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Régis Labeaume est en deuil de son père

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Photo Simon Clark

Le maire de Québec, Régis Labeaume, est en deuil de son père, Maurice Labeaume, à qui il a fait ses adieux dans un long texte au caractère très personnel, samedi matin.

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«Maurice Labeaume est décédé, il y a quelques heures. Labeaume, comme dans mon père. J’ai de la peine», écrit le premier magistrat de Québec dans le texte aux accents poétiques qui s’étend sur plus d’une centaine de lignes. Sa publication, sur Facebook, a rapidement suscité des centaines de commentaires de sympathie.

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Le maire avait révélé, en octobre dernier, que son père était gravement malade et qu’il était le seul à pouvoir en prendre soin quotidiennement, étant «le seul enfant de la famille à Québec». Il voulait ainsi mettre fin à des rumeurs sur les raisons de son absence au conseil municipal.

Cancer

On apprend dans le récit de Régis Labeaume que son père s’est éteint à l’âge de 86 ans des suites d’un cancer. «Presque neuf mois, qu’il ne devait pas en dépasser trois. Il s’est battu comme un fou. Avec un espoir éperdu, celui de guérir. Saloperie de cancer. Y’en a marre depuis une couple d’années», écrit-il.

Maurice Labeaume en 2011

Capture d'écran, TVA Nouvelles

Maurice Labeaume en 2011

Le maire de Québec, qui a lui-même vaincu un cancer de la prostate il y a un an, admet avoir «découvert» son père dans les derniers mois de sa vie et regrette de s’en être rapproché trop tard, «un classique», dit-il.

Dans une sortie empreinte d’émotion qui, pour une rare fois, n’a rien de politique, M. Labeaume lui rend hommage en parlant d’un homme «époustouflant».

«Je l'ai touché pour la première fois, il y a quelques mois. Et frôlé, peut-être caressé, il y a quelques jours. Pendant son inconscience. [...] Qui sait ce que cela aurait pu donner, si on avait pu un peu discuter. Plus tôt disons, à peine quelques années plus tôt», mentionne-t-il.

Un «mécano»

Régis Labeaume a grandi dans un milieu modeste et son père était devenu mécanicien pour offrir à ses enfants une meilleure éducation, expliquait-il en 2017 dans une entrevue télévisée avec Michel Barrette.

Ainsi, Maurice Labeaume était un «mécano qui se serait vu autrement», a écrit samedi Régis Labeaume. «Un mécano, qui m’a permis à moi, de voir autrement», ajoute-t-il, comme pour le remercier.

Les vers sont accompagnés d’une image de la sculpture «Dromeas» aussi appelée «The runner», faite de milliers de morceaux de verre dentelés, à Athènes. Celle-ci montre une silhouette en train de courir «comme notre père, contre le courant, contre la tempête, pour retrouver la santé, sa dignité», affirme M. Labeaume.

L’élu termine le texte en exprimant sa «profonde gratitude» à l’endroit du personnel des soins palliatifs de l’hôpital Chauveau. 

Le message intégral de Régis Labeaume         

Maurice Labeaume est décédé,
il y a quelques heures.
Labeaume, comme dans mon père.
J'ai de la peine.

Je sais, trépasser, actuellement,
c'est formidablement banal,
en cette ère Covidienne.
Sale temps pour les mourants.
Il ne fera même pas partie de la statistique,
la statistique-spectacle.

Presque neuf mois,
qu'il ne devait pas en dépasser trois.
Il s'est battu comme un fou.
Avec un espoir éperdu,
celui de guérir.
Saloperie de cancer.
Y'en a marre depuis une couple d'années.

L'image du Dromeas nous a sidéré,
mes frangins et moi.
Comme notre père,
contre le courant,
contre la tempête,
pour retrouver la santé, sa dignité.

Devenu un avatar de lui-même,
une métaphore de ce qu'il était;
beau mec, et « droit dans ses bottes »,
comme l'a déjà si bien dit un ami de Bordeaux.

Mais cognitivement intact,
jusqu'au dernier éveil.
Il a tout vu de sa déchéance, il a tout entendu,
cela a décuplé le mal.
Pas chic un corps, quand ça te lâche.

