tout ce qu’elle a fait pour vous?
Oui, j’ai pu lui dire merci... (Mario s’arrête, profondément ému.) Quand mon frère m’a appelé pour me dire que ma mère n’allait pas bien, j’étais certain qu’elle allait guérir. J’ai pris la route et, en arrivant à la maison, je l’ai vue étendue sur le divan. C’est à ce moment-là que j’ai compris que nous allions peut-être la perdre... Elle a ouvert les yeux. Elle était heureuse de me voir. Je me suis assis à côté d’elle et lui ai confié: «Maman, je ne te l’ai jamais dit, mais c’est grâce à toi si je fais mon métier. C’est grâce à toi si je suis rendu là où je suis. Si tu n’avais pas fait tout ce que tu as fait, jamais je n’aurais pu me rendre là.» Elle m’a fait un beau sourire et m’a dit qu’à l’époque, elle ne savait pas si j’allais en faire une carrière, mais que j’avais une belle voix... Elle m’a rappelé que je chantais la chanson de Serge Lama, Dans l’espace. J’avais complètement oublié ça... En rentrant chez moi, j’ai acheté la chanson et je me suis souvenu que j’avais remporté un concours en chantant cette pièce. Je me suis revu, portant un habit que ma mère m’avait confectionné. On aurait dit que cette chanson avait été écrite pour son départ... Je l’ai donc chantée à ses funérailles. (Mario s’arrête encore, peinant à poursuivre.) Elle me manque beaucoup... Elle est décédée le 25 septembre 2019. Quand le temps des vendanges arrive, ça pourrait être une belle période... mais c’est assombri par l’anniversaire de son départ. Au bout de la terre, il y a une parcelle qui ressemble à l’image que chérissait ma mère. J’ai envie de l’aménager comme cette image... (sourire)

Photo : Marilyn Bouchard


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Un mot sur Claire, votre compagne, votre amoureuse, votre alliée depuis si longtemps...
Ma mère l’aimait beaucoup. Sur son lit de mort, elle m’a demandé où je l’avais rencontrée, comment j’avais fait sa connaissance. Elle la trouvait tellement fine, douce et tellement parfaite pour moi! Claire a été touchée d’apprendre cela. Les gens de la génération de ma mère étaient avares de commentaires et d’affection. Ma mère m’a rarement dit qu’elle m’aimait. Elle s’est reprise sur son lit de mort, et moi aussi. C’est vrai que Claire est une perle. Elle est précieuse. Ça fait 27 ans que nous sommes ensemble, et je regrette notre divorce. C’est Claire qui a mis la touche finale au vignoble et à la boutique. Depuis la pandémie, sa mère, qui a 87 ans, habite avec nous. Ensemble, elles confectionnent des produits dérivés du vignoble; entre autres, des sacs à vin personnalisés. Nous sommes contents de nous être lancés dans cette aventure. C’était audacieux, mais nous sommes vraiment heureux! 

L’album Comme au premier rendez-vous est en vente depuis le 24 septembre.
On s’informe sur les projets de Mario et sur sa tournée aumariopelchat.com.
On visite la boutique de Mario et Claire
sur la page Facebook Domaine Pelchat Lemaitre Auger.

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