Patrice Coquereau s’ouvre sur ses troubles anxieux | 7 Jours
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Patrice Coquereau s’ouvre sur ses troubles anxieux

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Photo : Patrick Seguin

L’année 2021 en sera une d’anniversaires importants pour Patrice Coquereau, un intéressant prétexte pour revoir son parcours sinueux et courageux vers le bonheur et la paix.

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Patrice, vous en êtes à 35 ans de carrière, vous êtes sorti de l’École nationale de théâtre du Canada en 1986. Quel bilan en dressez-vous?
C’est drôle, parce que je me suis posé cette question récemment. J’ai pu toucher un peu à tout et je n’ai pas été associé à un personnage ou à un genre. Je suis content et, à présent, ce qui m’attire beaucoup, c’est la prise de parole, d’où mon spectacle solo à venir et aussi mon livre sur les troubles anxieux (Guérir à gorge déployée, sorti en 2014). Dans mes cartons, j’ai des projets de création du côté de la fiction. Le métier est pour moi une façon d’exprimer la vie. Ce n’est pas une fin en soi.

Vous avez aussi eu 60 ans le 8 avril, et vieillir ne vous fait pas peur. Vous affirmez avoir eu beaucoup plus peur de la vie que de la mort. Que voulez-vous dire?
Pour vous donner une image que je partage pendant mes conférences, la façon dont je suis venu au monde en dit beaucoup. Je suis né une semaine plus tard que prévu. On parle d’un accouchement s’échelonnant sur 24 heures pour ma mère. Je me suis présenté par le siège, le cordon ombilical autour du cou. Je résistais. Je suis arrivé sur la Terre hypersensible et ayant peur de tout.      

Comment avez-vous atténué vos peurs?
Ma façon de pallier ça a été d’être dans la performance, d’abord scolaire. Jeune, j’étais plutôt isolé, solitaire. Puis j’ai choisi un métier qui m’attirait, mais qui allait complètement à l’encontre de mes craintes, comme si c’était une façon de les décaper. La vie, pour moi, c’était toujours quelque chose de potentiellement menaçant. Mais, peu à peu, j’ai cultivé le «faire face», j’ai plongé dans le chaos, dans tout ce qui me dérangeait le plus. Parce que j’ai longtemps été dans la fuite, j’ai appris à me tenir debout, à faire face, à rechuter, à me relever, à avancer. C’est la raison pour laquelle je me sens en paix aujourd’hui, mais ç’a été très laborieux. 

Vous dites avoir haï votre adolescence. Pourquoi?
Au primaire, j’étais un premier de classe. Au secondaire, je découvrais mon homosexualité, je rasais les murs, j’étais incapable de faire face à la puberté. En plus, quand j’avais 14 ou 15 ans, mes parents ont quitté Québec pour une maison à la campagne, à 50 km de la ville. Je haïssais ça, j’avais hâte de partir, de faire du théâtre, ce que je souhaitais depuis l’âge de huit ans. J’avais hâte de vivre mes expériences intimes. 

Vous ne retourneriez pas non plus dans votre vingtaine. Pourquoi?
Parce que j’ai eu des crises d’anxiété. Je n’avais aucune expérience de vie personnelle et je suis parti étudier à Ottawa pendant deux ans. Je n’étais pas équipé, j’étais une bombe. J’ai ensuite déménagé à Montréal pour mes études à l’École nationale de théâtre du Canada. Le jeu m’a beaucoup aidé pour me mesurer à l’inconnu, tranquillement et volontairement. Pendant cette période, il y a eu plusieurs rechutes. Ç’a été très éprouvant. Par exemple, j'ai réussi à vaincre ma peur de prendre l’avion en m’obligeant à le faire. Ç’a été terrible, mais j’y suis arrivé.

Photo : Patrick Seguin

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Jusqu’à quel âge avez-vous vécu cela?
À partir des années 2000, j’ai commencé à être beaucoup plus dégagé, plus détaché, et ça s’est accéléré. Aujourd’hui, je le suis vraiment.

Avez-vous eu recours à de l’aide extérieure?
Un peu. J’ai surtout lu. En fait, mon processus de guérison est un peu atypique, en ce sens que je n’ai jamais pris de médication. Je ne dis pas aux gens qu’il ne faut pas en prendre, mais c’est le choix que, moi, j’ai fait et qui correspondait à mes besoins. 

Le 18 avril, vous avez célébré vos 10 ans de mariage avec Louis Bertrand et vos 11 ans de vie commune. Comment vous êtes-vous rencontrés?
Par l’entremise d’un ami commun que j’ai connu avant Louis. Le début de notre histoire est spécial. Un jour, l’ami en question et moi marchions au parc La Fontaine, et il m’a lancé que quelqu’un désirait me voir. J’étais seul depuis 10 ans, et l’ami a ajouté que celui qui voulait me rencontrer se prénommait Louis. Je l’ai coupé et je lui ai répondu : « Son nom de famille commence par B. » J’avais deviné son nom. Nous nous sommes vus à quelques reprises, et notre histoire d’amour a démarré. 

Est-ce facile ou difficile de vivre avec Patrice Coquereau?
Parfois, je ne suis pas du monde! Je peux être très intense, mais j’ai un grand cœur. Je peux être soupe au lait, virulent, mais je fais preuve de beaucoup d’intuition, j’ai de l’humour et je suis capable d’admettre mes torts. 

Quel est le secret de 10 ans de mariage?
Nous sommes transparents l’un envers l’autre. Il y a 15 ans, on m’aurait dit : « Tu vas te marier et vivre à la campagne », j’aurais répondu : « Es-tu malade! » Pourtant, c’est un choix et un engagement qui me plaisent. Il faut jouer cartes sur table, même pendant les moments pas le fun.      

La pièce Camping tout inclus sera présentée dès le 25 juin au Théâtre des Hirondelles.
Au fil de l’été, Patrice rodera aussi le spectacle solo qu’il a écrit, Partition, dans plusieurs salles au Québec.
Guérir à gorge déployée est publié aux Éditions de l’Homme.

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