Vanessa Duchel nous raconte le jour où elle s’est choisie | 7 Jours
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Vanessa Duchel nous raconte le jour où elle s’est choisie

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Photo : Julien Faugere

Dans Franchement grosse, Vanessa Duchel ne passe pas par quatre chemins. Avec une sincérité désarmante, l’ex-Académicienne nous fait découvrir la réalité des personnes en surpoids. Un livre très personnel qui trouvera écho auprès de ceux et celles qui doivent travailler leur acceptation de soi.

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Vanessa, votre livre, Franchement grosse, est sorti récemment. Comment est né ce projet?

Après avoir lu certaines de mes publications sur Instagram, l’équipe de Michel Lafon m’a écrit pour me proposer de faire un livre. Je publiais des messages à l’intention des jeunes pour les rassurer quant à leur corps. Mon livre parle d’acceptation de soi, mais je ne mentirai pas aux gens: je travaille là-dessus depuis 10 ans et je n’y suis pas encore parvenue...

Est-ce le travail d’une vie, à votre avis?
Tout à fait. Dans mon ouvrage, je raconte ce que j’ai vécu et où j’en suis rendue. Les gens sont généralement confrontés à eux-mêmes, et ont leurs propres défis, mais nous, les gros, la société nous pointe du doigt tous les jours. Quand tu ne peux pas t’asseoir sur une banquette au restaurant, que tu dois demander une ceinture supplémentaire dans l’avion ou que rien ne te fait dans une boutique de vêtements, tu es constamment confronté aux normes extérieures. On te rappelle tout le temps que tu n’y corresponds pas! 

À quel âge avez-vous fait votre premier régime?
À huit ans. Ça n’a pas de bon sens... On ne m’a jamais poussée à en faire, mais on ne m’a jamais empêchée d’en faire non plus. Ma mère a été mannequin lorsqu’elle était jeune. Elle n’a jamais eu de troubles alimentaires, mais son poids l’a toujours obsédée.

Vous avez confié qu’en vous encourageant à être en meilleure santé, votre famille vous aurait mis une pression énorme sur les épaules.
Oui, et elle le sait: je lui en ai parlé. Encore récemment, j’ai visité mon père, qui m’a dit que mon visage avait dégonflé. Il pourrait juste me demander comment ça va ou si je suis en forme, simplement. Les remarques sur mon poids ne sont pas nécessaires, mais il fait ces commentaires parce qu’il se préoccupe de ma santé. Je lui ai montré le chapitre de mon livre dans lequel j’aborde cette question. Mes parents m’aiment profondément, mais ils sont si protecteurs! Ils avaient tellement peur que je me fasse écœurer. J’ai déjà été intimidée, mais pas si souvent que ça. J’ai vu des jeunes à qui j’enseignais le chant être intimidés à cause de leurs vêtements, de leurs boutons, de leurs cheveux... Je me suis dit que j’avais été épargnée. Ma mère est une femme incroyable, dévouée et généreuse; elle est un modèle pour moi. Mais elle m’a déjà confié avoir eu honte de moi pendant mes 20 premières années de vie.

Comment avez-vous reçu ce commentaire?
J’ai fait comme si de rien n’était, parce que c’est ma manière de faire. Dans ma tête, c’était normal qu’on ait honte de moi à cause de mon corps. Quand je rédigeais mon livre, c’est comme si j’écrivais l’histoire de quelqu’un d’autre, et j’ai eu pitié de cette personne... Mes parents m’ont toujours aimée et je tiens à mentionner que, pour eux, j’ai toujours été la plus belle fille du monde, la plus drôle et la meilleure chanteuse.

Mais avec un surpoids...
Oui, trop grosse pour ma santé et pour mon travail. Mon père me disait que je n’aurais jamais de contrats à cause de mon poids et il a eu raison: ça m’a causé beaucoup de problèmes. Je me suis souvent fait dire que j’étais trop grosse. Il faut dire que je n’avais pas la bonne attitude: je ne fonçais pas et mon manque de confiance se faisait sentir. À cause de mon corps, j’étais aux prises avec le syndrome de l’imposteur. J’ai la chance d’être bonne dans plusieurs domaines. Je sais que j’aurais pu avoir une plus grande carrière si mon corps ne m’avait pas limitée. Les autres m’ont parfois imposé des limites, mais je suis la personne qui m’a le plus empêchée d’avancer.     

Photo : Julien Faugere


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Avez-vous déjà été mince?
La dernière fois que j’ai été mince, j’avais six ans... Depuis toujours, mon poids me rend malheureuse. J’y pense 24 heures sur 24. Puis un matin, je me suis réveillée en me disant que j’étais tannée de m’empêcher de vivre. Le jour où je me suis choisie, la compagnie J3L Lingerie m’a écrit pour me demander d’être une de ses mannequins. Moi qui ai toujours trouvé mon corps laid, on voulait le photographier! Quand j’ai publié ces photos, des filles m’ont écrit qu’elles enviaient ma confiance. Si elles avaient su à quel point je n’en avais pas! Des mères m’écrivent pour me dire que, pour la première fois, leur fille a accepté de prendre des photos à l’école grâce à moi. D’autres me disent avoir eu le courage d’aller magasiner. Je me dis que ça sert donc à quelque chose. Ma blonde m’aide aussi énormément sur le plan de la confiance en soi.

Dans quel sens?
Elle est super mince. Il y a deux ans, je n’aurais pas compris qu’une personne comme elle puisse s’intéresser à moi. Cette fois-ci, je me suis promis que je n’allais pas gâcher une autre relation. J’ai décidé d’aller jusqu’au bout. Il ne faut pas dépendre du regard de l’autre pour s’accepter, mais le fait qu’elle m’aime et qu’elle aime mon corps, ça m’aide à avoir confiance en moi.

Avez-vous lâché prise par rapport à votre poids?
J’y arrive de plus en plus. C’est aussi dans l’air du temps. Avec tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux, j’ai compris qui je pouvais suivre parce que ça me fait du bien. J’ai changé mon regard sur mon corps. Je vois des grosses qui se foutent du regard des autres. Mon message est simple: apprends à t’aimer comme tu es, car quand tu vas t’aimer, tu vas prendre les bonnes décisions pour toi.

Que voulez-vous suggérer à ceux qui ont du mal à s’accepter?
Ne perdez pas de temps et faites les bons choix pour vous. Donnez-vous de l’amour. Complimentez-vous. C’est le plus beau cadeau que vous puissiez vous offrir...

Pour conclure, avez-vous des projets qui vous occupent?
Je fais toujours de la musique. J’ai écrit trois chansons. Ultimement, j’aimerais aller en France. J’ai aussi mis sur pied un podcast, Datestable, sur les pires dates.

Franchement grosse est publié chez Michel Lafon.
Les podcasts Datestable sont offerts sur les différentes plateformes.

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