Danièle Lorain se confie sur sa nature anxieuse | 7 Jours
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Danièle Lorain se confie sur sa nature anxieuse

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Julien Faugère

Avec la pandémie, nombre d’inquiétudes ont surgi, et plusieurs personnes ont développé une grande anxiété. Parlez-en à Danièle Lorain, qui s’est fait un sang d’encre pour sa mère, Denise Filiatrault, âgée de 89 ans. «Entre ma sœur, ma mère et moi, c’est ma mère qui était la moins inquiète par rapport au coronavirus», avoue la comédienne. Mais l’anxiété n’a rien de nouveau pour Danièle, qui se considère comme une vraie boule d’angoisse. Au fil du temps, elle a développé des moyens pour lutter contre ce problème.

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Danièle, quel bilain faites-vous de l’année qui vient de se conclure?
Je l’ai trouvée très angoissante, sur plusieurs plans. Au début de la pandémie, comme bien des gens, j’ai eu très peur d’attraper la covid-19. Puis il y a eu le confinement, que j’ai trouvé pénible. Je me suis bien sûr inquiétée pour ma mère, car elle aura bientôt 90 ans. Elle a beau être en forme, je ne veux pas qu’elle soit touchée par le virus. 

Quand vous vivez une situation stressante, êtes-vous en mesure de bien la gérer?
Traverser une année comme celle que nous avons vécue n’est pas facile pour moi. Il faut dire qu’au départ je suis une vraie boule d’angoisse et de nature très inquiète. Heureusement, mon côté bon vivant et mon sens de l’humour me sont d’un grand secours. En plus, je suis dynamique et curieuse et j’ai aussi un bon tempérament, je suis facile à vivre et j’ai tendance à aller vers les autres. S’il fallait en plus que je sois renfermée, j’ignore comment je réussirais à passer au travers. 

Julien Faugère


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Avez-vous toujours été une personne anxieuse?
Oui. Aller à l’école, enfant, m’angoissait. J’avais des professeurs qui m’impressionnaient et je craignais de ne pas être à la hauteur. La timidité faisait aussi partie de ma personnalité. J’avais une peur bleue de sonner à la porte d’une amie pour jouer avec elle par peur de déranger. Ça m’a suivie tout au long de ma vie. Pour avancer, j’ai dû me parler.

Qu’avez-vous fait pour vous aider?
J’ai, entre autres, suivi une thérapie. Il faut savoir aller chercher de l’aide quand un problème empoisonne notre existence. Mon angoisse sera toujours présente, mais je suis maintenant capable de me calmer plus facilement et relativiser. Une crise en phase aiguë dure moins longtemps.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui vivent avec l’anxiété?
Il faut se demander ce qui pourrait arriver de pire. Et quand on réalise la très faible possibilité que le pire arrive, on peut alors décompresser. Une autre façon de s’aider est de se concentrer sur le «aujourd’hui et maintenant», de se pencher uniquement sur ce qu’on peut changer. On doit se rappeler qu’on n’a aucune emprise sur le passé ou sur ce qui va arriver. Souvent, poser des petits gestes dans le présent, comme aller marcher ou aller à la librairie, peut être bénéfique. On doit arriver à sortir du marasme dans lequel on est enfermé! 

Qu’est-ce qui vous fait le plus peur?
La mort, la façon dont elle va survenir, la souffrance et, comme pour tant d’autres, l’inconnu, «l’après». Quand j’y pense, je dois vite me changer les idées en sortant, en faisant des boîtes ou du ménage dans mes papiers! 

Photo : Karine Levesque


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Ressentez-vous de l’angoisse à l’idée que votre mère aura 90 ans le 16 mai?
Horriblement! Le fait que le compteur tourne me stresse sans bon sens. En plus, avec la pandémie, il y a tellement de gens âgés qui nous ont quittés. Ma mère a beaucoup moins peur de mourir que moi. Elle aussi est anxieuse — je ne tiens pas ça du voisin —, mais son hyperactivité l’aide à gérer son stress. On s’est empêchées, ma sœur et moi, de la voir. Bien sûr, nous allions faire des courses pour elle. Ma mère était la plus raisonnable de nous trois. Elle disait que ça allait passer. Elle est d’un optimisme délirant! Elle a très bien accepté la réalité, car elle disait que tout le monde logeait à la même enseigne! Finalement, nous l’avons vue à sa fête. Ça nous a fait du bien de la revoir pour ses 89 ans. Nous sommes très proches. Elle m’appelle tous les jours. Et quand elle ne le fait pas, je panique! Elle est restée active: elle sortait, tout en portant un masque.

Le fait d’être la fille de Denise Filiatrault vous a-t-il aidée dans votre carrière?
Au contraire, les passe-droits, je les attends encore! Jamais ma mère n’aurait fait en sorte que ses filles soient favorisées. Elle voulait éviter que les gens fassent de tels liens. Dans ses films Laura Cadieux, j’ai eu un rôle, mais il ne s’agissait pas d’un rôle de premier plan. Quant à savoir si j’ai aimé travailler avec elle, je dirais que mes expériences se sont parfois avérées difficiles. Je ne me sentais pas aussi libre que si j’avais travaillé avec quelqu’un d’autre. Même si ma mère me disait qu’elle me regardait avec autant d’objectivité que les autres, ce n’est pas ce que je ressentais. Je dirais même qu’elle m’en demandait plus à moi qu’aux autres, car elle ne voulait pas avoir l’air de me favoriser.

Avez-vous également travaillé avec votre sœur, Sophie?
Oui, dans Les Invisibles, elle produisait la série. Nous avons aussi joué au théâtre. Ç’a été de très belles expériences. Nous sommes deux femmes calmes, et nous savons à quoi nous attendre l’une de l’autre.

Patrick Séguin



Pour vous, quelles ont été les répercussions professionnelles de la pandémie?
Il y en a eu, comme pour bien du monde, mais même avant les choses étaient plutôt difficiles. Je n’apprendrai rien à personne en disant que les rôles se font rares au Québec pour les femmes de plus de 50 ans. Et quand il y en a, ils sont souvent confiés aux mêmes actrices. Et je ne suis pas la seule à le dire. Même pour les jeunes, le métier n’est pas facile. C’est devenu difficile d’auditionner au Québec. Le métier a vraiment changé, mais jamais je ne mettrai une croix dessus, car j’adore jouer.

Avez-vous diversifié vos activités?
Oui. En février, j’ai commencé un blogue dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec. Ça m’a tenue occupée tout en me permettant d’être à l’affût de l’actualité. Ça m’a été très salvateur... J’ai toujours aimé écrire. (Plus jeune, elle écrivait des poèmes et des chansons; elle a aussi écrit la biographie de sa mère.) J’ai maintenant une chronique dans la rubrique Opinion du Journal de Montréal, le dimanche. Et je conserve mon blogue. Je me sens privilégiée qu’on m’ait ouvert cette porte et offert ce défi.

On peut lire ses textes dans Le Journal de Montréal, ainsi que son blogue sur les sites du Journal de Montréal et du Journal de Québec.

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