Mario Pelchat fait le bilan de ses 40 ans de carrière | 7 Jours
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Mario Pelchat fait le bilan de ses 40 ans de carrière

Image principale de l'article Le bilan de ses 40 ans de carrière
Photo : Bruno Petrozza

En regardant la feuille de route de Mario Pelchat, on réalise que l’artiste est d’une polyvalence assez remarquable. D’abord chanteur puis auteur-compositeur, il a ajouté deux autres cordes à son arc au fil des ans, puisqu’il est aussi producteur et vigneron! L’occasion était belle, pour souligner ses 40 ans de carrière, de nous entretenir avec lui sur ce parcours atypique, avec son lot de peines et de grandes joies.

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Mario, parlons d'abord du plus récent projet que tu as produit, l’album d’Émilie Daraîche, la fille de Paul...
Ça fait longtemps que je connais Émilie puisque j’ai fait plusieurs albums avec Paul. Elle est très près de ses parents et elle chante souvent sur scène avec son père. Un jour, à la télévision, je l’ai vue interpréter en duo avec Paul la chanson Je serai près de toi, que j’ai coécrite avec Christian Péloquin. J’ai eu un coup de cœur pour Émilie. Je trouvais qu’elle perçait l’écran. J’ai senti qu’elle avait la même passion et la même envie d’être sur scène que son père. Je lui ai donc proposé de faire un album. Elle a une voix douce, similaire à celle de Françoise Hardy. Sur l’album, elle reprend d’ailleurs Tous les garçons et les filles et elle interprète plusieurs chansons originales écrites pour elle.

Donc, encore une fois, le producteur en toi s’est laissé emporter par un coup de cœur. Habituellement, c’est un gage de succès pour toi: on pense à 2Frères, à Paul Daraîche, aux Prêtres...
Quand Québecor a fait l’acquisition de MP3 Disques, j’avais produit 32 albums. Depuis, il y a eu d’autres productions. C’est pas mal, parce que j’ai fait ça au cours des 20 dernières années. La maison de disques a vu le jour en 1998, et c’est en 2018 que j’ai en quelque sorte laissé aller le bébé.      

C’est un ajout à ton métier de chanteur...
Je dis souvent aux artistes que ce n’est pas une mauvaise idée d’avoir un plan B ou différents champs d’intérêt. Je l’ai vécu avec la covid. Ma tournée de spectacles Hommage à Charles Aznavour a été brusquement interrompue, mais je ne me suis pas retrouvé désemparé devant rien. Heureusement, j’avais le vignoble. J’avais beaucoup de travail à y faire. Et j’avais aussi la production d’albums. Ça n’a pas été facile par bouts... Moi aussi, j’ai hâte de remonter sur scène, mais j’étais content de m’être trouvé d’autres champs d’intérêt et d’autres passions. Ça m’a aidé à traverser cette crise-là. 

Es-tu fier de ton travail de producteur?
Oui, parce que dans une carrière de chanteur, tu vis des moments très forts, mais un jour l’âge te rattrape. Tu t’aperçois que tu vieillis. Je ne voulais pas devenir amer ou triste, en fin de carrière, de voir que je serais moins présent à l’avant-scène. On laisse moins de place aux plus vieux pour favoriser les plus jeunes. Et je trouve ça correct — moi-même j’aime découvrir de nouveaux talents. J’ai donc réfléchi à la question et je me suis demandé comment je pourrais continuer de vivre de mon métier, qui me passionne encore. C’est là que le déclic s’est fait. 

Parmi tous les albums produits, est-ce que ceux de Paul Daraîche ont été marquants pour toi?
Oui. J’avais envie de lui donner la place qu’il méritait. Il avait la reconnaissance d’un certain public, mais pas celle du grand public. Ça m’a réjoui énormément de lui donner cette chance-là. 

Tu t’es fait un devoir, comme producteur, de faire connaître des artistes qu’on qualifiait autrefois d’«artistes populaires».
Oui, c’est vrai que c’est le dénominateur commun de toutes les productions que j’ai faites. C’est très certainement pour ça que ça a fonctionné, parce que je comprends ce public-là: c’est celui que je côtoie depuis 40 ans. Je sais ce qu’il aime, j’en fais partie et je lui donne ce qu’il demande. Je suis à son écoute. Un album de Noël va paraître très bientôt, avec Christian-Marc Gendron et sa femme, Manon Séguin, une autre production que je chéris et dont je suis très fier. Il y a aussi Simon Morin, dont l’album est sorti il y a un an. Je l’avais découvert à Star Académie. Et j’ai été conquis par son
talent quand je l’ai vu sur scène. C’est un travailleur acharné. Et là, il sera l’acteur principal d’une série qu’on pourra voir à Club illico l’an prochain.

Qu’est-ce que ça t’inspire de penser que tu fais carrière depuis maintenant 40 ans?
Que c’est fou comme ça a passé vite! Plein de gens me demandaient, quand j’ai commencé dans le métier, où je me voyais dans 20 ans, dans 30 ans. Et moi, à ce moment-là, je répondais: «J’ai envie que ça dure, que ça dure longtemps», sans même savoir ce qui me pendait au bout du nez. Je voulais chanter toute ma vie et je disais que je serais le gars le plus heureux du monde. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai passé une bonne partie de ma vie à chanter. 

Photo : Bruno Petrozza


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La carrière, les amours, le vignoble... il s’en est passé des choses depuis 40 ans!
J’ai aussi connu mon lot d’échecs et j’ai appris à me relever. Quand tu te trompes, tu effaces et tu recommences. Ça m’est arrivé à quelques reprises. Au final, j’ai connu plus de bons coups que de mauvais. 

