Sophie Lorain revient sur une rencontre qui a marqué le cours de sa vie | 7 Jours
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Sophie Lorain revient sur une rencontre qui a marqué le cours de sa vie

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Dario Ayala / Agence QMI

Vedette du long métrage intitulé Mon cirque à moi, Sophie Lorain y campe une prof cynique qui choisit de donner un coup de pouce à une petite fille douée. L’enfant en question vit la plupart du temps en tournée avec son père, mais rêve d’une vie plus rangée. Il y a quelques années, l’actrice a eu besoin de ce petit coup de pouce, d’un mentor, pour réaliser ses rêves de comédienne et acquérir une certaine confiance en elle. Rencontre avec une femme qui a su relever maints défis et qui souhaite à son tour tendre la main à une perle cachée dans le métier.

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Sophie, on t'a confié le rôle de Patricia dans Mon cirque à moi. Comment décrirais-tu ton personnage?
C’est un rôle intéressant. Je trouve que Miryam (Bouchard, la réalisatrice) en a fait une proposition charmante. Comme le film est inspiré de sa propre histoire, Patricia est un mélange d’un professeur avec qui elle a eu une rencontre importante quand elle était jeune et de sa propre mère, qui est professeure. Alors qu’elle avait des problèmes en mathématiques, un prof lui a donné de son temps et l’a aidée à franchir le mur de l’incompréhension. Parfois, ces gens sont des mentors de vie qui s’ignorent. Je trouvais intéressant que, dans ce monde de poésie, de bohème, de saltimbanques, ce personnage moins poétique, ce prof en fin de carrière, prenne le temps de mettre son cynisme sur pause pour se consacrer à cette enfant. 

Dans ce merveilleux monde du cirque où grandit Laura (Jasmine Lemée), on sent quand même la souffrance...
Chaque monde équilibré a ses beaux et ses moins beaux côtés. À l’âge de la petite, on veut se fondre dans le décor, avoir un sentiment d’appartenance: on ne veut pas évoluer dans une famille qui ne correspond pas aux diktats de la société. Avec le recul, on peut voir le beau de cette situation, mais au départ, c’est déstabilisant pour un enfant. C’est surtout dans le regard des autres qu’on ressent un malaise. À l’adolescence, c’est autre chose, car on se rebelle et on s’affranchit de sa famille, de ses parents. Mais enfant, on subit cette espèce de regard que les autres portent sur la différence. Miryam est une enfant de la balle et moi aussi. Même si nous ne nous connaissions pas, une espèce de fil nous unissait. En participant à ce récit, je comprenais fondamentalement de quoi elle parlait, comme si nous étions unies par un non-dit.

Laurent Guérin

À l’instar de Laura, as-tu eu la chance de croiser un ou des mentors qui ont été déterminants dans ton parcours de vie?
Oui, mais je les ai rencontrés plus tard. J’ai croisé des gens qui m’ont donné un sérieux coup de main, à tort ou à raison... (rires) Mais il y a eu de vrais mentors qui ont été là pour m’aider. Il y a eu la comédienne Charlotte Boisjoli et certains professeurs que j’ai croisés lorsque j’ai étudié à Londres. Ma rencontre avec Charlotte a été très importante. À l’époque, elle animait des ateliers avec de jeunes acteurs. Jeune, j’en avais suivi plusieurs pour devenir comédienne et, souvent, ça ne fonctionnait pas. J’essayais des choses, ça ne marchait pas. J’étais réticente à l’idée d’étudier avec Charlotte.

Qu’est-ce qui motivait cette réserve?
J’avais entendu dire qu’elle pouvait nous secouer. J’étais assez secouée moi-même, je n’avais pas envie de me faire brasser encore plus... Je me demandais: «Pourquoi aller manger une autre claque sur la gueule? Est-ce vraiment nécessaire?» (rires) Puis Michel Poirier m’a invitée à l’accompagner et ç’a été une découverte pour moi. Quelque chose s’est produit. Comme pour la petite dans le film. Charlotte a senti que j’avais des ailes un peu brûlées. Même si je ne lui avais rien dit et que j’étais là au même titre que n’importe qui, elle m’a insufflé une bonne dose de confiance et m’a beaucoup encouragée à partir pour Londres. C’était une grande étape de vie et j’étais craintive. Je lui dois beaucoup. 

As-tu eu l’occasion de le lui dire?
Oui, mais pas autant que je l’aurais souhaité. Certaines choses se réalisent avec le recul. Je lui suis très reconnaissante, mais je n’ai pris la pleine mesure de son apport qu’une décennie plus tard. Le mentorat n’est pas aussi évident qu’il y paraît. C’est plus subtil. Le facteur temps joue dans l’équation. C’est une fois qu’on a traversé le tunnel qu’on réalise ce qui a été fait pour nous. En ce qui me concerne, le tunnel a été assez long. Après le décès de Charlotte, j’ai compris ce qu’elle avait fait pour moi. Il y avait toujours eu du respect entre nous, mais aussi une certaine pudeur. Ce n’était pas une amie, une mère, une confidente. C’était une professeure. Il n’y avait pas d’étalage de sentiments. Charlotte m’intimidait. Ma mère me parlait d’elle avec beaucoup de respect et d’admiration.

Dario Ayala / Agence QMI



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Les encouragements de Charlotte t’avaient-ils semblé crédibles?
Effectivement. Souvent, les enfants se disent que si leurs parents les encouragent, c’est parce qu’ils sont leurs enfants! Notre relation professeure-élève a contribué à ce que ça fonctionne entre nous. Il n’y avait pas d’épanchements. Les limites étaient tracées, elles étaient claires. Charlotte n’a pas nécessairement su quelle mentore elle a été pour moi. 

As-tu eu l’occasion de tendre la main à ton tour?
C’est un trait de personnalité un peu bizarre, chez moi... je veux aider. Probablement parce que j’en ai souffert moi-même, j’ai envie d’aider ces perles cachées. Je crois en avoir aidé, mais l’ai-je vraiment fait? Je l’ignore... On ne sait pas toujours si on a aidé ou non. Parfois, on croit l’avoir fait et ce n’est pas le cas... Souvent, on est totalement ignorant de l’avoir fait... et c’est mieux ainsi!

Photo : Eric Myre

Tu travailles actuellement avec ton conjoint, Alexis Durand-Brault, sur une nouvelle série pour Club illico intitulée Portrait-robot. Oui, cette série policière que nous commençons à tourner devrait être diffusée sur Club illico à l’hiver 2021. Le personnage principal est une portraitiste qui fait des portraits-robots. C’est une idée inspirée de la pièce Dans la nuit du 4 au 5, de Rachel Graton, qui tiendra le rôle principal dans la série. Par la suite, Alexis et moi tournerons une série sur la santé mentale pour le réseau Crave. 

Mon cirque à moi, qui met en vedette Patrick Huard, Jasmine Lemée, Robin Aubert, Sophie Lorain, Louise Latraverse, Jean Lapointe, Mathilde Boucher, Isabelle Brouillette, Geneviève Schmidt et Alain Zouvi, sera en salle le 14 août.

Portrait-robot sera offert sur Club illico à l’hiver 2021.

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