Sam Breton se confie sur sa vision de la vie après avoir vécu une grande perte | 7 Jours
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Sam Breton se confie sur sa vision de la vie après avoir vécu une grande perte

Image principale de l'article Sa vision de la vie après une grande perte
Photo : Bruno Petrozza

Nommé découverte de l’année en 2019, l’humoriste de 31 ans a raflé l’Olivier de l’année, il y a quelques semaines. Perçu comme l’un des artistes les plus en vue de sa génération, Sam Breton a accepté de se livrer avec la franchise qu’on lui connaît sur cette dernière année plutôt particulière et sur ses expériences qui ont fait de lui... un meilleur humain!

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Sam, tu as récemment gagné l'Olivier de l'année. Considérant les obstacles que tu as connus cette année, cette récompense est-elle encore plus savoureuse?
D’habitude, c’est le public qui vote pour ce prix. Mon agent m’avait demandé si je voulais qu’il m’inscrive, et j’avais refusé parce que je n’aime pas l’idée de demander aux gens de voter pour moi. Puis, on a su que cette fois-ci, c’était le milieu qui votait; j’étais ouvert à ça! Ça fait du bien, surtout compte tenu de ce qu’on a vécu et encore plus de le gagner avec la famille. L’ambiance qui régnait et la chaleur que je ressentais étaient plus fortes que le trophée.

Courtoisie APIH



Tu as dit que le titre de ton spectacle, Au pic pis à pelle, prenait son sens plus que jamais. Que voulais-tu dire?
Pour ceux qui ne connaissent pas l’expression, ça veut dire travailler avec acharnement sans jamais abandonner. Je suis sorti de l’École de l’humour en 2013 et j’ai présenté mon premier show en 2020. Certains diront que c’est rapide, mais il y a un monde entre les deux. Je n’ai pas eu de passe-droits; et je ne dis pas ça en chialant. Au contraire, si c’était à refaire je n’y changerais rien, mais j’ai gravi les marches une par une pour me rendre au sommet de ma montagne, qui était mon premier show. C’est pour cette raison que j’ai pleuré lors des remerciements à ma première médiatique.     

C’était beaucoup d’émotions pour toi...
Oui, j’étais très émotif. C’était pour moi un aboutissement. Et ça prend encore plus son sens depuis un an. Les spectacles sont repoussés et, pour ceux qui ont lieu, les salles sont à moitié vides. Chaque fois que jenme produis devant 200 personnes avec des masques dans une salle de 1000 places, je me dis que je n’en viendrai jamais à bout de ce show-là: c’est vraiment Au pic pis à pelle! Mais je suis persévérant et je vais honorer mes engagements.

Aujourd’hui, tu es comme le cousin de région que tout le monde veut avoir! T’es-tu toujours senti le bienvenu à ton arrivée à Montréal pour étudier?
J’ai été élevé dans une famille où on m’a toujours dit: «Prends-toi pour toi!» On m’a enseigné que chacun est unique dans sa personnalité et les outils qu’il a. Que je sois avec ma grand-mère ou à une émission, je parle comme je parle, je suis ce que je suis, pis le reste, en bon québécois, je m’en...! J’imagine que je dégage un genre de «casse-toi pas l’bécique et dis ce que tu as à dire», et que les gens trouvent ça simple et relaxant. Dans mon groupe d’amis, je suis celui qu’on appelle quand ça va moins bien, et je le reçois comme un compliment. Je ne me prends pas pour un psychologue, mais je pense qu’en général, les gens de mon entourage sont touchés par mon approche chaleureuse.      

Photo : Bruno Petrozza

Ressens-tu une pression liée au fait d’être celui qui remonte le moral des autres?
Un petit peu. Il y a 12 ans, un de mes meilleurs amis s’est enlevé la vie... Je n’ai rien vu venir et j’ai eu l’impression de l’avoir échappé. 

Tu présentes d’ailleurs depuis 2012 le Gala d’humour Sébastien Bouchard, en hommage à cet ami qui s’est enlevé la vie, en septembre 2008, à 19 ans. En quoi cette perte t’a-t-elle changé?
Ça a redéfini mon rapport avec les humains qui m’entourent. Ça m’a rendu plus conscient des non-dits. Je ne me contente plus d’entendre «Oui, ça va» quand je sens qu’il y a plus que ça. Je ne suis pas non plus le gérant des gens de ma gang, mais je veux qu’ils sentent mon écoute et qu’ils sachent que je suis capable d’être sérieux en temps et lieu. Ça a fait de moi un meilleur humain. Malheureusement, ça aura pris ce drame-là, mais c’est justement pour ça que je parle de prévention du suicide dans mon show. On ne m’avait jamais parlé de ça avant que ça arrive, et c’est peut-être pour ça que c’est si important pour moi de parler du deuil.

