Guillaume Lemay-Thivierge sur les joies de jouer avec sa fille | 7 Jours
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Guillaume Lemay-Thivierge sur les joies de jouer avec sa fille

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Photo : Valerie Blum / Echos Ve

Le 28 août 1985 sortait le film Le Matou, qui a révélé Guillaume Lemay-Thivierge au grand public. Pour souligner sa sortie, l'artiste accompli revient sur cette période marquante de sa carrière, en plus de nous parler de sa famille et de ses projets.

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Guillaume Lemay-Thivierge avait sept ans quand il a tourné dans Le Matou, de Jean Beaudin. Film qui, à sa sortie sur les grands écrans, a fait de lui un enfant-vedette à neuf ans. Trente-cinq ans plus tard, son Monsieur Émile, un petit bum de la rue, est encore dans l’esprit de toute une génération. «J’en entends encore parler régulièrement, et je trouve ça tripant au boutte! J’ai encore mon petit chandail rouge que je portais dans le film. Ma fille l’a d’ailleurs porté à l’émission d’En direct de l’univers qui m’était consacrée; elle était venue chanter un petit bout de la chanson-thème du film», relate l’artiste, qui garde de beaux souvenirs du Matou, dont un récent... 

Avant que le réalisateur Jean Beaudin ne décède en mai 2019, ils ont réécouté le film ensemble avec Monique Spaziani et François Thivierge, le père de Guillaume. «J’avais déjà vu le film au fil des années, mais là, j’étais à côté du réalisateur. Il me regardait et m’a dit de belles choses. Le Matou, ç’a été formidable, mais par la suite, j’ai auditionné pour Jean, et ça n’a pas bien fonctionné. Il y a eu un moment où je l’ai aimé, puis je l’ai haï, et je l’ai aimé à nouveau. Je chéris ce souvenir de l’an dernier, parce que c’est comme si la boucle s’était bien bouclée.»      

À sept ans, le jeune Guillaume avait déjà un an d’expérience dans le jeu. «J’aimais être sur le plateau du Matou, apprendre mon texte, jouer des scènes; ça m’amusait beaucoup. Ça me permettait de ne pas aller à l’école, et j’étais bien content.» 

S’il a eu le rôle, c’est en quelque sorte grâce aux bons conseils de son père. En effet, Guillaume avait auditionné auparavant pour le film Mario, de Jean Beaudin, sans succès. «Mon père avait su que le rôle du petit gars dans Le Matou était un bum, et il m’avait dit de demander à Jean Beaudin en entrant dans la salle d’audition: “Heille, toi! Pourquoi tu ne m’as pas pris pour Mario?”»      

On connaît la suite! «Ce qui me touche du Matou, c’est que mon père était un petit cul des ruelles du Plateau-Mont-Royal. Le Matou, c’était son histoire. Il montait sur les toits, il a bu de la bière très jeune et il a commencé à fumer à huit ans. Quand il me racontait ça et que j’avais cet âge-là, je comprenais qu’il savait de quoi il parlait. Mais plus tard, j’ai réalisé que c’était comme si j’avais fait un bout de la vie de mon père à l’écran, alors que moi, je suis un petit gars élevé à la campagne. Je n’avais aucun rapport avec Monsieur Émile.»

Photo : Dominic Gouin



Un apport humain important
Au fil du temps, le film a défini sa façon d’agir avec les gens qui l’entourent. «À l’âge que j’avais, ce que je voyais, c’était la douceur et la bienveillance de Jean Beaudin. Je voyais un père de famille qui prend soin de son monde. Même si j’ai su par la suite qu’il ne prenait pas soin de tout le monde, je vais me rappeler toute ma vie ceux dont il a pris soin. Comme humain, que ce soit en tant qu’acteur, réalisateur ou père de famille, j’ai compris que le respect était beaucoup plus payant que la domination. Je me souviens de ça, parce que le comédien Serge Dupire m’avait amené coucher chez lui, et Monique Spaziani aussi, un peu comme un mononcle et une matante. Ils avaient adopté un jeune enfant avec qui ils allaient passer deux mois de leur vie et jouer toutes sortes de scènes. Cette gentillesse-là, je m’en suis toujours souvenu, et ça m’a marqué pour la vie.» 

Le Matou lui a aussi permis d’élargir sa culture. Parce qu’il tournait avec Julien Poulin, Paul Berval et les acteurs français Jean Carmet et Julien Guiomar, son père lui a fait découvrir leurs univers respectifs avec les films d’Elvis Gratton, Les Pierrafeu, La soupe aux choux et L’aile ou la cuisse, pour ne nommer que ceux-là.