Lui et moi avons vécu un classique.
Je l'ai découvert à 86 ans.
Il est mort à 86 ans.
Deux existences, un grand silence.
Jusqu'à tout récemment.
Que dire...

Il était de son époque, et moi de la mienne.
Un, conséquence de l'autre,
ou vice versa.
C'est bête mais c'est comme ça.

Je l'ai touché pour la première fois,
il y a quelques mois.
Et frôlé, peut-être caressé,
il y a quelques jours.
Pendant son inconscience.
C'est moche mais c'est comme ça.

Quand, comme lui, tu émanes de la crèche,
atterris au pays du Piekuakami,
et qu'en commençant ta vie,
l'amour est une abstraction,
ça te détracte la capacité de transmission.

Quand je me récite le début de son existence,
pauvre comme un chat à trois pattes,
et seul, mauditement seul,
j'en braille encore.

Alors, y'a jamais eu de grief.
Seulement de la compréhension,
silencieuse, entre nous.
Un genre d'amour, à nous.

C'est juste que parfois, ces derniers mois,
on a rigolé, ensemble.
Une totale nouveauté.
Et quelquefois même,
l'amorce d'une complicité.
Ça m'a un peu chamboulé.
J'y ai pensé, l'ai ruminé, et repensé...
Mais c'est ça qui est ça.

Qui sait ce que cela aurait pu donner,
si on avait pu un peu discuter.
Plus tôt disons,
à peine quelques années plus tôt.

Pas grave, on s'est aimé.
Aimé différemment,
mais aimé quand même.
Juste qu'on aurait pu se le dire.
Enfin...

C'était pas obligé de se passer comme ça.
Mais on s'en ai pas si mal sorti,
somme toute.
Cela dit, c'est appris.
C'est pas obligé de se répéter.

Un dernier petit chagrin.
Le QI du gars.
Ouf!! Époustouflant.
Je ne le devinais pas tant.
Un mécano, qui se serait vu autrement.
Il aurait pu, s'il était né à ma place.
Un mécano, qui m'a permis à moi,
de voir autrement.

Au final,
si tant est que cela était possible,
et qu'il y aurait un fond de vérité à tout cela,
la transcendance,
je tricoterais un épilogue heureux.
Mais rien n'interdit la petite poésie,

Ainsi, un rêve.

« Dans le cosmos,
après vingt années d'éternité,
après la noyade/AVC,
c'est au choix,
notre homme, et Lucie dit Thérèse,
sont à nouveau en étreinte. »

Lucie dit Thérèse.
Notre mère.
La direction matriarcale de la tribu.
Un côté déjanté, mais bien élevée.
Une franchise, quasi Latourette.
Approx délinquante.
Elle ne parlait pas,
elle accumulait les octaves.
Une félicité de cuisine.
Et ce don, cette générosité,
d'écouter,
de décrypter le meilleur de l'humain,
et le célébrer.

« Alors ces deux-là,
l'intro, l'extra,
antipodes, mais destinés,
se sont créés quelque chose,
pas simple, mais quelque chose,
comme une planète.
Qu'eux seuls, peut-être, ont habitée.
Pour nous épargner.

Et enfin,
libérés de la Terre,
ils étaient dus,
dus pour une magnifique fin des temps.
Et la mort, elle, vaudrait la peine d'être vécue. »

RIP p'pa.
T'as été tellement courageux.
Ta vie durant.
Embrasse maman,
et JC, de notre part.
Tes trois survivants:
L'américain, le radio-canadien et le bourgmestre.

Mes frères et moi désirons exprimer notre profonde
gratitude au personnel de l'aile des soins palliatifs
de l'Hôpital Chauveau:
À la Dr Atamna, à Pascale, Chantale, Carole, Dany, Marie-Andrée, Christine,
Isabelle, Jean, Irene, Diane et Diane, Sylvie, Manon, Isabelle encore,
Sylvie de nouveau, Andrée, Fazia, Aline, Elsa, Gérard,
Caroline et Madeleine.

Il n'existe pas de mots pour vous remercier encore une fois pour tout,
et pour vous redire toute notre affection.

Avant eux, nos mêmes sentiments envers le personnel
de l'Hôtel-Dieu de Québec, du CRCO et de la Résidence St-Philippe.

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