La preuve | Opération SharQC: autopsie d'un échec | 7 Jours
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La preuve | Opération SharQC: autopsie d'un échec

Club illico

Isabelle Ouimet
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Isabelle Ouimet

Lorsque Isabelle Ouimet reçoit un disque dur contenant les preuves rassemblées par les policiers pour l’Opération SharQc, en 2017, elle comprend pourquoi les accusés ont finalement échappé à la justice. Afin de nous raconter l’histoire de la guerre des motards dans son entièreté, elle nous offre La preuve. 

Le 15 avril 2009, le Québec assiste à l’opération policière la plus complexe et coûteuse de son histoire lorsque 156 membres et collaborateurs des Hells Angels sont arrêtés simultanément, à 6 h du matin. Cependant, quelques années plus tard, la plupart de ces criminels s’en sortent sans une égratignure, au grand dam du public et de journalistes tels qu’Isabelle Ouimet. 

Avec l’aide de son collègue Félix Séguin, cette journaliste, productrice, scénariste et réalisatrice se penche sur l’échec de l’Opération SharQc dans les six épisodes de la docusérie La preuve. «J’avais commencé des recherches, mais quand j’ai reçu une copie du disque dur, je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire avec ça. J’ai passé environ quatre ans sur cette série; je désirais vraiment expliquer pourquoi l’opération policière la plus dispendieuse de notre histoire s’est terminée en queue de poisson», raconte Isabelle Ouimet. 

Félix Séguin

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Félix Séguin

Toute l’histoire

Pour y arriver, la journaliste dévoile une foule de preuves rassemblées dans le cadre de l’Opération SharQc. De plus, elle livre les témoignages d’avocats, de policiers et de membres des Hells Angels impliqués dans l’affaire. «Notre but était d’obtenir les versions de tout le monde afin d’être les plus objectifs possible et de comprendre ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, souligne la créatrice de la série. Tout le monde a entendu parler de SharQc, mais personne ne sait exactement ce qui s’est passé, à moins de s’y être intéressé de façon très pointue.»

Malgré des millions de pages de preuves et de nombreux témoignages incriminants, l’opération n’a pas atteint son but.

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Malgré des millions de pages de preuves et de nombreux témoignages incriminants, l’opération n’a pas atteint son but.

Ainsi, La preuve fait la lumière sur les événements en racontant la genèse de la guerre des motards, provoquée par l’ambition de Maurice «Mom» Boucher, de même que le processus judiciaire entourant l’Opération SharQc. «L’équipe qui a monté l’opération s’est servie de la théorie du bateau pirate, comme ç’a été le cas lors de l’Opération Printemps 2001, qui a fait condamner des membres des Nomads et des Rockers pour les crimes commis pendant la guerre des motards. Selon cette théorie, si on fait partie d’une organisation criminelle, notre contribution financière sert à commettre des crimes, donc on est responsable de ceux-ci même si on n’y a pas directement participé», spécifie Isabelle Ouimet. 

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Dans le même bateau

La théorie du bateau pirate a permis de rassembler 82 enquêtes policières sous la bannière de l’Opération SharQc, histoire de faire accuser 156 personnes des mêmes 22 meurtres. «La Couronne se disait peut-être que le résultat serait le même qu’avec l’Opération Printemps 2001, c’est-à-dire que les accusés plaideraient coupables à des accusations réduites. Finalement, ce n’est pas arrivé: les Hells ont décidé d’aller en procès et de se battre, mais c’était impossible de réunir les 156 accusés en cour», explique la journaliste. 

La plupart des motards arrêtés le 15 avril ont été libérés sans être inquiétés.

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La plupart des motards arrêtés le 15 avril ont été libérés sans être inquiétés.

Ce processus judiciaire complexe, basé sur une preuve de plusieurs millions de pages, comportait malheureusement des erreurs de taille. «Les avocats de la défense ont été en mesure de contrecarrer plusieurs preuves, et ça a discrédité un témoin important. C’était un gros morceau, qui a fait que tout est tombé à l’eau», ajoute Isabelle Ouimet. 

Un morceau d’histoire

En racontant cet échec monumental, La preuve ne se limite pas aux questions de crimes et de justice: elle dévoile un pan de l’histoire québécoise qui a monopolisé l’attention du public pendant des années. «On est allés très en profondeur sur certains sujets, précise la réalisatrice. Je pense que si j’ai réussi à apprendre certaines choses aux policiers et à la défense, les téléspectateurs devraient en apprendre encore plus, par exemple la manière dont la prison s’est organisée pour accueillir tous les accusés!» 

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