Aucun regret
En toute humilité, Guillaume Lemay-Thivierge avoue ne pas être fier de tout dans son parcours. «Il y a des bouts où on veut juste gagner des sous pour passer à travers le mois. Je me regarde aller dans Sur la piste, avec Vincent (Bolduc) et Jessica (Barker), et je me dis que je n’étais pas bon. Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir persévéré au moment où ça marchait beaucoup moins. Ma période la plus creuse a été à l’adolescence, au moment où Watatatow était à son apogée. J’ai auditionné pour cette émission, mais je n’ai pas eu le rôle. Quand j’avais 15 ou 16 ans, mon père nous a dit, à mon frère et à moi, qu’on allait faire de la musique. Souvent, les gens veulent me faire dire que je regrette d’avoir fait l’album L’ado, mais pour moi ç’a été une expérience le fun, même si le résultat n’a pas de bon sens! À l’époque, j’y croyais et je me disais que c’était bon. C’était une période creuse. Je n’étais plus engagé par personne. Mais une des forces de mon père, c’est qu’il se revirait de bord sur un 10 cennes. Avec mon frère, j’ai fait des shows de musique dans des festivals. On a dû faire 150 spectacles. Je n’ai pas de regrets, parce que tout ce que j’ai fait m’a tellement servi après! Aujourd’hui, je me retrouve à réaliser et je suis un réalisateur qui n’est pas compliqué; j’apprécie les gens et je reconnais leur travail.»

La naissance d'un réalisateur
C’est en jouant dans 30 vies que son intérêt pour la réalisation s’est développé. «Je n’ai jamais désiré suivre des cours de réalisation. Je suis un gars de terrain, pas de théorie.» En voyant aller le réalisateur de l’émission, François Bouvier, qui était aussi son mentor, il a eu envie de réaliser à son tour. Un jour, il a appelé Fabienne Larouche et, de fil en aiguille, il s’est retrouvé à réaliser. «J’ai fait une trentaine d’épisodes de 30 vies et pas moins de six semaines de réalisation pour District 31», raconte celui qui a repris le boulot sur la quotidienne lundi dernier. 

Dès sa première réalisation, Guillaume s’est senti comme un poisson dans l’eau. «Je dois dire que je suis un petit boss des bécosses! J’ai de la misère à me faire diriger et à avoir un boss à côté de moi. J’aime mieux avoir plus de pression mais prendre les décisions que d’être obligé de m’obstiner avec quelqu’un qui prend une décision avec laquelle je ne suis pas d’accord. Sur un plateau, je comprends les métiers de tout le monde et j’aime travailler avec les forces des autres», de dire celui qui a aussi réalisé des épisodes d’Unité 9 et de Subito texto.

Photo : Vero Boncompagni

Jouer avec sa fille
Sa fille, Charlie, 19 ans, a fait ses débuts comme comédienne dans Ruptures, où Guillaume jouait justement son père. Il en garde de beaux souvenirs, comme pour la pièce de théâtre Fais-toi une belle vie, dans laquelle ils ont joué à nouveau ensemble. Comment réagirait-il si ses autres enfants voulaient aussi suivre ses traces? «J’irais avec la même technique que j’ai utilisée pour Charlie. J’ai fait la sourde oreille les premières années où elle m’a dit qu’elle voulait passer des auditions. Je trouvais que trop de temps passait entre les fois où elle me le demandait. Quand elle a commencé à m’en parler plus régulièrement, je l’ai amenée faire des auditions pour voir si elle allait aimer ça. Je n’empêcherai pas mes enfants d’être comédiens, mais je veux que leur plan B soit aussi fort que leur plan A. J’ai vu trop d’acteurs tristes, incapables d’arriver à la fin du mois parce qu’ils attendaient le fameux contrat... Charlie a fini son cégep en arts et communication, profil cinéma. Je sais qu’elle aime le jeu, mais je ne la sens pas passionnée. Elle ne veut pas faire une école de théâtre. Elle vient de partir pour trois mois à Kelowna (en Colombie-Britannique) pour vivre une autre expérience, loin de ses parents, mais elle reste dans le même pays, alors c’est rassurant pour papa et maman. Mon cousin et ma tante sont là-bas.»

Un côté rassembleur
Guillaume Lemay-Thivierge, qui est également le père de Manoé, 10 ans, et Miro, 8 ans, issus de sa relation avec Mariloup Wolfe, et de Théodore, 3 ans et demi, qu’il a eu avec son amoureuse, Émily Bégin, a toujours rêvé d’avoir une grande famille. «Mon travail de père, c’est de rassembler mes enfants. Je leur dis souvent qu’il faut qu’ils s’aiment et qu’ils se protègent. On ne peut pas forcer les gens à être proches, mais ce que j’essaie de faire, c’est de leur montrer qu’ils sont leurs points de repère. Ils vont pouvoir compter les uns sur les autres toute leur vie, même s’ils se tombent sur les nerfs. Je souhaite qu’ils soient épanouis, heureux. J’essaie de leur donner le plus d’outils possible pour les rendre autonomes.»      

