Annie-Soleil Proteau révèle pourquoi elle se remet en question chaque jour depuis 4 ans | 7 Jours
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Annie-Soleil Proteau révèle pourquoi elle se remet en question chaque jour depuis 4 ans

Image principale de l'article Pourquoi elle se remet en question chaque jour
Julien Faugere

Annie-Soleil Proteau a toujours voué une grande affection aux personnes âgées, particulièrement à ses grands-parents. Pour avoir pris soin de sa grand-maman paternelle, l’animatrice a été à même de constater qu’après avoir fait son entrée en résidence pour personnes âgées autonomes, elle a vite décliné puis elle est décédée. Avec le documentaire La dernière maison, elle milite pour le maintien à domicile et souhaite contribuer à faire changer les choses afin que nos aînés puissent choisir librement l’endroit où ils finiront leurs jours...

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Annie-Soleil, ton horaire professionnel est-il toujours bien chargé?
Oui, je suis à Salut Bonjour les vendredis, samedis et dimanches. Je suis aussi à Culture Club aux côtés de René Homier-Roy à la radio de Radio-Canada. J’anime aussi le balado District 31, tout le monde au poste! produit par Fabienne Larouche sur la plateforme OHdio. Je me trouve tellement chanceuse de travailler et d’être aussi active! J’ai aussi travaillé à un documentaire qui sera présenté sous peu.      

Un documentaire, semble-t-il, en lien avec ton amour pour les personnes âgées?
Oui, c’est un documentaire d’une heure qui s’appelle La dernière maison. Ça fait plus de quatre ans que j’y travaille. J’essaie d’apporter des solutions et de l’espoir aux personnes âgées et à leur famille. J’ai eu l’idée de ce projet lorsque ma grand-mère a dû quitter sa maison pour aller vivre dans une résidence pour personnes âgées autonomes. Ça m’a brisé le cœur, ça m’a complètement déchirée de savoir que ce qu’elle souhaitait comme dernière maison, ce n’est peut-être pas ce qu’elle a eu... Le déménagement ne s’est vraiment pas bien passé. Par la suite, elle a dû être hospitalisée... 

Le deuil de sa maison avait été trop difficile pour elle?
C’est difficile de l’affirmer avec certitude, mais tous les médecins spécialistes s’entendent pour le dire et la littérature médicale le démontre: le déménagement, lorsqu’on est âgé, est l’un des plus grands chocs émotifs qu’on puisse vivre au cours d’une vie. Une maison, ce n’est pas que des murs: c’est une vie, une âme, des souvenirs. Devoir quitter ce lieu crée un choc immense. 


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Ta grand-mère a-t-elle eu de la difficulté à se remettre de ce déracinement?
Je crois que oui. Nous sommes une famille très unie, et tout lemondevoulaitfairecequ’on croyait le mieux pour elle. En faisant le documentaire, j’ai aussi constaté que ce moment dans la vie d’un aîné est difficile pour les familles, parce que même quand chacun a les meilleures intentions, ce n’est pas tout le monde qui est d’accord ou qui voit les choses de la même façon. J’ai réalisé également que même lorsqu’on est informés, on ne connaît souvent pas les options possibles. Le modèle qui prévaut dans notre société a été choisi il y a longtemps. Nous encourageons les personnes âgées à quitter leur maison. Nous les «ghettoïsons» en les envoyant en résidence, puis en CHSLD. Les gens qui y travaillent le font avec dévouement, mais ils ont si peu de moyens... Ils sont à bout de souffle. La pandémie a multiplié ces enjeux.

