Janette Bertrand lance un roman sur un sujet délicat | 7 Jours
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Janette Bertrand lance un roman sur un sujet délicat

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Joël Lemay / Agence QMI

Ces jours-ci, Janette Bertrand fait paraître le roman Un viol ordinaire, dont le sujet est brûlant d'actualité. Et voilà qu'elle travaille déjà à la suite. À 95 ans, la dame a toujours une soif inassouviable d'apprendre et de transmettre. Jamais n'aura-t-elle assez d'une seule vie pour ce qu'il lui reste à accomplir.

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Fonceuse et indignée. Empathique et bienveillante, aussi. Janette Bertrand est multiple, et les projets qu’elle a menés de front cet été reflètent autant de facettes de ce qu’elle est. Mais avant... 

Le 25 mars, elle fêtait ses 95 ans. Nous en étions au début de la crise sanitaire. «Habituellement, on fait toujours un gros party aux sucres avec toute la famille. Ça représente 26 personnes!» souligne celle qui est six fois arrière- grand-mère. «Cette année, mon chum, Donald, a commandé un repas de cabane à sucre, qu’il a envoyé à tous les enfants! On a fait un Zoom. Tout le monde parlait en même temps, alors ç’a été fou! Mais on était ensemble», dit-elle, en en conservant un souriant et chaleureux souvenir. 

Heureuse vieillesse. «Dans quatre ans et demi, je vais avoir 100 ans. J’ai encore des choses à dire. Si je reste comme ça, c’est pas pire, mais sait-on jamais... Je n’aurai pas assez d’une vie.» 

Elle dit ne pas avoir peur de la mort. Elle exprime plutôt: «Je ne veux pas mourir. Depuis que j’ai eu 90 ans, je sais que je vais mourir. Tu es condamné à mort, mais tu ne sais pas quand on va venir te chercher. Ça ne me rend pas triste du tout, parce que j’en profite.» 

Agence QMI



DEVOIR DE MÉMOIRE
Durant l’été, elle a consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’amour à un projet qui lui tient à cœur, Écrire sa vie. Tout en leur prodiguant des conseils, elle invitait les aînés à écrire leur autobiographie. Elle est enchantée de la réponse qu’elle a reçue. «Ç’a été plus populaire que je ne le pensais. J’en ai lu 500! Tout à l’heure, j’ai encore reçu une livraison. C’est l’histoire du Québec qui est racontée. À plusieurs niveaux, on a fait des progrès rapides, mais il ne faut pas oublier d’où on vient. Ce sont les aînés qui ont ouvert la voie.» C’est donc par devoir de mémoire que madame Bertrand a mis sur pied cette idée. «Leur passé est témoin d’un temps révolu. C’est ça, l’histoire!» 

Au-delà de ce fait, elle se réjouit d’avoir stimulé les personnes âgées. «Je suis une privilégiée. Je suis l’exception qui confirme la règle. Pour ne pas vieillir gaga, il faut avoir des projets. Or on n’implique pas les vieux dans des projets. On les fait jouer aux poches. Les vieux, on les jette et on les enferme. Nous sommes traités comme des gens de trop.» 

Dans le cadre d’Écrire sa vie, elle est particulièrement heureuse du fait que nombre d’aînés avec une instruction sommaire ont surmonté leurs complexes pour s’ouvrir à elle et lui faire partager leur expérience de vie. «Beaucoup m’écrivaient une lettre pour s’excuser de leurs fautes. Mais je les ai lues et ne les ai même pas vues! C’est écrit dans le sang, avec les tripes. C’est bien meilleur que bien des livres.» 

Férue de statistiques, l’instigatrice d’Écrire sa vie fait remarquer que 88 % des manuscrits reçus sont l’œuvre de femmes. «Elles parlent de leur passé en disant ce qu’elles ont ressenti. La plupart des hommes ne parlent pas ou le font peu. Ils décrivent des faits.» Le Musée de la Civilisation à Québec réservera un espace pour mettre en lumière les 20 textes les plus pertinents. Un livre paraîtra aussi.