Ta femme, Claire, est toujours à tes côtés, et on peut dire que vous travaillez fort et bien ensemble au vignoble...
Oui, tout à fait! Ç’a été un projet qui nous a unis, qui nous a soudés. On a connu des ratés aussi, mais c’est ça une vie de couple... Ce n’est pas toujours facile, ce n’est pas toujours tout beau. On nous l’avait dit. On l’a vécu et on a réparé nos erreurs quand on en a fait, et ça nous a solidifiés.

Votre vignoble, c’est une entreprise qui prend de l’ampleur...
Oui, vraiment. La boutique est en construction, elle va ouvrir au printemps prochain. C’est un projet très excitant. On a très hâte de pouvoir ouvrir nos portes. Cet été, on a accueilli les visiteurs les samedis de juillet et les samedis de septembre, et la réponse a été vraiment positive. Ils sont venus d’un peu partout pour découvrir nos produits. Même que plusieurs n’en étaient pas à leur première visite! Ça, c’est très encourageant. On a senti que, dans la crise, les gens se sont donné comme mandat d’encourager les entreprises d’ici, ce que les gouvernements mettaient de l’avant. Les gens ont été au rendez-vous.

Combien avez-vous mis de produits en marché cette année?
On avait 32 000 bouteilles. On a manqué de vin rosé assez vite et on vient à peine d’écouler toutes nos Demoiselles, un blanc d’entrée de gamme. On avait écoulé L’Épouse au mois de juillet. On a embouteillé à nouveau au mois d’août, donc on a fait le plein d’Épouse et d’Époux. En début d’année, on va encore embouteiller Les Demoiselles. On a eu une belle récolte cette année; on a terminé les vendanges récemment. 

Pour le vignoble, est-ce qu’aujourd’hui le niveau de satisfaction est à la mesure de tous les efforts que vous avez déployés au cours des dernières années?
Quand on voit ce qu’on a réussi à faire, c’est juste de la fierté qu’on ressent, même s’il en reste beaucoup à faire et s’il y a encore des choses à bâtir. J’ai amorcé ce projet sans trop savoir dans quoi je m’embarquais. Quand j’ai fini par comprendre que ça allait être beaucoup de travail physique et beaucoup d’investissement, j’étais pris dans l’engrenage et je ne pouvais pas reculer. Je voyais ça trop gros. Puis, à un moment donné, il y a eu comme un déclic. Je me suis dit qu’il fallait que je cesse de me concentrer sur ce qu’il y avait à faire et que je regarde plutôt, à la fin de chaque saison, tout ce que j’avais accompli. En voyant les choses dans cette perspective, c’est là que j’ai commencé à être très encouragé. Alors, je suis plutôt fier.

Comment entrevois-tu la suite de ta tournée de spectacles?
C’est tellement difficile à dire. Les spectacles ont d’abord été reportés en septembre, puis en mars 2021. Je regarde aller les choses... et j’ai peur que les spectacles prévus en mars soient de nouveau reportés. Mais si ça arrive, que veux-tu que je fasse? Imagine: je n’ai reporté qu’un seul spectacle en 40 ans, parce que j’étais malade. Tout ça est catastrophique, et pas seulement pour les artistes de la scène, mais aussi pour tous les intervenants du milieu, comme les sonorisateurs, les éclairagistes, les techniciens, les diffuseurs. Je me mets à leur place et je trouve que c’est vraiment triste ce qu’on vit en ce moment.

Toi qui interprètes la pièce Hier encore dans tes spectacles... J’imagine que ce succès te colle vraiment à la peau...
Oui! Hier encore... je croyais tout savoir. La vie m’a montré qu’on ne sait pas grand-chose, mais que, quand on se laisse porter par la vie, il y a plein de belles surprises qui nous attendent. Je suis vraiment content de ma vie et de mon parcours jusqu’à présent. J’ai fait de belles rencontres sur le plan artistique et j’ai rencontré de formidables nouveaux artistes que j’ai eu l’occasion de faire connaître à un plus large public. J’ai fait un retour à la terre avec le vignoble, ce qui me connecte aux vraies choses, à une réalité qui me rapproche de mes grands-parents, qui étaient cultivateurs. Ça ne veut pas dire que je n’ai pas de regrets. Par exemple, j’aurais aimé être père. J’en ai souvent parlé au début de ma carrière: je voulais avoir huit enfants! La vie n’a pas voulu nous faire connaître cette joie-là. Ça reste une grande tristesse, mais je compose avec ça et je me dis que c’était probablement mieux comme ça. Malgré tout, Claire et moi, on est très satisfaits et très heureux des autres bonheurs qu’on a connus. 

Ça a fait un an en septembre que ta mère nous a quittés; tu as d’ailleurs publié un message à cet effet, sur ta page Facebook. Ça demeure une grosse épreuve pour toi?
Ç’a été une énorme épreuve, et ce l’est encore. C’est long à faire, un deuil. Je rêve souvent à elle et, en même temps, je la sens présente. Je la perçois à travers des choses que je fais parfois, à travers des gestuelles. Ma mère était ricaneuse, et je le suis aussi. Je la vois à travers ma sœur et mes frères; j’aime la voir à travers plusieurs membres de la famille. On laisse ce qu’on est transparaître dans sa progéniture. C’est extrêmement difficile de voir ses parents vieillir, de voir son père tout seul, dépourvu sans son épouse. C’est ça que je trouve aussi très dur. Quand je savais que maman était là, je ne pensais pas toujours à ça. Je n’avais qu’à prendre le téléphone et à l’appeler. Maintenant que je ne peux plus le faire, j’écoute ses messages sur mon répondeur et je regarde des photos d’elle. 

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