La covid a justement permis cette prise de conscience collective.
Oui, et nous nous apprêtons à mettre de l’argent public — nos impôts — dans les maisons des aînés qui seront quasiment comme les CHSLD. Nous allons investir dans le même modèle qui ne fonctionne pas. Comprenez-moi bien: je suis très consciente qu’il en faut, des CHSLD. Il vient souvent un temps dans la vie où c’est nécessaire, où il n’y a réellement pas d’autre choix. Mais avant d’en arriver à cette étape où la personne est lourdement atteinte par la maladie ou la vieillesse, le maintien à domicile et les soins à domicile existent. Nous avons les moyens de nous offrir ça comme société, mais ce n’est pas là-dedans que l’argent public est investi, malheureusement. Nous pouvons faire en sorte de garder les personnes âgées à la maison le plus longtemps possible. Certains veulent vivre dans une résidence pour personnes âgées et c’est leur choix, mais ceux qui ne le veulent pas ne savent pas toujours que les soins à domicile existent. Comme ce n’est pas notre choix de société, ce n’est pas dans cela que nous investissons. Et puisque nous donnons un crédit d’impôt aux personnes âgées qui décident de quitter leur maison, tout nous pousse à prendre cette décision. J’ai eu cette discussion avec Réjean Hébert, ex-ministre de la Santé et l’un des meilleurs gériatres au monde. Il considère qu’il n’est pas normal de regrouper des personnes âgées pour qu’elles vivent entre elles. Ça les fait vieillir plus vite. Pour toutes sortes de raisons, la solution semble être dans les soins à domicile.

Aurais-tu souhaité connaître ces enjeux avant le déménagement de ta grand-mère?
Encore aujourd’hui, je ne me pardonne pas de ne pas être allée vivre avec ma grand-mère... Elle a tenu deux discours dans la famille: elle se disait prête à aller vivre en résidence pour personnes âgées, notamment parce qu’elle y serait plus en sécurité. Mais à moi, lorsque nous étions en tête à tête, elle disait que ce n’était pas ce qu’elle souhaitait, qu’elle était bien dans sa maison, mais qu’elle devait déménager pendant qu’elle était encore autonome, sinon on n’allait pas la prendre. C’est ainsi qu’on vend énormément de résidences pour personnes âgées autonomes. Le problème, c’est que lorsque ces personnes âgées sont en perte d’autonomie, on ne les garde pas. Je me souviens que ma grand-mère m’a dit un jour qu’elle était bien chez elle, mais qu’elle ne pouvait pas me demander de venir vivre avec elle parce que j’avais ma vie...

Julien Faugere


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Avec le recul, interprètes-tu cette déclaration différemment?
Bien sûr! Je ne me le pardonne pas... Depuis quatre ans, ça me remet en question chaque jour de ma vie. Quand elle s’est retrouvée à l’hôpital quelques jours après son déménagement, je parlais avec des spécialistes, gériatres et chercheurs pour savoir quel allait être le meilleur endroit pour elle à sa sortie de l’hôpital, car la résidence ne voulait pas la reprendre. Mais cette ressource n’existait pas dans mon quartier. Je crois qu’il faut tenir compte du point de vue de la personne âgée, mais est-elle en mesure de nommer ce qu’elle veut sans craindre de perdre l’amour de ses proches?

Si c’était à refaire, irais-tu vivre avec ta grand-mère?
Oui. Évidemment, ce sont des décisions majeures, et toute la famille doit être consultée, mais grâce au documentaire, j’ai rencontré des gens qui vivent le maintien à domicile, et j’ai vu ce qu’il est possible de faire. Au moment où ça s’est passé pour nous, cela nous était présenté comme si ce n’était pas possible. Ça m’a amenée à me demander si cela aurait vraiment été un réel sacrifice... J’ai remis mes valeurs en question. Qu’est-ce qui compte le plus pour moi dans la vie? Au Québec, nous avons les moyens de faire en sorte de maintenir les personnes âgées à domicile. En ce moment, ce n’est possible que pour les gens fortunés, ou bien c’est extrêment prenant pour les proches aidants qui s’y épuisent souvent, malheureusement. Nous sommes en mesure de mettre ce système en place.      