En retour, il ne retire que du positif. «Mes enfants m’apportent l’amour inconditionnel; c’est précieux. Ils ont tous une façon différente de me l’exprimer, mais je le ressens aussi fort de la part de toute la gang. Mes parents m’ont inculqué de belles valeurs; j’en ai mis beaucoup en application et ça a fonctionné. Je pense que mes enfants vont avoir le bagage que je trouve primordial: le respect de l’être humain et la lucidité de la vie.» 

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI


En paix avec son père

Le 11 juillet, son père, François Thivierge, est décédé des suites de complications cardiaques à l’âge de 73 ans. «Mon père, c’était un bel homme imparfait, avec ses grandes souffrances, ses grands défauts et ses grandes qualités aussi. Je l’ai remercié pour ça. Je suis en paix avec le départ de mon père, avec la façon dont il est décédé et avec ce qu’il m’a laissé. Je trouve ça beau d’être capable de le voir, de le reconnaître et de l’apprécier. J’ai vu son cheminement. Je lui ai pardonné plein d’affaires et je l’ai dit aux enfants qui ne l’ont pas beaucoup connu. Je braillais ma vie au salon funéraire. Je leur ai expliqué que ce qu’ils sont, ils le doivent en partie à leur grand-papa et à leur grand-maman, qui ont aussi façonné la personne que je suis. Les défauts de mon père m’ont permis de voir clairement où je devrais éviter d’aller, et ses qualités m’ont permis d’être plus fort. Mon père, c’était un joueur compulsif; il a perdu énormément au casino, dans les machines à sous. C’était un alcoolique et un toxicomane. C’était aussi un homme brillant qui aurait pu être premier ministre. Il était allumé sur le plan de la politique et de l’histoire. Il savait beaucoup de choses, mais quand il ne savait pas, il nous le disait. Sur son lit de mort, je lui ai dit que je prenais toute sa force, toutes ses qualités et que le reste je m’en balançais, parce qu’il m’avait donné une éducation impeccable malgré ses défauts. C’était émotif. Ça m’a fait prendre conscience que je veux donner le plus d’outils possible à mes enfants. Mon père me disait: “Quand je vais mourir, ça sera parfait comme ça. Ça sera terminé. Ne me pleurez pas trop longtemps, parce que je vais vous avoir donné tout ce que j’ai pu.”»

Photo : Dominic Gouin



Un mariage hivernal
Cet été, Guillaume devait épouser sa douce Émily, avec qui il est en couple depuis quatre ans. Toutefois, en raison de la covid-19, la cérémonie a été reportée. «Si tout fonctionne comme prévu, ça va être en février prochain. Je le souhaite du plus profond de mon cœur. En même temps, la vie a bien fait les choses, parce qu’on a finalement déménagé au moment où on devait se marier.» En effet, le 14 juillet, le couple a fait l’acquisition d’une maison dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal. Il a d’ailleurs passé le dernier mois dans les rénovations, mais les travaux sont maintenant pas mal terminés. 

Le mariage se fera dans les Laurentides, où les tourtereaux ont une résidence à Saint- Sauveur. «Au départ, on prévoyait un mariage avec 150 à 200 personnes; on n’a pas encore décidé si on réduisait le nombre ou pas. Ma blonde prévoit plus les choses, moi moins, alors je suis toujours capable de me revirer sur un 10 cennes. Espérons que ça soit en février, à la fin du mois. Ce ne serait pas trop loin de ma fête, qui est le 28, alors je me dis que ça serait mon cadeau de fête!»

S'adapter à la pandémie
Propriétaire depuis 2001 de l’école de parachutisme Voltige, à Joliette, l’artiste et homme d’affaires a su s’adapter aux conséquences de la pandémie. «Mes partenaires m’ont rappelé qu’on est déjà dans un univers de règles. On a des procédures de sécurité qu’on respecte depuis toujours et, chaque année, on a un cours sur les nouvelles procédures à suivre. On a donc suivi les règles. Les gens sont masqués. L’endroit où ils peuvent enlever leur masque, c’est en chute libre, alors que les instructeurs sont masqués. Avant, on fournissait des vête- ments pour que les gens ne se salissent pas en atterrissant; maintenant, on leur dit d’apporter des vêtements qu’ils peuvent salir. L’entreprise va très bien. On s’est adaptés et on est en train d’acheter un autre avion.» 

L’hiver prochain, Émily et Guillaume tourneront la deuxième saison de Si on s’aimait. Entre-temps, ils ont plusieurs projets: une série portant sur la rénovation, une dramatique dont ils ont lancé l’idée originale à des producteurs et auteurs et dans laquelle ils joueraient, une comédie musicale que Guillaume produirait et dans laquelle Émily aurait un rôle, et le film Fais-toi une belle vie, adapté de la pièce de théâtre du même nom. Guillaume a aussi un projet d’émission de grandes entrevues avec des personnalités artistiques. «Il s’agirait d’entretiens avec les vieux sages qu’on connaît, comme les Yvon Deschamps et Gilles Vigneault de ce monde.» À travers tout ça, il veut d’abord et avant tout être le meilleur père possible pour ses enfants.  

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