Guy A Lepage revient sur une année intense à la barre de Tout le monde en parle | 7 Jours
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Guy A Lepage revient sur une année intense à la barre de Tout le monde en parle

Image principale de l'article Une année intense à la barre de TLMEP

Les derniers mois ont été intenses pour Guy A. Lepage. Aux commandes de Tout le monde en parle depuis 17 ans, il a dû s’ajuster aux soubresauts de l’actualité, renouer avec l’animation en direct et faire face au départ de Dany Turcotte, son complice depuis les tout débuts. Des défis relevés avec succès pour celui dont les choix de projets sont toujours guidés par le plaisir et la passion...

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Guy, pour tout le monde, le moins qu'on puisse dire, c'est que les derniers mois ont été différents et aussi intenses. On a l'impression que, pour toi, professionnellement du moins, ils ont été doublement intenses...

(Rires) Oui, mais le travail que je fais vient avec une responsabilité. Tout le monde en parle se passait en direct, c’était tout nouveau. Et comme des enjeux importants sont traités pendant l’émission et commentés durant toute la semaine dans les autres médias, oui, la responsabilité et le défi étaient grands.      

Et cette année, avec l’actualité, ce rendez-vous du dimanche semblait aussi plus puissant, plus important... Oui, je l’ai senti. Ça fait 17 ans qu’on est là tous les dimanches soir. Et il y en a eu, des vagues. Le dimanche soir, avec tout ce qu’il y a sur les différents réseaux de télé, comme dirait Louis-Jean Cormier: «On est tout le monde en même temps.» Mais même contre de gros canons, nos cotes d’écoute ont augmenté. J’ai senti que c’était important pour nos téléspectateurs qu’on soit là. Ça m’a obligé à être deux fois plus préparé, parce que je sais que je vais poser deux fois moins de questions, mais que je dois connaître toutes les réponses présumées. Je veux être capable de renchérir ou de contredire les gens qui ne disent pas la vérité. Le fait d’être en direct m’a demandé de travailler sept jours par semaine pour chaque semaine où l’émission était en ondes. 

Malgré le surplus de travail que ça demandait et le stress que ça entraînait, as-tu aimé la sensation du direct?
Comme animateur, j’ai toujours aimé le direct. J’ai quand même animé des galas de l’ADISQ, des fêtes de la Saint-Jean, et il y a eu tous les spectacles avec RBO. Je ne suis pas stressé en direct. Mon pouls est assez bas, je ne fais pas de crises de panique. C’est plus comme coproducteur de l’émission que je vois le défi, parce que le direct nous oblige à limiter le temps d’intervention avec les invités, et aussi à inviter des gens dont on est certain, entre guillemets, qu’ils vont livrer la marchandise. En différé, j’avais le temps de recevoir des gens qui ne sont pas familiers avec la télévision. J’aurais pu recevoir ta tante qui serait venue me parler de quelque chose; j’aurais passé 10 minutes à la mettre à l’aise, parce que j’aurais su que ça ne passerait jamais en ondes ce qu’on se serait dit. Je lui aurais juste parlé pour qu’elle se sente bien et après, j’aurais commencé l’entrevue. Mais là, je n’avais pas cette marge de manœuvre. J’étais obligé d’inviter «des grandes gueules» ou des spécialistes.      

Quand même, c’est toujours quelque chose, une poussée d’adrénaline, d’entendre le décompte avant le début d’une émission. As-tu un rituel particulier durant ces secondes?
Non, c’est niaiseux, mais dans les 30 dernières secondes, je pense à boire de l’eau, à prendre de grandes respirations et à faire un gag d’adolescent prépubère à mon équipe pour les faire rire. Vraiment une joke d’imbécile. (rires) Et des fois, il y a un politicien sur le plateau qui nous regarde rire et qui a l’air de se demander ce qu’il fait là, pourquoi il a accepté de venir. (rires)


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Dans les moments intenses de la dernière année, il y a eu le départ de ton complice, Dany Turcotte, qui n’en pouvait plus de la pression des réseaux sociaux. As-tu de ses nouvelles? Comment va-t-il?
Il va bien. On ne s’est pas revus à cause de la pandémie, mais on se parle et on se texte régulièrement. Dany, c’est le parrain de mon fils, je m’entends super bien avec lui. Je sentais que quelque chose comme ça s’en venait, parce que je le voyais de plus en plus malheureux. Et là, je le vois de plus en plus heureux, alors je me dis «qu’il s’est choisi, qu’il s’est fait un cadeau de soi à soi», comme on le dit dans les émissions d’avant-midi. (rires) Et se faire ce genre de cadeau, c’est un privilège. Il faut réaliser qu’on est plus important que notre travail. Il faut aussi pouvoir se le payer. Il y a des gens qui ont trois enfants, qui ne gagnent pas une cenne, qui ont des loyers à payer et qui n’ont pas ce choix. Dany s’est rendu compte que faire l’émission le rendait plus malheureux qu’heureux. Et je te dirais qu’il a pris une sage décision. Je suis très impressionné. Il est vraiment bien, et je ne le sens pas amer. 