Est-ce aussi une façon d’exprimer ton côté rassembleur?
Oui! Et c’est aussi ce qui explique mon discours au Gala Les Olivier. En montant sur scène pour faire mes remerciements, j’ai décidé d’enlever mon chapeau d’humoriste pour exprimer la fierté qui m’habite envers notre famille d’humoristes. En 2020, on a tous élevé notre niveau de jeu d’un cran malgré la situation. D’ailleurs, au hockey, j’ai souvent porté le «C» sur mon chandail, pour mon dévouement sur la glace, mais surtout parce que j’ai à cœur que tout le monde soit heureux. On est ensemble ou on l’est pas! 

Sam, je te cite: «La vie est courte. Chaque jour, je pense à la mort, et ça m’encourage à profiter le plus possible du moment présent.» En quoi l’idée de la mort te donne-t-elle envie de vivre à fond?
C’est peut-être cliché de dire qu’il faut vivre chaque jour comme si c’était le dernier, mais après la mort de Sébastien, j’ai réalisé que tout peut s’arrêter vite! Ça m’a poussé à faire des choses comme partir au Pérou avec ma blonde, sans trop d’organisation. Mon réflexe parfois, c’est d’écouter la petite voix qui me dit que ça ne me tente pas, et 9 fois sur 10, je suis vraiment content d’avoir fait des choses qui me faisaient peur. Il y a des gens qui trouvent ça macabre, mais moi, ça m’amène à vivre plus, à un niveau supérieur!

Photo : Bruno Petrozza



Ton franc-parler est ta marque de commerce, mais tu as tout de même un personnage de bon gars, même un peu naïf. Pourtant, je sens en toi un côté très perfectionniste...
Tu ne te trompes pas! J’en suis même gossant! Que ce soit mon affiche de spectacle, les sujets que j’aborde, comment je les livre, mes déplacements... je pense à tout! Souvent les gens me disent: «C’est l’fun parce que t’improvises dans ton show», mais en réalité, je me permets de le faire à certains moments entre des numéros très solides, que je prépare avec beaucoup d’attention. Les gens paient cher pour venir me voir, et je veux m’assurer que je donne toujours le meilleur. Je suis comme ça aussi dans le ménage à la maison: j’aime ça quand tout est bien rangé. Mais si je vais chez toi, je ne regarderai pas le ménage; je vis ma vie, puis chez vous, c’est chez vous!

Ce côté très organisé, qu’est-ce qu’il t’apporte?
Clairement, ça m’apporte une structure. Dans mon show, tout est tellement prêt, réglé au quart de tour, tous mes meilleurs gags sont là que je sais que je peux me permettre, entre les gags béton, de faire des écarts; et, si jamais ça ne marche pas, je reviens à mon texte bien préparé. Ça me rassure.

Tu le dis avec fierté: sans ta blonde, Myranie, tu ne serais pas le même humoriste. En quoi t’influence-t-elle?
Je ne serais pas le même humoriste ni le même homme. Son côté critique est très développé: elle aime argumenter et elle me donne l’occasion de remettre en question certains aspects de ma vie de façon très constructive. Elle a aussi un sens de l’humour aiguisé. Ses remarques sur mes numéros, mes capsules et mes publications sur les médias sociaux sont très précises, et ça m’amène complètement à un autre niveau. Elle arrive à faire ressortir le meilleur de moi. Depuis huit ans, je trouve qu’on s’améliore toujours ensemble. 

Photo : Dominic Gouin



Vous avez un chien, Genji, et vous dites qu’il est comme votre fils. Pourtant, vous avez pris tous deux la décision de ne pas avoir d’enfant, et tu en as parlé ouvertement. Pourquoi désirais-tu t’ouvrir à ce sujet?
Ça fait en effet deux ans qu’on a décidé de ne pas en avoir, et je me dis qu’il faut en parler parce que c’est tabou. J’ai inclus un numéro là-dessus, et tous les soirs, des gens qui ne veulent pas d’enfant, eux non plus, et qui ne savent plus comment le justifier à leur entourage m’en parlent. C’est comme si le fait que je mette des mots là-dessus permettait à certains d’avoir plus d’arguments pour en discuter avec les gens qui leur font sentir que ce n’est pas normal.      

Faire du bien partout où tu passes semble être une de tes grandes valeurs. Quel impact aimerais-tu avoir au cours de ta vie?
C’est important de s’arrêter et d’offrir du temps de qualité à une personne qu’on aime, et de lui faire comprendre que notre cellulaire est en mode avion dans l’entrée, qu’elle a tout notre temps et notre attention! Pas obligé d’être psychologue: t’as juste à être là et à écouter. Souvent, j’envoie par texto des cœurs ou des «Je t’aime» à mes amis, et je réalise que ça peut avoir un gros impact dans la vie d’une personne. S’il y a un message que j’aimerais qu’on retienne de notre conversation, ce serait celui-là!      

Voyez Sam le jeudi avec sa chronique C’est drôle à dire, à Salut Bonjour.
Dès le 31 mai, avec Roxane Bruneau, Pierre-François Legendre et Christiane Charette, il collaborera à
Jay l’été, animée par Jay Du Temple, du lundi au jeudi, de 15 h 55 à 18 h, à Rouge FM.
On s’informe sur ses projets et dates de spectacles à
sambreton.com.

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