Atteint d’un cancer incurable, Pascal Rollin accorde son ultime entrevue | 7 Jours
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Atteint d’un cancer incurable, Pascal Rollin accorde son ultime entrevue

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Photo : Patrick Seguin / Les Pu

Il nous accueille à l’ascenseur de son condo, et c’est en voyant sur la table toutes les pilules qu’il doit prendre qu’on réalise qu’il est atteint d’un cancer. Plus émacié et marchant d’un pas lent, Pascal Rollin était touché de pouvoir donner en tête à tête cette ultime entrevue. À 81 ans, l’acteur nous a livré ses confidences avant la tombée du rideau.

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J’avoue que j’ai songé à reporter l’entrevue, mais en même temps, cela m’empêche de me concentrer sur mes douleurs. Ma routine du matin — prendre ma douche, m’habiller, préparer mon petit-déjeuner — est de plus en plus difficile. J’irai très bientôt dans une maison de soins palliatifs. Je suis arrivé à cette étape. Même si cela signifie le début de la fin, je sais que j’y serai bien. Je suis en paix avec cette idée. J’ai hâte d’être au paradis. Je vous y garderai une place», promet-il de sa voix douce, en souriant.

Si visiblement l’homme de théâtre ne craint pas ce dernier acte, c’est qu’il ne voit pas la fin de sa vie terrestre comme la fin de son voyage. «Je crois à la vie après la mort. Une sorte de dimension où nous vivons dans l’amour total. J’y ai toujours cru et plus encore depuis ces dernières années. Récemment, j’ai lu De l’âme, de François Cheng, un écrivain et poète français de 91 ans, originaire de la Chine. Ça m’a fait un bien immense. J’ai une vie intérieure qui me comble; peu de choses extérieures me retiennent encore ici.»

Ayant eu une existence plutôt rangée et une bonne santé jusqu’à tard dans sa vie, il a appris il y a six mois que son heure avait sonné. «J’avais été opéré aux intestins. Voyant que je n’allais pas mieux une fois de retour chez moi, mon docteur m’a fait passer des tests et un scanner. J’étais avec des amis quand il m’a appelé pour me dire que j’avais un cancer du poumon de stade 4 et qu’il était incurable. Sur le coup, je n’ai eu aucune réaction. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé l’ampleur de la nouvelle.» 

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Durant sa vie, l’artiste a combattu deux dépendances de taille: la cigarette et l’alcool. S’il ne tient pas à faire un lien entre sa maladie et ces deux substances, il admet avoir baissé les bras devant l’une, mais pas devant l’autre.

«J’ai souvent arrêté et recommencé à fumer. J’ai déjà cessé pendant 5 ans, même 20 ans. Là, j’ai recommencé, car ça ne change plus rien. Mais je ne touche plus à l’alcool depuis le 13 décembre 2012. La veille, au restaurant, un gars à la table d’à côté m’a demandé avec insistance comment nous faisions pour retenir nos textes. Une question qu’un acteur se fait souvent poser! Au lieu de lui répondre comme à l’habitude — je suis gentil et doux de nature —, je me suis impatienté. Le lendemain, l’amie qui était avec moi ce soir-là m’a appelé pour me dire qu’elle n’avait pas aimé me voir ainsi. Juste après avoir raccroché, j’ai appelé les AA. On m’a dit que ce soir-là il y avait une réunion dans le sous-sol de l’église Immaculée-Conception. Je connaissais l’endroit, puisque j’y ai passé une bonne partie de ma jeunesse et chanté des messes. À ce premier meeting, j’ai aussitôt senti que c’était ma place. J’y ai entendu des partages inspirants, je m’y suis fait des amis extraordinaires. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais eu le goût de boire.»

Les gens qui ont emprunté cette voie diront qu’arrêter de boire est une chose, mais que faire les 12 étapes en est une autre. Il nous raconte ce périple introspectif. «Ç’a été formidable. À la cinquième étape, où l’on fait son bilan personnel, on m’avait suggéré d’écrire une lettre à mes défunts parents. Celle destinée à mon père a été facile à écrire, mais je n’arrivais pas à rédiger la lettre pour ma mère. J’ai compris pourquoi. Bien avant cette démarche, je lui en avais écrit une épouvantable, qu’heureusement elle n’a jamais lue. Après l’avoir retrouvée dans mes papiers, avec ma marraine, je l’ai lue; puis je l’ai déchirée et brûlée. J’ai tout de suite ressenti une grande paix intérieure. Ça a changé ma vie.» 