Et toi, es-tu toujours heureux lorsque tu fais ton émission? As-tu toujours le même plaisir qu’au début?
Oui, je suis toujours heureux de faire ça, et ce, pour deux raisons. Premièrement, je sais que l’émission est utile. Tu sais, j’ai passé l’essentiel de ma carrière à divertir les gens, et là, on m’a donné la responsabilité d’être utile. J’aime bien cette vision-là. Et mine de rien, ça me laisse quand même cinq mois par année pour faire ma «vraie» job. Donc, j’ai toujours un autre projet en parallèle. Le fait de pouvoir faire les deux, ça me donne accès aux deux pôles de mon métier, qui sont totalement différents. Dans mon métier d’humoriste, d’auteur, de comédien, il n’y a rien qui me sert pour Tout le monde en parle. Et l’inverse est aussi vrai.

Lorsque Dany a fait le choix de partir, il a mentionné que le public de Tout le monde en parle est un public en or et allumé. Toi, de quelle façon qualifierais-tu ton public?
Fidèle. Et j’essaie de trouver un bon mot pour «obstineux», c’est-à-dire un public qui ne s’en laisse pas passer. Vigilant, peut-être. Quand il a l’impression qu’on n’a pas souligné ou qu’on n’a pas fait quelque chose, je te dis qu’on se le fait dire! Aussi, c’est probablement la seule émission de l’histoire de la télé que les gens qui la détestent regardent encore pour la détester davantage. (rires) Moi, les émissions que je n’aime pas, je les regarde deux fois, je me fais mon idée. Je ne vais pas développer un sentiment d’agressivité parce qu’après une ou deux fois, je me dis que ce n’est pas pour moi. Si toutes les personnes qui nous ont écrit en disant: «Je ne regarderai plus votre émission» passaient à l’acte, je vais te dire qu’on aurait des cotes d’écoute de 52 000 téléspectateurs et non pas de 1,3 million... (rires)

Justement, le public t’a choisi, et tu as gagné le trophée ARTIS du meilleur animateur de magazines culturels et talk-shows. Tu n’étais pas au gala, tu animais ton émission en direct. Comment t’es-tu senti?
Comme j’avais dit que je ne pourrais pas être présent, on m’a demandé de faire des remerciements au cas où je gagne. Alors, le dimanche précédent, je les ai enregistrés, ce qui est bizarre, parce que faire des remerciements sans savoir si tu gagnes, disons que tu espères que personne ne va tomber là-dessus si tu n’as pas gagné... (rires) Durant la soirée du gala — mon prix a été annoncé assez tard —, j’ai pu faire des remerciements en direct. C’était le meilleur des deux mondes. J’aime le gala ARTIS. Ça fait 25 ans que je suis nommé chaque année. J’ai été chanceux, j’ai gagné plusieurs fois, et je trouvais important de bien faire ces remerciements à ceux qui nous écoutent.

Ça fait 17 ans que tu animes Tout le monde en parle. Croyais-tu que tu passerais autant d’années à la barre de l’émission?
Non, pas du tout! Je pensais que ça durerait deux ou trois ans. Lorsque Mario Clément a acheté le concept de l’émission à Thierry Ardisson pour me l’offrir, en 2004, j’ai refusé! Je venais de gagner un trophée pour l’ensemble de ma carrière aux Gémeaux. À 43 ans, j’ai décidé que c’était fini pour moi la télévision, parce que j’avais été «hommagé». J’allais faire du théâtre, de la musique, du cinéma. Alors j’ai refusé, et mon excuse, c’était le tournage d’un film, qui a finalement été reporté huit ans plus tard. Donc, j’ai dit OK, je vais animer un an ou deux, trois peut-être, la durée normale d’une émission. Puis, j’ai dépassé les trois ans, et chaque fois, je me suis dit que c’était peut-être la dernière année... Ce qui fait que, depuis mes débuts, j’ai signé 17 contrats d’un an chacun!

Carrément?
Oui, une année à la fois. Et c’est la première fois cette année qu’on a annoncé si tôt mon retour pour la prochaine saison. Lorsque Dany a quitté l’émission, Radio-Canada m’a demandé d’annoncer notre retour pour dissiper la mauvaise nouvelle, et aussi pour rassurer le public. C’était la première fois que je l’annonçais plus tôt qu’à la dernière émission, au public et aussi à mon équipe... 