Ta grand-mère était-elle autonome, même à un âge avancé?
Oui. Lorsque mon grand-père est décédé, mon père m’a suggéré, le cœur brisé, de me préparer, car ma grand-mère allait suivre mon grand-père de peu... Ça n’a pas été le cas! Elle a eu énormément de peine, mais elle a retroussé ses manches et elle est partie en voyage avec sa sœur Jeannine. Elle qui n’avait jamais voyagé a mis le cap sur la Côte d’Azur! Elle a vécu son deuil autrement. Elle a toujours été célibataire par la suite, mais elle a suivi des cours de yoga, elle a eu un chien, elle avait ses sœurs et ses amies. Elle s’est remise.      


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On sent toute l’admiration que tu éprouves pour cette femme.
C’est vrai. J’ai beaucoup grandi chez mes grands-parents, qui vivaient à quatre portes de chez moi. Dans les moments de tempête à la maison, c’était mon refuge. Ma grand-mère était mon phare. Le couple qui allait le mieux, c’est celui formé par mes grands-parents. Ils avaient tous deux un fort caractère, mais ils ne se chicanaient jamais. Il y avait toujours du monde chez elle, elle était accueillante. Je voulais assimiler le mieux possible toutes ces valeurs et essayer d’être le plus possible près d’elle. Elle m’a transmis beaucoup de choses. Alors oui, je l’admire... Elle a toujours été sur le marché du travail: elle était couturière en usine. Elle a quitté son emploi à ma naissance. Elle cousait à la maison. Elle a fait ça pour s’occuper de moi! 

Elle était quasiment comme une deuxième maman...
Oui. Ma mère, c’est ma mère, mais elle est consciente du rôle que ma grand-mère a joué dans ma vie. Mes grands-parents étaient ma stabilité. J’étais bien chez eux. C’était là que je voyais un couple heureux. Sur toutes les photos où on voit mes grands-parents ensemble, ils se touchent. L’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre était évident. 


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On connaît ton affection particulière pour les aînés. Qu’est-ce qui te touche chez eux?
Ça vient du fait que j’étais très souvent chez mes grands-parents. Ils étaient une figure d’amour immense dans ma vie. On s’adorait. Ils ont été généreux avec moi, même s’ils n’hésitaient pas à m’encadrer. Ces dernières années, c’est à ma grand-mère que je racontais mes histoires d’amour. Elle recevait mes confidences avec beaucoup de philosophie. Elle était vraiment très cool. Les personnes âgées ont leur histoire et j’aime les écouter. Je trouve qu’on devrait leur prêter l’oreille davantage. Nous avons tous à apprendre de ceux qui ont du vécu.     

As-tu des regrets?
Je ne suis pas quelqu’un qui a des regrets en général. Avec la maladie de mon grand-père, j’ai appris qu’il fallait vivre maintenant, car on peut mourir n’importe quand. Il faut mordre dans la vie. Mais j’ai deux regrets concernant mes grands-parents. Lorsque mon grand-père est mort, j’avais le choix d’aller à l’hôpital ou non. J’étais très jeune. Comme il revenait toujours à la maison, je me suis dit qu’il allait encore revenir, mais ça n’a pas été le cas... L’autre regret, c’est de ne pas être allée vivre avec ma grand-mère... 

Julien Faugère

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Arrive-t-on à être en paix, à tourner la page?
Je ne sais pas... (Annie-Soleil essuie une larme, émue.) Ce projet sert à ça: je voudrais que personne d’autre n’ait à faire face à ce regret. Nous devrions avoir le choix de notre dernière maison. J’ai constaté que tous ceux qui ont choisi de vivre avec leur parent n’ont pas de regret. Ces quatre dernières années, c’est devenu mon obsession. Ça m’empêche de dormir la nuit. Pendant la pandémie, j’étais dans tous mes états... 

Es-tu soulagée que ta grand-mère n’ait pas eu à vivre ça?
Oui, mais je me suis sentie coupable de penser ainsi. C’est tragique quand on en vient à se dire: «Une chance qu’elle est morte...»

Le documentaire La dernière maison sera présenté le dimanche 6 juin, à 21 h 30, sur les ondes de TVA.

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