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Une carrière jalonnée de beaux rôles

Photo : / SRC



Au fil de l’entrevue, on comprend que le comédien n’emportera avec lui que ses plus beaux souvenirs. «Je n’ai aucun remords et aucun regret. J’ai fait ce que j’ai pu avec ce que j’avais. Grâce à Gilles Pelletier et à la N.C.T. (Nouvelle compagnie théâtrale), j’ai eu la chance d’incarner des personnages fantastiques. Ai-je joué le rôle de ma vie sur la scène? Je l’ignore. Mais je sais que je me suis souvent senti bien en jouant. J’étais au service du personnage, et les gens m’appréciaient. Quand les gens t’aiment et qu’ils t’applaudissent, ça, c’est le rôle de ta vie!» souligne l’artiste qui, pendant plus de 60 ans, a fait sa marque.

Né dans l’ombre d’un grand frère célèbre, Louis Bilodeau, légendaire animateur de Soirée canadienne, Pascal Rollin — de son vrai nom Guy Bilodeau —, aura réussi très tôt dans sa carrière à se tailler une place enviable. On l’a vu, entre autres, dans les films Le confessionnal de Robert Lepage et Jésus de Montréal de Denys Arcand. Sur scène, il a joué de grands classiques et des pièces marquantes de notre dramaturgie. Il a aussi cofondé et dirigé, pendant 10 ans, avec son amie Michelle Girard, le Théâtre des Cascades, à Vaudreuil-Dorion. On se souvient de ses rôles dans les séries et téléromans les plus populaires: Rue des Pignons, Les Forges de Saint-Maurice, Le clan Beaulieu, L’or du temps, La Maison Deschênes, Scoop, Paparazzi, 19-2 et, plus récemment, Les pays d’en haut

Photo : Bertrand Calmeau / RADIO-CANADA



«Camper Monseigneur Fabre, autoritaire et très dur, a été très gratifiant. Ses guerres de pouvoir avec le curé Labelle étaient savoureuses à jouer. J’ai eu des scènes extraordinaires!» 

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Le temps des adieux


Alors que le sablier du temps s’écoule, ses amis et bon nombre de collègues, mis au courant de la triste nouvelle, se sont relayés pour lui rendre visite chez lui avant le moment fatidique. «Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre. J’ai l’impression que dans quelques mois, je ne serai plus là. Je n’ai pas peur de la fin, mais quand j’étais plus jeune, oui. À 30 ans, l’idée de mourir un jour me traumatisait. Plus on s’approche de la fin, moins elle nous fait peur. Mourir, ce n’est rien, c’est un passage. Je crois que je ne souffrirai pas. Là où je serai, ils feront tout pour que je sois le plus confortable possible.»

Puisqu’il est désormais possible de demander l’aide médicale à mourir, pourquoi n’a-t-il pas choisi cette voie? «Il en a été question avec mon médecin. Andrée Lachapelle a fait ce choix. Je pense souvent à elle. Elle n’avait pas été malade très longtemps avant de le demander. Moi, j’aime beaucoup la vie. S’ils peuvent me soulager avec de la médication, je préfère ça, d’autant plus qu’en ce moment, il fait beau. J’aimerais mieux partir à l’automne. Je n’ai pas envie de m’en aller tout de suite.»

Homme prévoyant, il a depuis longtemps fait son testament. N’ayant pas eu d’enfant ni de partenaire de vie, il a décidé de partager tous ses avoirs avec ses amis et sa famille. Pour ce qui est du public, il y va d’une belle image. «J’espère que les gens vont retenir ce que j’avais dans le cœur. Le plus important, c’est l’amour qu’on laisse derrière soi. Pour ce qui est de l’amour, le vrai, j’avoue que je l’ai appris un peu sur le tard. Il y a aussi l’amitié que l’on se doit de chérir et d’entretenir.»

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Il était épuisé par l’exercice, mais content de cette dernière entrevue. Avant de nous quitter, nous avons pris une dernière photo ensemble. Merci, Monsieur Rollin, pour ce moment inoubliable. 

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