Pourquoi attendais-tu? Par souci de liberté?
Je pense que trois mauvaises émissions de TLMEP en ligne, c’est l’équivalent de 14 défaites du Canadien! Il faut que tu fasses des changements majeurs. Je sais qu’on n’a jamais eu plus qu’une mauvaise émission d’affilée. Et quand ça arrive, une mauvaise émission, ça fesse. Vraiment, les réactions, c’est violent, c’est tumultueux. Tu te dis qu’il faut qu’on se ressaisisse. Et c’est tellement demandant, c’est tellement de travail que je n’aurais pas le goût que mon équipe et moi on scrappe toutes nos fins de semaine à faire quelque chose qui ne nous rend pas fiers. 


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Guy, si on parle de pandémie, qu’est-ce qui t’a le plus manqué?
Il n’y a rien qui m’a «le plus manqué». J’ai eu les mêmes manques que tout le monde, sauf que je me suis ennuyé de mon fils aîné, Théo (29 ans). Je voyais ma blonde tous les jours, mes deux autres enfants aussi. Le fait que j’ai 60 ans, que j’ai une famille, dont deux enfants qui sont à l’école primaire et qui ont quand même une vie sociale, ça allait. C’est sûr que je m’ennuyais de mon équipe, mais je les voyais, un par un, le dimanche soir. On faisait une rotation. Mais je suis habitué à travailler de la maison, puisque j’écris de chez nous depuis les débuts de RBO. Je n’ai pas découvert le mou cette année. Je fais partie de ceux qui mettent quand même des jeans et un chandail pour travailler, parce que j’ai commencé le télétravail à 20 ans. Alors, pour être bien honnête, c’est mon fils Théo qui m’a manqué. Parce que tout le reste, je l’ai à temps plein ou je l’ai assez eu dans ma vie pour être capable de sauter un an.

Ces derniers mois, nous avons tous appris sur nous-même. Toi, qu’est-ce que ça serait?
Plusieurs choses. J’ai appris que j’étais plus résilient que je le pensais. Ça m’a surpris, mais c’est peut-être juste l’âge, par contre. Je ne sais pas si j’aurais aussi bien réagi si j’avais eu 25 ou 30 ans. J’ai aussi appris que tout ce qu’on a peut nous échapper très rapidement. Et j’ai constaté qu’il y avait une scission présentement dans la société, avec les gens qui pensent que la pandémie n’existe pas, que c’est un immense complot. Ce n’est pas la majorité de la population, je ne sais pas à combien l’évaluer, peut-être de 15 à 20 % des gens, mais je pense que cette scission va durer aussi longtemps que celle du premier référendum, que ça va prendre 10 ans avant que tout le monde se parle, parce qu’on a tous été le covidiot de quelqu’un... 

Avec une pause de Tout le monde en parle, tu prends des vacances... Arrives-tu à ne rien faire?
Je ne suis pas démuni quand je ne travaille pas. Au fil des années, j’ai toujours beaucoup travaillé, mais je ne m’éparpille plus. Plus jeune, j’avais huit projets en même temps et j’y arrivais, mais il n’y avait pas nécessairement de constance. Depuis plusieurs années, il y a des choses que je préfère. Premièrement, je veux prendre du temps avec ma famille, c’est important. Deuxièmement, je veux faire des projets où je joue un rôle essentiel pour qu’ils se réalisent, ou bien des projets totalement gratuits, juste pour me faire plaisir, pour aider. Je suis maintenant ambassadeur pour la Fondation CHU Sainte-Justine et c’est important pour moi. Alors j’ai décidé que ça faisait partie de mes tâches.

C’est la passion qui te mène à travers tous ces projets?
Oui, c’est juste ça. Je veux être utile et avoir du plaisir. En ce moment, je travaille sur Bébéatrice, la série d’animation. C’est un projet familial: ma femme est la productrice et elle est super bonne là-dedans. Elle est très motivée et en plein essor dans sa carrière. C’est sûr que c’est très stimulant. Elle vient de faire le documentaire sur la DPJ, et nous travaillons aussi tous les deux sur une autre série. Elle m’a engagé pour écrire, c’est ma patronne, et je te dis qu’elle ne me ménage pas! Je ne me suis jamais fait parler de même par un boss. (rires) Mais c’est bon, je veux toujours avancer et travailler avec les gens que j’aime...      

Tout le monde en parle et Bébéatrice seront de retour cet automne à Radio-Canada.
Pour en savoir plus sur la Fondation CHU Sainte-Justine:
fondationstejustine.org.

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