Louise Portal s’ouvre sur son rapport à la vieillesse | 7 Jours
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Louise Portal s’ouvre sur son rapport à la vieillesse

Image principale de l'article Son rapport à la vieillesse
Photo : Bruno Petrozza

Comme bien des artistes, Louise Portal a vu les tournages être au ralenti durant la dernière année. À 71 ans, l’actrice souhaite que sa carrière se poursuive et sa plume lui permet de continuer de créer. L’écrivaine, qui a une vingtaine de livres à son actif, vient d’ailleurs de publier L’héritage des mots, un échange épistolaire entre elle et Jeannette Rivière, qu’elle a choisie comme grand-maman d’adoption.

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Louise, vous avez eu plusieurs tournages au programme, n’est-ce pas?
Oui, les films Confessions de Luc Picard et Le guide de la famille parfaite de Ricardo Troggi sortiront bientôt. Je viens de jouer dans un court métrage en Gaspésie avec Marilyn Castonguay et David Savard. Comme nous tournions à Carleton, ça m’a permis d’aller porter le livre à grand-maman... 



Parce que vous venez de lancer un ouvrage écrit à quatre mains avec Jeannette Rivière, une femme qui compte beaucoup pour vous.
Oui, elle est ma grand-maman d’adoption. Sylvain, son fils, est écrivain. C’est lui qui avait suggéré que nous publiions notre correspondance. Pour ce projet, j’ai relu tous nos échanges et j’ai fait un montage. Jeannette a publié son premier livre à 90 ans et elle en a publié deux autres par la suite. Elle a eu 100 ans le 12 janvier dernier. Nous nous ressemblons beaucoup. Pendant longtemps, elle joignait toujours des étoiles faites au crochet à ses lettres. Un jour, je lui ai demandé pourquoi... Elle m’a dit qu’elle avait lu qu’enfant, je n’étais pas bonne à l’école et que je n’avais jamais de collant. Elle trouvait que j’avais travaillé tellement fort dans la vie que je méritais d’avoir des étoiles. Quelle femme tournée vers les autres!      

Par sa présence dans votre vie, avez-vous comblé un certain vide?
Oui, parce que je n’ai connu que ma grand-mère maternelle, et que je n’ai pas connu mes grands-pères. La mère de mon père s’appelait Jane, et c’est pour cette raison que mes héroïnes de roman s’appellent Jeanne. C’est d’elle que mon père tenait son talent d’écrivain, et j’en ai hérité. J’ai d’ailleurs pris le nom de plume de mon père, Portal. Ma grand-mère maternelle se prénommait Apolline Lessard, c’est pour ça que ma jumelle s’appelait Pauline. Elle a vécu plusieurs années avec nous dans la grande maison familiale. Elle est décédée le lendemain de nos 12 ans, à Pauline et moi... (Louise est émue à ce souvenir.)


Ce deuil a-t-il été difficile?
Quand un enfant vit un deuil pour la première fois de sa vie, c’est quelque chose! On dirait que ce lien m’a toujours manqué... Quand j’ai rencontré Jeannette, j’ai eu un coup de foudre! Elle était belle, rayonnante, allumée. Nous avons commencé à correspondre il y a une dizaine d’années et, un jour, je lui ai demandé si elle accepterait d’être ma grand-maman d’adoption. Elle a spontanément accepté. J’avais besoin de la sagesse d’une aînée. Le plus étonnant, c’est que bien après ma demande, j’ai appris qu’elle avait perdu une petite-fille à la naissance. Je suis en quelque sorte devenue sa petite-fille. C’est le destin qui nous a mises en lien.

Avoir travaillé à ce livre vous a-t-il permis de mieux traverser la période pandémique?
Tout à fait. L’écriture est un outil de guérison. C’est comme une thérapie avec soi-même, un outil de connaissance de soi. En temps de pandémie, on a vu à quel point les gens ont recommencé à dessiner, à écrire. On avait besoin d’explorer nos zones de solitude. Moi, j’en ai profité pour finir ce livre. J’ai aussi travaillé à d’autres projets. On a besoin de créativité dans nos vies. On a vécu beaucoup d’anxiété à travers ce bouleversement.

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Avec la proximité imposée, votre couple s’épanouit-il toujours autant en symbiose?
Je dirais plutôt en synergie, parce que nous avons le privilège de vivre à notre résidence du Saguenay à temps plein. Nous avons fait plein de choses ensemble, dont un projet d’écriture qui est toujours en chantier. Ça nous a permis, à Jacques et moi, de faire du plein air. Nous nous sommes mis à cuisiner, nous avons fait des travaux dans la maison. J’ai repris des activités quotidiennes, je fais du yoga, je dessine. J’ai eu du temps, puisque j’ai eu moins de tournages. C’est quelque chose! 



Qu’est-ce que les derniers mois ont le plus changé pour vous?
Je pense que j’ai beaucoup avancé sur le chemin du lâcher-prise, entre autres envers mon métier. À 70 ans, il y a peu de rôles pour les acteurs de notre génération, surtout pour les femmes. J’ai dû faire un travail de confiance et d’acceptation. Côté rôles, pour l’instant, c’est calme. Je ne fais peut-être pas tout à fait mon âge, mais quand je ferai mes 75 ans bien sonnés, j’aurai peut-être un beau rôle comme dans Il pleuvait des oiseaux...

Mais vous ne souhaitez pas arrêter...
J’ai eu une si belle carrière, elle ne peut pas s’arrêter! Je pense que je suis comme les actrices de ma génération qui vont poursuivre leur carrière, telle Marie Tifo. Nous sommes peu nombreuses, mais il y a peu de rôles. Même si on comprend la situation intellectuellement, elle exige un deuil. Même quand on veut céder sa place avec grâce, on s’ennuie de notre famille professionnelle. Je compte 51 ans de carrière cette année. Quand ça fait aussi longtemps, nos partenaires sont comme des membres de notre famille!      

Être proche d’une femme comme Jeannette vous réconcilie-t-il avec la vieillesse?
J’ai toujours accueilli la vieillesse. (rires) J’ai accueilli chaque décennie. Il y a quelques années, j’ai décidé de laisser mes cheveux au naturel. J’ai pris cette décision bien avant la pandémie et j’ai tenu quelques rôles avec mes cheveux blancs, mais j’avoue que le fait de franchir le cap des 71 ans a eu un impact. Je sais que j’entre vraiment sur le chemin du vieillissement. Je le sens dans mon corps. J’ai moins d’endurance. Jacques, qui est plus jeune que moi, le sent aussi dans le sien. La pandémie est arrivée au moment où j’empruntais ce chemin. Il y avait un ralentissement pour l’actrice. Être en écriture chez moi, en pleine nature, m’a permis un beau retour aux sources... Si je n’avais pas ma plume, je ne sais pas comment je vieillirais. Je trouverais ça très dur. Écrire et communiquer m’apportent beaucoup. 

L’héritage des mots est publié aux Éditions Druide. On s’informe sur les projets de Louise au louiseportal.com.
Le guide de la famille parfaite sort en salle le 14 juillet et Confessions, le 18 juillet.

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