Peter Miller se confie sur les tournages de «District 31» | 7 Jours
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Peter Miller se confie sur les tournages de «District 31»

Image principale de l'article Son rôle de François Labelle dans District 31
Sébastien Sauvage

Dans la vie, il y a de ces rencontres qui font du bien. Des conversations qui nous remplissent le cœur de joie, de légèreté, où les échanges sont faciles, enrichissants, inspirants. C’est en plein ce genre de moment que j’ai eu le privilège de vivre avec le comédien qui incarne François Labelle dans District 31, Peter Miller. Peter est un homme chaleureux, souriant, réconfortant, sensible et, surtout, des plus authentiques et sincères. Ça fait déjà quelques jours que j’essaie de trouver les bons mots pour vous présenter mon entretien avec lui, pour que vous puissiez saisir l’essence même de cette rencontre. Mon souhait est que vous puissiez ressentir la bonté et la belle énergie qui l’habitent au fil de ses propos, que voici.

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Peter, 2020 est une année particulière. Comment as-tu vécu les derniers mois?
Je sais que, pour plusieurs, ç’a été, et c’est encore, une période difficile. De mon côté, je suis conscient que je fais partie des chanceux. J’habite à Bromont à temps plein avec ma blonde. On a pu profiter de la nature, du lac, de la montagne. Le fait que tout ait ralenti, ça m’a aussi apporté un immense bien-être. Mais je sais que ceux qui en souffrent encore présentement ne le voient probablement pas de la même façon, et c’est bien normal...

Quel genre de réflexions retires-tu de cette période particulière?
C’est incroyable à quel point j’ai réalisé, comme beaucoup de gens sûrement, que je vivais sur le pilote automatique. Le hamster tourne beaucoup dans nos têtes, mais ça n’avance pas. Quand on pense à un problème, ça en amène un autre et ça n’arrête jamais. Ça devient étourdissant. Alors, de plus en plus, je tente de connecter avec ma voix inté rieure. J’essaie de faire abstraction des illusions présentes tout autour et de me ramener à l’essentiel et au moment présent. Je sais que toutes les réponses à mes questions viennent de mon cœur et non de ma tête.

De quelle façon arrives-tu à décrocher de la sorte?
En m’entraînant dans la nature. J’hésite à utiliser le mot entraînement, parce que je ne le fais pas pour la performance. À l’époque où je jouais au football, j’étais vraiment compétitif, avec les autres et aussi avec moi-même. Avec le temps, j’ai appris à me foutre la paix avec ça! Maintenant, quand je pars faire de la raquette en montagne, je le fais parce que c’est physiquement exigeant, mais je le fais surtout parce que ça me permet de me retrouver. Le calme que ça m’apporte me permet d’être plus à l’écoute de ma voix intérieure.

Tu as trouvé ta façon à toi de méditer!
Exactement. Méditer couché ou assis, ça se fait, mais ce n’est pas mon fort. Personnellement, ça ne m’amène pas à la même place dans ma tête. Ce qui fonctionne pour moi, c’est de partir en randonnée tôt le matin, quand il fait encore noir, avec de la musique planante dans les oreilles. Il n’y a pas juste une façon de méditer ou de s’entraîner. Le but, c’est de trouver la recette qui va nous motiver à faire l’activité qui nous fait du bien, et ce, le plus régulièrement possible.

Tu as passé ton confinement avec ta conjointe, Émilie. Ça fait 15 ans que vous êtes ensemble, et l’an prochain, vous célébrerez vos 10 ans de mariage. Comment avez-vous vécu cette période?

Ça me fait rire parce que les gens nous disent: «On sait bien, vous deux, c’est sûr que ça s’est bien passé!» Mais oui, c’est vrai qu’on l’a super bien vécue. Ma blonde me fait tellement rire! Je trouve ça beau de la voir décrocher un peu plus chaque jour. J’aime nous voir grandir ensemble. On s’en fait de moins en moins avec des tracas inutiles.

Quelle est la recette de votre couple?
La première chose qui me vient en tête, c’est le soutien de l’individualité qu’on a l’un pour l’autre. On a beaucoup de choses en commun, on prend nos décisions ensemble. Mais si, parfois, on ne se rejoint pas tout de suite sur quelque chose, on laisse le temps qu’il faut à l’autre pour qu’il fasse son cheminement. Le but, en couple, c’est d’atteindre des objectifs communs en respectant le rythme de chacun. Et quand c’est nécessaire, on s’assoit et on se parle des vraies affaires, même quand c’est plus difficile. L’amour, ça nous apporte beaucoup d’intelligence émotionnelle, de patience... Mais elle est chanceuse, ma blonde, parce que je suis presque parfait! (rires) Elle rirait de m’entendre dire ça!

