Alexandre Champagne s’interroge sur nos relations avec les médias sociaux | 7 Jours
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Alexandre Champagne s’interroge sur nos relations avec les médias sociaux

Image principale de l'article Médias sociaux et santé mentale
Photo : Sebastien Sauvage / TVA

Alexandre Champagne vient de lancer les activités de la nouvelle fondation Le CIEL (Centre pour intelligence émotionnelle en ligne), dont la mission est de sensibiliser la population, particulièrement les jeunes, aux liens entre médias sociaux et problèmes de santé mentale. La fondation veut notamment faire de la prévention et de l’éducation auprès des ados.

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Alexandre, comment est née l'idée de la fondation?
Quand on a mis sur pied Trois fois par jour, Marilou et moi, on avait le désir d'aider les gens, de transformer leur relation avec la nourriture, parce que Marilou avait été anorexique pendant quelques années. Elle avait réussi à «guérir» en apprenant à cuisiner. L’idée de créer quelque chose qui allait pouvoir servir aux gens m’a beaucoup plu. Quand on s’est séparés et que j’ai vendu mes parts de l’entreprise, j’ai eu envie de répéter le concept, mais avec un organisme à but non lucratif. Au début, je voulais créer des ateliers de photographie pour les ados afin de leur montrer comment les images arrivent à nous mentir, et pourquoi ce n’est pas une bonne idée de se baser sur les images qu’on voit partout. Finalement, mon idée a évolué, et j’ai eu envie de m’intéresser au rapport entre les médias sociaux et la santé mentale, en sachant que l’un avait un impact sur l’autre. Pendant 10 mois, Emmanuelle Parent, la cofondatrice, et moi, on a fait de la recherche sur le sujet. On est les seuls, au Canada, à s’occuper des enjeux en santé mentale liés aux réseaux sociaux.

Vous racontez d’ailleurs que même vous, vous avez encore parfois besoin d’aide pour gérer vos réseaux sociaux.
J’ai énormément d’abonnés (NDLR: il a plus de 100 000 abonnés sur Facebook et plus de 133 000 abonnés sur Instagram) et j'ai encore du mal à gérer les commentaires. Par exemple, j'ai récemment fait une publication pour le 30e anniversaire de Marilou; elle reste ma meilleure amie et la mère de ma fille. Mais un gars a fait un commentaire passif-agressif sur ce post. Je ne sais encore pas comment réagir... Une partie de moi voudrait lui répondre de manière agressive, et une autre partie voudrait l’inviter à prendre un café pour qu’on essaie de se comprendre. Est-ce que je bloque le commentaire? Est-ce que je le laisse? Ce genre de choses m’atteint encore.

Le problème est double: on veut savoir comment réagir à un commentaire malveillant, mais aussi pourquoi quelqu’un écrit ce genre de chose...
J'ai l'impression que les médias sociaux constituent le véhicule de nos émotions par excellence. On va consulter du contenu en fonction de la manière dont on se sent, mais on va aussi réagir en fonction de notre humeur de la journée. Pour moi, ce genre de comportement est un symptôme du problème, ce n'est pas la maladie en tant que telle. C’est pour ça qu’on peut s’attaquer au problème. On ne peut pas demander à Facebook de réglementer ses algorithmes, parce qu’on s’adresse à une structure économique puissante. C’est pour ça qu’on veut s’adresser aux individus en premier, car on sait qu’ils représentent le produit de ces plateformes. Si on améliore le produit, on va améliorer les plateformes.

Quels conseils donneriez-vous aux parents pour apprendre à leurs ados à mieux gérer leurs réseaux sociaux?
Le plus simple est d’écouter son ado, de lui poser des questions et de s’intéresser à ce qu’il fait. Au lieu de juger immédiatement le contenu que regarde un ado, il faut se poser des questions: pourquoi mon ado regarde-t-il ça? Comment se sent-il quand il va voir ce contenu? Pourquoi like-t-il une personne ou décide-t-il de suivre telle autre? Il faut ouvrir le dialogue. Un des grands enjeux est le clash générationnel entre les ados et leurs parents. On n’utilise pas tous les réseaux sociaux de la même façon, ni dans le même but, et on n’a pas la même expérience avec ces outils non plus.

Photo : Sebastien Sauvage

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Les parents ne se soucient pas forcément de ce que les ados regardent sur les réseaux sociaux; ils se préoccupent surtout du temps qu’ils passent sur leur téléphone. Que fait-on avec ça?
Actuellement, des études indiquent que plus on passe de temps d’écran dans nos loisirs, plus nos indicateurs de santé physique, mentale et relationnelle sont à la baisse. L’an dernier, la Direction régionale de la santé publique de Montréal a sorti un rapport sur ces faits. On voit que parmi les gens qui passent deux heures par jour devant un écran, 17 % se sentent en détresse psychologique. Et parmi ceux qui y consacrent quatre heures par jour, 35 % sont en détresse psychologique. La question qui reste, c’est de savoir si c’est le fait d’être en détresse psychologique qui nous pousse à passer du temps sur les écrans, ou si c’est le contraire. Avec la fondation, on essaie actuellement de développer un outil de mesure qu’on veut appeler la qualité du temps d’écran. On est tous devant nos écrans durant la journée pour travailler, mais on veut mesurer la qualité de ce temps. C’est très difficile et subjectif.

Votre fondation propose notamment l’atelier Autodéfense numérique. En quoi consiste-t-il?
Le temps d’une période de classe, on discute avec des ados de 3e, 4e et 5e secondaire. Nos présentateurs vont dans les écoles pour donner de l’information sur la manière dont le contenu numérique est construit. Ensuite, on veut entendre les jeunes, on veut savoir ce qu’ils connaissent et ce qu’ils utilisent comme normes sociales sur les réseaux sociaux pour coexister avec leurs amis. Cet atelier existe depuis un an, et les retours sont extrêmement positifs. Les jeunes reviennent chez eux et en parlent avec leurs parents, et c’est ce qu’on veut.

Les adultes sont d’ailleurs aussi présents sur les réseaux sociaux, notamment les 20-35 ans. Ont-ils le même genre de problèmes?
Chaque génération a ses enjeux. Selon moi, les adultes ont de plus grands problèmes que les ados, car on n’est pas nés avec ces outils-là. On a appris à s’en servir, mais les plateformes ont évolué tellement rapidement, parfois pour de mauvaises raisons et dans de mauvaises directions, qu’on est pris avec ce problème. C’est aussi difficile d’avoir de l’éducation sur le sujet, car on a tous eu ça en même temps. Mais j’ai confiance dans les générations qui nous suivent pour régler les problèmes plus rapidement.

L’idée d’avoir un cours sur le fonctionnement des réseaux sociaux à l’école serait-elle une solution?
Notre démarche n’est pas de dire aux gens comment s’en servir. On veut d’abord montrer comment ça fonctionne, puis proposer un système de valeurs et d’intelligence émotionnelle. Après, il revient à chacun de se poser des questions. Est-ce que je suis uniquement des pages que j’aime? Est-ce que je suis des gens parce que j’aime les haïr? Honnêtement, personne ne sait exactement comment se servir des réseaux sociaux adéquatement, et je suis conscient que ça va prendre des générations avant de maîtriser l’outil, car il évolue constamment.       

Chaque mois, le compte Instagram de la fondation Le CIEL propose une thématique de réflexion en lien avec les réseaux sociaux et la santé mentale. Le mois de novembre est consacré à l’apparence corporelle. Pour les détails sur la fondation, dont Alexandre est le cofondateur et président: leciel.ca.

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