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DIALOGUE DE SOURDS
Les hommes, les femmes... Ce qui les unit et les éloigne. Les luttes que mènent les secondes pour accéder au même statut que les premiers. Défendre l’égalité des sexes est une mission que Janette Bertrand mène depuis toujours. 

Le mouvement #MeToo l’a amenée à écrire son nouveau roman, Un viol ordinaire. Il a comme toile de fond l’histoire de Laurent qui, un soir, oblige sa blonde à faire quelque chose qu’elle ne veut pas. Les deux principaux personnages du roman sont ses parents, Julie et Paul, que la situation engage dans un discours de sourds. Quelle est leur part de responsabilité dans le geste commis par leur fils? Si seulement ils étaient sur la même longueur d’onde pour aborder la question... 

Lorsqu’il est question du couple, du patriarcat et de la notion de consentement, Janette Bertrand devient intarissable. «C’est très difficile d’être en couple en ce moment, parce que les ados de 16, 17 ans sont élevés par la porno. Le patriarcat fait en sorte que les hommes se donnent le droit. Depuis que le livre est sorti, des femmes m’ont écrit en me disant qu’elles ne savaient même pas qu’elles pouvaient se refuser à leur mari.» Elle est d’avis que les choses n’ont guère changé depuis 2000 ans. «Ce régime est confortable pour un homme.» 

Depuis plus d’un demi-siècle, d’abord avec Toi et moi, puis Quelle famille!, Janette Bertrand se plaît à conjuguer dramaturgie et pédagogie. 

Un viol ordinaire est fidèle à la façon de faire de son auteure, dans la mesure où, avant d’écrire son récit, elle a consulté des professionnels — psychologues, sexologues, sociologues et travailleurs sociaux. «Ils sont spécialisés en viol conjugal. Des sexologues me disent que des gars de 20 ans ne sont plus capables de bander parce que trop habitués à se masturber trois fois par jour sur des images violentes. Alors quand ils arrivent devant une vraie fille, ça ne marche pas. D’où le geste de leur imposer des choses qu’elles ne veulent pas faire.» 

Photo : Daniel Auclair



POUR QUE LES CHOSES CHANGENT
Janette se réjouit de l’avènement du mouvement #MeToo et de la prise de conscience qu’il a suscitée. «Bravo! Je souhaite que les femmes soient crues. Mon père ne m’a pas crue lorsque j’ai été abusée, alors je sais le tort que ça peut causer. Mais je suis contre la vague de dénonciations anonymes qui ont eu lieu cet été; c’est trop dangereux.» 

Selon elle, il est impératif que le système de justice change. «C’est trop long, ça n’a pas de sens. L’accusé a tout pour lui et c’est tout juste si la femme peut parler. Et lorsqu’elle parle, on doute d’elle. “Qu’est-ce que tu portais?” “Avais-tu bu?” “L’as-tu provoqué?” On n’en sort pas. C’est toujours de notre faute...» 

Bien qu’elle dresse un portrait plutôt sombre de la situation, Janette Bertrand ne baisse pas les bras. «Je suis en train d’écrire la suite d’Un viol ordinaire, dans laquelle j’apporte des solutions pour que les hommes changent. Il faut que ça passe par une prise de conscience. Reconnaître et demander pardon, ça ne change rien. C’est comme aller à la confesse et recommencer après.» 

Malgré tout, elle a espoir que les choses en viennent à changer. Elle regarde autour d’elle: «J’ai trois petits-fils qui sont pères de famille et qui m’ont donné six belles arrière-petites-filles. Ils sont des pères extraordinaires et s’occupent de leurs enfants comme s’ils étaient des mères. Les hommes ont découvert les bienfaits de la paternité. Ils aiment être pères. Ça me donne beaucoup d’espoir.» En riant, elle ajoute: «Je pense que Donald a échappé à ce système. Ça fait 38 ans qu’on est ensemble. J’espère qu’il a appris!»      

Le nouveau roman de Janette Bertrand, Un viol ordinaire, est disponible en librairie et sur différentes plateformes.


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