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Du côté professionnel, est-ce que la pandémie a chamboulé certains de tes projets?
Juste avant le début du confinement, je prévoyais ouvrir un bar à Bromont avec un partenaire d’affaires. On venait tout juste de recevoir notre financement. Oh, ç’a dû être une grosse déception! Pour vrai, c’est correct que ce soit arrivé comme ça. Je suis vraiment en paix. Oui, je souhaite toujours me lancer en affaires, mais mon projet est en train de se transformer dans ma tête. J’ai certaines idées, j’y pense tranquillement. Dans le contexte actuel, ça ne m’intéresse plus d’ouvrir un bar. Je veux plutôt développer quelque chose qui est adapté à notre monde. Quelque chose en lien avec le bien-être, l’activité physique, la nature... Je prends mon temps pour trouver la bonne idée, il n’y a pas de presse. En ce moment, je fais partie des chanceux qui ont encore du travail. 

Sébastien Sauvage

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Ça doit faire du bien d’avoir repris les tournages de
District 31.
Vraiment! C’est sûr qu’on a des mesures sanitaires à respecter, comme tout le monde, mais ce n’est pas grave, on s’adapte. On est tellement heureux de se retrouver!

À quel point les mesures sont-elles contraignantes?
On tourne les scènes avec une certaine distanciation. Je pense que les cinq personnages principaux ont le droit d’être à 1 m de distance, mais les autres, on est à 2 m. C’est une distance qui fait drôle quand même! Initialement, j’avais un peu de peine. J’arrivais sur le plateau à 5 h du matin et j’avais le cœur gros. Mais j’en suis revenu!

Avais-tu l’impression que cette distanciation allait affecter ton jeu?

Oui, vraiment. Parce qu’à 2 m, quand Poupou arrivait, je me trouvais un peu loin pour le menacer! (rires) Je me sentais plutôt anxieux après nos premières journées de tournage, quand tout a repris. J’ai décidé de travailler encore plus fort pour être complètement libéré du texte, question de pouvoir mettre mon énergie uniquement sur mon jeu, pour être à la hauteur malgré la distanciation.

Est-ce que les gens t’arrêtent beaucoup dans la rue pour te parler de ton rôle de François Labelle?
Oui, tous les jours! Je constate que la popularité de District 31 est encore plus grande que celle de Lance et compte, dans le temps. J’aime ça, parce que les gens jouent avec moi. Ils me disent des choses comme: «Hey, mon Labelle, approche-toi pas de moi!» J’adore ça. Les gens sont polis et respectueux. Et moi, je reste terre à terre grâce à ça. Au Québec, on a de grands artistes accessibles qui ont tracé ce chemin-là avant nous. Je pense entre autres à Ginette Reno, que j’ai eu la chance de côtoyer à l’époque de Mambo Italiano. Ginette, c’est une artiste de calibre international. Alors, je me suis toujours dit: «Si Ginette Reno ne se prend pas pour une autre, on va se calmer le pompon!»

Est-ce qu’on t’a sollicité pour d’autres rôles dernièrement?
Pas encore. Si un jour une production a besoin de moi, elle va m’appeler. Mais ça fait partie des choses pour lesquelles j’ai lâché prise. Autrefois, tu aurais stressé? Oui. Dans ma carrière, j’ai vécu des périodes très chargées et d’autres plus tranquilles. Avant, c’était dur à vivre, ce genre de situation. Mais je ne m’en fais plus avec ça. J’ai appris. Pour te donner un exemple, en 2015, j’ai joué dans une série HBO qu’on n’a jamais finie. J’avais un rôle central, je jouais aux côtés de Casey Affleck. L’histoire portait sur l’expédition Lewis et Clark, une expédition majeure des années 1800. On a campé dans des lieux incroyables. On a fait un mois de bootcamp. C’était un projet gigantesque, produit par Brad Pitt, Tom Hanks... On a tourné quatre mois sur sept et, après avoir dépensé 40 millions de dollars, ils ont tout arrêté.

Qu’est-il arrivé?
Ils nous ont dit qu’ils avaient licencié le réalisateur et le directeur des opérations et qu’ils cherchaient une équipe de remplacement. Ils nous ont donc renvoyés chez nous pour une pause qui devait durer un mois. Ils nous ont même dit de ne pas raser nos barbes, de garder le look de nos personnages. Ce n’est qu’un an plus tard qu’ils ont confirmé, sans explication, qu’on ne terminerait jamais les tournages. Ç’a dû être un dur coup à encaisser... Je l’ai bien pris, malgré tout, parce que j’ai appris à lâcher prise sur ce que ça aurait pu m’apporter après. Je suis juste tellement reconnaissant de tout le processus. J’ai vécu des choses extraordinaires pendant ce projet. Même si ça n’a jamais abouti, je suis comblé. C’était un de mes rêves, et je l’ai réalisé. Le chemin compte autant sinon plus que le résultat. Hollywood, les projets importants, je suis reconnaissant d’avoir vécu tout ça, mais aujourd’hui, je n’ai plus d’ambition de ce genre. Pour moi, tout ce qui compte maintenant, c’est le moment présent.

District 31, du lundi au jeudi à 19 h, à Radio-Canada.

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